Anne-Catherine Sutermeister a choisi de faire passer le bien de l’institution avant sa propre personne. Nommée cheffe du Service valaisan de la culture en septembre 2020, elle mettra un terme à son activité à la fin du mois d’octobre. Dans son communiqué, l’Etat du Valais précise qu’«à la suite de tensions internes au service et par souci de loyauté envers l’institution, elle souhaite ainsi apaiser la situation et préserver les relations entre le service et ses partenaires». Pour Mathias Reynard, le ministre chargé de la Culture, ce départ est tout sauf une surprise.

Le Temps: On ne peut pas parler de départ inattendu…

Mathias Reynard: Pas vraiment, puisque des tensions existent depuis plusieurs mois, que ce soit à l’interne du service ou avec des partenaires externes. Dès que j’ai été mis au courant de ces tensions, je suis intervenu en mettant en place toute une série de choses pour tenter d’améliorer la situation et le climat au sein du service, mais cela n’a pas eu les effets escomptés. Face à ce constat, nous avons eu une discussion très franche avec Madame Sutermeister. Et c’est elle qui, durant cette discussion, a évoqué son retrait comme étant la décision idéale pour le retour au calme. Je la remercie d’ailleurs d’avoir fait passer l’institution avant sa propre situation.

Vous ne l’avez donc pas poussée à la démission?

Je me suis beaucoup investi pour que l’on trouve une solution. Lorsqu’on est mis au courant de tensions, voire de souffrances chez certains collaborateurs, on ne peut pas rester les bras croisés. Mon rôle était d’intervenir, d’apporter du soutien, de demander que cela change, ce que j’ai fait durant de nombreux mois. Mais ça n’a pas suffi. Personnellement, j’ai toujours eu d’excellentes relations avec elle, sans aucune tension et je l’apprécie humainement. Il n’y avait donc aucun problème entre elle et moi. Mais il y en avait au sein du service et avec des partenaires externes.

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Au cours des derniers mois, les départs ont été nombreux au sein du Service valaisan de la culture: la directrice du Musée d’art, le directeur de la Médiathèque et le directeur des Musées cantonaux. Et, depuis quelques jours, il faut y ajouter celui de la cheffe de la section cantonale Encouragement des activités culturelles. Ces départs ont-ils pesé dans la balance?

Sans doute que cela a pesé dans sa décision. Certains de ces départs ont eu lieu avant que je ne sois élu, il est donc difficile de m’exprimer sur tous ces départs, dont certains sont aussi dus à des belles opportunités professionnelles. Mais le fait que des gens désirent quitter leur poste et que d’autres nous alertent sur des tensions au sein du service n’est pas un bon signal. Je partage donc l’analyse de Madame Sutermeister lorsqu’elle dit que son départ est la solution idéale pour ramener du calme au sein de l’institution. Cela va permettre au service d’aller de l’avant, dans une optique positive. Le Service valaisan de la culture a tout pour bien faire. Sa réputation est exceptionnelle, bien au-delà des frontières cantonales.


Anne-Catherine Sutermeister: «La situation est plus nuancée»

Anne-Catherine Sutermeister quittera son poste de cheffe du Service valaisan de la culture au 31 octobre prochain. Si elle ne nie pas que des tensions existent au sein du service, elle estime que tout n’est pas négatif.

Quelles sont les raisons de votre départ?

Anne-Catherine Sutermeister: Il y a eu des tensions au sein du service, mais je suis quelque peu surprise par les commentaires uniquement négatifs! J’ai reçu plusieurs témoignages de soutien de mes cadres; de plus, tous les dossiers du Service de la culture avancent comme prévu. D’un projet purement architectural, le Pôle muséal est devenu un projet culturel plus large, impliquant toutes les institutions sur le site. Nous avons mis sur pied des dispositifs originaux pendant la pandémie pour soutenir les artistes et d’autres projets stimulants sont en cours, notamment dans le secteur de la communication, qui serviront l’ensemble de la scène valaisanne. Je tiens donc à dire que la situation est plus nuancée.

Y a-t-il eu une quelconque pression pour que vous partiez?

J’ai pris la décision d’un commun accord avec le chef de département [Mathias Reynard]. Mon souci est que les dossiers continuent d’avancer sereinement. Je finaliserai les dossiers importants pour le service, notamment la mise en place de conventions pluriannuelles pour renforcer les institutions et par conséquent la scène artistique.

Avez-vous un quelconque regret de ces mois passés à la tête de la culture valaisanne?

Absolument pas! De nouvelles personnes, comme Marie Rochel [elle prendra les rênes des musées cantonaux le 1er octobre prochain] et Sylvie Béguelin [elle a pris la tête de la Médiathèque Valais le 1er avril dernier], sont arrivées ou vont arriver à la tête des deux offices les plus grands du service, et je suis très heureuse de ces nouvelles énergies pour le Service de la culture.