Combats de reines ou soirées caritatives, concerts et matchs de foot, depuis le début de l’été il n’y a pas d’événement qui ne se tienne en Valais sans la présence de Géraldine Marchand-Balet. 70, puis 80, et enfin 90 000 francs. À chaque fois que la candidate PDC au Conseil national a été interrogée sur son budget par la presse, la somme a augmenté. Son chef de campagne parle désormais de 93 ou 94 000 francs, sans compter les 10 ou 15 000 francs qu’elle devra verser à son parti ultérieurement. Ses finances intéressent les journalistes parce que ses adversaires aiment estimer sa campagne à 250 000 francs. «S’ils n’ont pas d’autre argument que celui de mon budget pour me critiquer, c’est plutôt une bonne nouvelle», répond la présidente de Grimisuat.
Sur les hauteurs de Sion, l’ambiance est tendue. Au mois de juin, la lecture des comptes a agité l’assemblée primaire de Grimisuat, et le vice-président, qui dirige aussi la campagne de la candidate, a tendu son majeur à un citoyen qui posait des questions. Plusieurs procédures contre la commune sont en cours. Très fâchés contre Géraldine Marchand-Balet, des habitants de Grimisuat et du Valais central ont décidé de répertorier toutes ses dépenses. Ils ont transmis leurs calculs à différents médias, et ils estiment que sa campagne vaut plus de 400 000 francs. Dans son bureau, la candidate juge ce chiffre «ridicule» et se défend: «Il est avancé par des gens aigris qui veulent nuire à ma personne et à ma candidature». Elle promet de dévoiler ses comptes durant le premier semestre 2016, lors de l’assemblée générale du PDC de Grimisuat, qu’elle dirige avec son chef de campagne.
Dans les rues et dans les journaux, les publicités de Géraldine Marchand-Balet se multiplient. Le Temps a obtenu des factures de régies publicitaires qui montrent qu’elle y aurait consacré plus de 45 000 francs. Son chef de campagne Jean-Claude Zimmermann, lui, parle d’environ 30 000 francs. Ce chiffre ne comprend pas les honoraires des différentes agences de communication mandatées pour réaliser les vidéos, les textes et les graphismes de l’opération. Le malaise s’est installé quand des bouteilles de sirop à l’effigie de la candidate ont été distribuées ou envoyées par la poste. Ses adversaires en ont dénombré 4000 pour un coût d’environ 35 000 francs. Géraldine Marchand-Balet insiste: «Je ne suis pas la machine électorale que mes adversaires tentent de décrire».
Un document consulté par Le Temps montre que son équipe aurait envoyé plus de 32 000 courriers ciblés aux électeurs. Le chef de campagne de la candidate conteste un chiffre qui lui paraît «exagéré». Néanmoins, plusieurs associations professionnelles ou sportives ont dénoncé sa protégée au préposé à la protection des données, pour se plaindre d’un usage abusif de leur fichier d’adresses. La chambre immobilière du Valais s’excuse auprès de ses 1900 adhérents parce qu’un membre du comité lui a transmis ses listings. La société de gymnastique de Conthey tient à préciser qu’elle n’a jamais transmis la liste de ses membres, qui a pourtant été utilisée par la candidate. Tenu au secret de fonction quant à l’identité des personnes dénoncées, le préposé Sébastien Fanti confirme que la Commission de protection des données a décidé de saisir la chancellerie d’Etat, «pour examiner si la volonté populaire peut être tronquée par ces courriers qui laissent entendre que les associations soutiennent l’expéditeur, alors que ce n’est pas le cas». «Nous avons surtout travaillé avec les listes électorales des communes», répond Jean-Charles Zimmermann.
Selon plusieurs sources concordantes, deux secrétaires auraient été employée par le comité de campagne de Géraldine Marchand-Balet, dont l’une pendant 10 mois à un taux d’occupation de 80%. La candidate nie fermement: «Des gens qui m’aident et qui me soutiennent, j’en ai beaucoup». Son chef de campagne, gérant d’une banque privée, précise que la personne en question a été engagée par son employeur. Dans un petit café de Sion, Jean-Claude Zimmermann dément la rumeur insistante qui prétend qu’il finance directement ou indirectement la campagne de sa présidente. Il confirme un don de 2000 francs.
Le trésorier refuse d’ajouter à son budget électoral «les dépenses privées, les invitations, les rabais des prestataires et les évènements financés par des sponsors» que ses adversaires ont scrupuleusement recensés. Mais alors qu’il classe les prix d’une tombola parmi les dons offerts par des amis, un document montre qu’il a lui-même acheté certains de ces lots pour plusieurs milliers de francs. Les chiffres vérifiés par Le Temps autorisent à penser que ce sont au moins 200 000 francs qui ont été dépensés par l’équipe de la candidate, soit le double du montant qu’elle a avancé dans la presse. Son chef de campagne explique que «personne n’inscrit ses notes de restaurant dans son budget de campagne». En rappelant que «les ennemis les plus dangereux sont souvent dans la famille», il affirme que ses comptes ne sont ni plus transparents, ni plus opaques que ceux des autres candidats. Les budgets des UDC haut-valaisans Franz Ruppen et Patrick Hildebrand, entre autres, font aussi l’objet d’estimations à plus de 200 000 francs de la part de leurs adversaires.