Fiscalité

Le Valais attire les contribuables super-riches

Depuis 2014, 89 contribuables avec une fortune imposable de plus de 5 millions de francs se sont installés en Valais, contre 25 départs. Les conditions fiscales expliquent en partie cet attrait, mais la qualité de vie joue aussi un rôle

Les grosses fortunes se plaisent en Valais. Le canton, connu pour attirer les millionnaires étrangers taxés à la dépense, charme également les riches contribuables. Selon des chiffres fournis au Temps par le Département cantonal des finances, 89 personnes avec une fortune imposable égale ou supérieure à 5 millions de francs se sont installées dans le Vieux Pays, depuis 2014, contre 25 départs.

La balance est largement positive pour le Valais et forcément avantageuse pour les finances cantonales. L’Etat du Valais reconnaît que «les gros contribuables sont plus intéressants pour les recettes des collectivités publiques tant au plan cantonal que communal». Impossible toutefois de connaître les montants perçus grâce à ces nouveaux habitants. «Le Service cantonal des contributions ne communique pas les montants d’impôts payés par les contribuables», nous répond-on simplement.

L’origine de ces nouveaux «Valaisans» est diverse. La majorité d’entre eux, à savoir les deux tiers, provient d’autres cantons suisses, sans toutefois qu’un canton ne se détache plus que les autres. «Les contribuables d’origine genevoise sont, par exemple, moins d’une dizaine», souligne l’Etat du Valais. Un quart des 89 super-riches qui se sont installés en Valais depuis 2014 connaissaient déjà bien le canton. Ils y possédaient une résidence secondaire depuis de nombreuses années.

Une fiscalité attrayante, mais pas que…

Le Valais est donc attractif pour les grosses fortunes. Les conditions fiscales sont certainement un argument non négligeable dans leur prise de décision. L’homme d’affaires et avocat Ronald Zacharias, qui fait partie des riches contribuables qui ont choisi le Valais, expliquait début octobre au Temps que l’impôt valaisan sur la fortune est «durable, moins assassin qu’à Genève».

Le Département cantonal des finances refuse toutefois de parler de «paradis». «Ce terme n’est pas approprié étant donné qu’il est utilisé pour des impositions très faibles, ce qui n’est pas le cas pour ces contribuables, explique-t-il. Les contribuables qui choisissent le Valais pour élire domicile le font pour d’autres atouts que la fiscalité.» Les autorités mettent notamment en avant le climat ou les «paysages montagneux d’exception». La localisation du Valais, «au cœur des Alpes et permettant un accès rapide aux grandes villes suisses et européennes», est un autre atout de poids selon le canton. «Notre position géographique permet de joindre l’utile à l’agréable», souligne le Département des finances.

Lire également: Des chiffres inédits révèlent l’exode des riches contribuables genevois

Une majorité de retraités romands

Un avocat fiscaliste de la place, qui a «délocalisé plusieurs Vaudois et Genevois» et qui préfère garder l’anonymat, confirme que le taux d’imposition sur la fortune, moins élevé que dans les cantons de Vaud ou de Genève, joue certes un rôle, mais que les raisons fiscales ne sont pas les seuls arguments qui poussent les super-riches à s’établir en Valais. Notre interlocuteur relève que ce sont souvent des Romands qui décident de s’installer dans le canton pour y passer leur retraite, profitant ainsi d’une qualité de vie supérieure. «D’autres avantages indirects entrent également dans la balance», explique l’avocat. Il cite notamment les primes d’assurances maladie ou l’impôt sur les véhicules à moteur plus bas que dans les autres cantons romands.

Les raisons sont tout autres pour la trentaine de super-riches étrangers qui se sont établis en Valais. Dans ce cas, le durcissement des conditions d’imposition selon la dépense explique l’augmentation, selon l’avocat fiscaliste: «Avec une fortune de 5 à 10 millions de francs, il était intéressant par le passé d’être taxé à la dépense. Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Ce régime d’imposition particulier n’est plus avantageux, au contraire.» De nombreux résidents étrangers ont donc préféré changer de système d’imposition pour se tourner vers un régime classique.

Cette tendance pourrait se confirmer dans les années à venir. Ronald Zacharias estime que l’exil ne fait que commencer au bout du lac et que de nombreux Genevois vont le suivre. Une situation qui ne serait pas pour déplaire à l’Etat du Valais. «Nous espérons que d’autres contribuables choisiront notre canton pour élire domicile ces prochaines années», conclut le Département cantonal des finances.

Publicité