Tous les candidats valaisans au second tour des Etats ont annoncé qu’ils voteraient pour un second conseiller fédéral UDC. «Je ne dis pas ça pour gagner des voix: Ils y ont le droit parce qu’ils ont gagné», assure le PDC Beat Rieder. Après l’avoir critiqué dans un débat, le PLR Pierre-Alain Grichting assure désormais qu’il «pourrait voter Oskar Freysinger au Conseil fédéral». Il revendique depuis longtemps «de nombreux points communs» avec les démocrates du centre. Depuis le retrait de l’UDC Franz Ruppen, troisième le 18 octobre, les candidats savent que les militants de ce parti, très partagés, décideront des résultats d’un second tour qui n’avait plus été organisé depuis douze ans.

«C’est une partie de tennis à deux contre un», affirme le PLR Pierre-Alain Grichting, qui défie seul les favoris conservateurs. Largement en tête à l’issue du premier tour, Jean-René Fournier brigue un troisième mandat que plus personne ne lui conteste. Son colisiter haut-valaisan Beat Rieder profitera de ses suffrages. Le duo défend le monopole historique des démocrates chrétiens au Conseil des Etats. Pour la première campagne de sa vie, le libéral radical se présente comme «une alternative». Au PDC, aux avocats, et au «candidat qui ne représente que le Haut-Valais». Il part «à l’assaut de la citadelle», avec plus de 8500 voix de retard.
Pour récupérer une partie des quelques 30 000 voix de l’UDC, les deux candidats prennent parfois des libertés avec les positions de leurs partis respectifs. Pierre Alain Grichting soutient qu’une application rigoureuse de l’initiative contre l’immigration de masse doit primer sur le maintien des accords bilatéraux.

S’il est convaincu du contraire, le PDC Beat Rieder milite pour un renforcement des effectifs des gardes-frontières. Il répète que «Schengen ne fonctionne pas» dans le contexte d’une crise migratoire extraordinaire. Il résume: «Je ne veux pas envoyer l’armée aux frontières mais je veux adopter une position plus dure avec les réfugiés économiques».

Malgré tout, les deux candidats n’enthousiasment pas les démocrates du centre. Pour le ministre Oskar Freysinger «l’alternative n’en est pas une». En regrettant des idées «déplaisantes» chez les deux candidats qui tentent de séduire son électorat, il prédit un échec au candidat libéral radical. Le président du parti Jérôme Desmeules recommande l’abstention ou le vote blanc à ses militants. Selon lui, leurs voix se disperseront entre ceux qui auront la tentation de «la solidarité des minoritaires face au PDC», et ceux qui choisiront «les positions conservatrices de Beat Rieder». Les deux démocrates du centre regrettent que le PLR ait rejeté une proposition de ticket commun. Ils refusent d’appeler à voter pour «ceux qui ont mordu la main tendue».

Le jeu des alliances est sans doute faussé par un échiquier politique valaisan qui ne ressemble pas beaucoup à celui de Berne. Si les libéraux radicaux et les démocrates du centre forment une majorité sous la coupole, ils n’ont jamais travaillé ensemble en Valais. Surtout pas depuis qu’Oskar Freysinger a obtenu un siège au gouvernement au détriment du PLR. Beaucoup plus à droite que leurs homologues suisses, les démocrates chrétiens valaisans collaborent très régulièrement avec l’UDC au parlement cantonal. Leurs positions et leurs électeurs se confondent parfois, et ils espèrent en récolter quelques fruits le week-end prochain.

Le socialiste Thomas Burgener représentait un peu plus de 20 000 voix au premier tour. Si son parti ne donne pas de consigne de vote, il a choisi, comme Stéphane Rossini, de soutenir Pierre-Alain Grichting «pour plus de démocratie». Pour le candidat battu, «un parti qui représente 40% des Valaisans ne peut pas prétendre à 60% des sièges à Berne». Beat Rieder ne comprend pas «cette haine des démocrates chrétiens», qui partagent les mêmes idées sur l’AVS ou la transition énergétique. Les voix de la gauche devraient permettre au libéral radical de combler une partie de son retard sur son adversaire. Les voix des militants de l’UDC feront le reste. Ou pas.