C’est donc presque devenu une coutume. Le Valais veut tuer le loup. Ainsi en a décidé le conseiller d’Etat Jacques Melly, qui a déclaré feu libre ce matin sur un individu maraudant sur les hauteurs de Crans-Montana et Varneralp.

La ou les bêtes en question - puisque l’on suspecte fortement la présence de deux loups - ont été particulièrement voraces ces dernières semaines. Elles s’en sont prises, de nuit, à trois génisses de 250 kilos sur l’alpage du Scex. Avant cela, début juillet, elles s’étaient fait un festin de plusieurs moutons dans la même région.

Dans le long feuilleton qui oppose le loup au Valais depuis le retour constaté du premier spécimen en 1995 dans le Val Ferret, c’est la première fois que le grand canidé s’en prend sauvagement à du si gros gibier d’élevage.

Plus que lors de toute autre saignée, les bergers - Armin Andenmatten au Scex, concerné cette fois-ci, auquel se joignent forcément ses confrères dans la solidarité pastorale - crient au scandale alors que le Concept Loup lui-même, instrument fédéral de régulation de l’espèce, se trouve dépassé par les événements.

Ce concept, qui définit les conditions d’autorisation de tir de l’animal protégé par la Convention de Berne, prévoit qu’un quota de moutons doit avoir succombé dans un périmètre donné et sur une période déterminée à la condition formelle que des mesures de protection aient été prises pour justifier un tir. Il ne réglemente pas, en revanche, les attaques sur des bovins.

C’est à la suite d’une appréciation subjective de la situation que la commission intercantonale, qui se réunit à chaque nouvelle attaque substantielle pour statuer sur l’opportunité d’une battue, a donné un préavis favorable au Conseil d’Etat.

«Il s’avère qu’il est impossible d’assurer la protection des troupeaux sur ces alpages», commente Jacques Melly. «Nous avons pris nos renseignements auprès du service cantonal d’agriculture, des offices fédéraux compétents et de l’AGRIDEA (ndlr: Association suisse pour le développement de l’agriculture et de l’espace rural).»

Un nouveau loup sous les balles - le huitième en Valais - «et pas l’ombre d’une solution durable», n’a pas tardé à réagir le WWF. Pour Pierrette Rey, sa porte-parole, «tirer un loup ne résoudra rien. Sans résultats ADN, on ne saura même pas si le loup qu’on abat est vraiment le responsable de ces dégâts.»

A long terme, les fronts semblent inconciliables. Le WWF plaide pour une protection des troupeaux plus généreusement subventionnée par la Confédération. «Berne et le canton de Vaud ont développé des moyens de cohabitation qui fonctionnent. Le Valais doit aussi pouvoir le faire.» Réponse dans le Vieux-Pays par la voix de Jacques Melly: «Le loup n’est pas compatible avec les alpages valaisans. Il a suffisamment de place dans l’Arc alpin.»