Affaire Cleusix, du nom du chef du service de l'enseignement qui n'aimait pas payer ses impôts. Interminable chantier de l'autoroute du Haut-Valais et crise de l’hôpital, où l’on mourrait plus qu'ailleurs. En toile de fond, l'affaire Giroud, du nom de l'encaveur qui a fraudé le fisc alors qu'il était proche du ministre des finances: En Valais, la dernière législature a été rythmée par plusieurs polémiques qui ont affaibli les membres du gouvernement. Oskar Freysinger, Jacques Melly et Esther Waeber-Kalbermatten briguent un nouveau mandat et défendent un bilan sévèrement critiqué.

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Pascal Couchepin sourit: «Tout le monde pense que ce gouvernement a manqué d’audace.» Installé dans un petit café de Martigny, l’ancien conseiller fédéral PLR résume: «Le Conseil d’Etat a plus ou moins tenu bon, mais il n’a montré aucune ambition.» D’autant plus à l’aise pour critiquer l’inventaire de la dernière législature que son parti n’y a pas participé, il en rajoute: «Les plus grandes déceptions proviennent du département d’Oskar Freysinger.»

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Critiqués par leurs colistiers

En marge des festivités du bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération, en juillet 2015, Christophe Darbellay a ouvert les hostilités dans le quotidien «Le Nouvelliste»: «Ce gouvernement peine à décider, il manque de leadership.» Alors président du Conseil d’Etat, Jacques Melly avait choisi de ne pas répondre. Aujourd’hui colistiers, les deux démocrates-chrétiens mènent campagne ensemble, et l’ancien président du PDC suisse ne commente plus.

Pour le candidat socialiste Stéphane Rossini, «partout, les gens considèrent que le gouvernement actuel est faible». En juin dernier, l’ancien conseiller national renonçait provisoirement à ses ambitions gouvernementales et critiquait même sévèrement le bilan de la ministre socialiste, aujourd’hui devenue sa colistière. En lui reprochant son silence et sa collégialité, il énumérait, entre autres, des «économies sur le dos des plus faibles» et le «fort mécontentement de nombreux acteurs institutionnels de la santé́ et du social».

Les ministres se défendent

En exposant son bilan et ses ambitions, Esther Waeber-Kalbermatten se défend: «Quand on participe à un collège, on ne travaille pas seul.» Première femme jamais élue au Conseil d’Etat valaisan, la ministre juge son bilan «très positif». Elle a su apaiser la crise de l’Hôpital du Valais, héritée de son prédécesseur, Maurice Tornay. Mais ses détracteurs lui reprochent l’échec du dossier électronique du patient. Souffrant de dysfonctionnements sécuritaires, ce projet visant à numériser les données médicales des Valaisans a été gelé à la veille de son introduction, après avoir englouti 4,2 millions de francs.

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Les affaires n’ont pas nui à la bonne marche de mes services

Face aux journalistes, Jacques Melly concède «quelques scandales», et regrette qu’ils aient «mis entre parenthèses les réussites». Il insiste: «Les affaires n’ont pas nui à la bonne marche de mes services.» S’il a fait voter le financement de la troisième correction du Rhône, il sait que ses adversaires critiqueront sa gestion de l’interminable chantier de l’autoroute du Haut-Valais, devisé à 4 milliards de francs. En décembre dernier, le Contrôle fédéral des finances relevait de sérieuses lacunes organisationnelles dans le projet. Le ministre se défend: «L’autoroute n’a jamais avancé aussi vite.»

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Le spectre d’Oskar Freysinger

Sans que son nom soit jamais prononcé, le fantôme d’Oskar Freysinger a longuement rôdé autour de la conférence de presse de Jacques Melly. Pour son chef de campagne, le démocrate-chrétien «travaille quand d’autres s’agitent» ou «cherche des solutions pendant que d’autres cherchent des excuses». Pour le ministre, «on nous décrit comme le pire gouvernement depuis la guerre alors qu’il n’y a eu qu’un seul changement entre les deux dernières législatures». En 2013, Oskar Freysinger avait privé le PLR de son siège historique au Conseil d’Etat.

La collégialité de convenance et de confort entre les membres du gouvernement empêche tout changement

Grand vainqueur des dernières élections, le ministre UDC a refusé d’abandonner son mandat au Conseil national. Il y a quelques mois, il a fait voter le principe d’un Conseil de la magistrature pour surveiller la justice valaisanne. Son bilan semble meilleur à la sécurité qu’à la formation, qui a souffert de plusieurs dysfonctionnements. Chef du Service de l’enseignement, Jean-Marie Cleusix a été acculé à une démission négociée après une longue polémique. Oskar Freysinger se défend: «Une fois le problème identifié, j’ai trouvé une solution rapide.»

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Pour expliquer son bilan, le ministre UDC évoque l’héritage des dossiers du passé, «véritables bébés encombrants de l’administration». Il soutient que les attaques contre le gouvernement ne visaient que les conservateurs, «pour préparer le terrain à l’avènement du centre gauche». En espérant incarner la rupture malgré tout, il ne se prive pas de critiquer l’exécutif où il siège: «La collégialité de convenance et de confort qui règne entre les membres du gouvernement empêche tout changement.» Bénéficiant du soutien régulier de Maurice Tornay, il passait pourtant pour l’homme fort de la législature.

Aucun parent n’accepterait que ses enfants ramènent un devoir pareil à la maison

Presque unanime, ce constat de faiblesse explique peut-être la multiplication des candidatures au Conseil d’Etat. Record absolu: treize prétendants ont annoncé leurs ambitions. Fondateur d’un Rassemblement citoyen et porte-parole de la police, Jean-Marie Bornet espère incarner «le ras-le-bol d’une population exaspérée par la paralysie de ses institutions». Interrogé par les journalistes de la chaîne de télévision Canal9, le candidat PLR Frédéric Favre juge que le gouvernement a fonctionné comme cinq silos, et manqué de cohésion: «Aucun parent n’accepterait que ses enfants ramènent un devoir pareil à la maison.»

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