élections fédérales

En Valais, la citadelle PDC reste imprenable

Les démocrates-chrétiens conservent leurs deux sièges au Conseil des Etats en faisant élire, pour la première fois, une femme à la Chambre haute. Mais le PDC a tremblé face au socialiste Mathias Reynard

Le second tour de l’élection valaisanne au Conseil des Etats promettait d’être historique. L’histoire cantonale retiendra que ce dimanche 3 novembre 2019, les électeurs du Vieux-Pays ont envoyé pour la première fois une femme à la Chambre haute, en la personne de la démocrate-chrétienne Marianne Maret.

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«C’est très spécial pour moi d’être la première sénatrice valaisanne, réagit la principale intéressée. Mais je serais aussi heureuse si j’avais été un homme.» Quelques minutes après les résultats définitifs, Marianne Maret peine à réaliser: «Il me faudra quelques jours pour atterrir et comprendre que je suis désormais élue au Conseil des Etats.» L’élection de la Chablaisienne évite au Valais l’anomalie d’une délégation 100% masculine, lui qui avait élu, voilà deux semaines, huit conseillers nationaux.

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En mains démocrates-chrétiennes depuis 1857, les deux sièges valaisans à la Chambre des cantons le restent. Mais, comme il y a 4 ans face au PLR Pierre-Alain Grichting, le PDC a tremblé. Seul enjeu de la journée, tant le fauteuil du sortant Beat Rieder (52 355 voix) semblait assuré et les candidatures de la Verte Brigitte Wolf (31 411) et de l’UDC Cyrille Fauchère (14 227) incapables de rivaliser, le match qui opposait Marianne Maret au socialiste Mathias Reynard aura été serré jusqu’au bout. Il n’aura manqué que 1370 voix à Mathias Reynard, et ses 47 032 suffrages, pour faire tomber la citadelle. «Je savais que ça serait très serré et, sincèrement, j’étais plutôt pessimiste quant au résultat final», avoue sans langue de bois Marianne Maret.

Un Röstigraben très marqué

Attaquée frontalement, la machine PDC démontre, une nouvelle fois, qu’elle n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle est le dos au mur. Mais ce second tour de l’élection au Conseil des Etats laisse deviner une fracture au sein du canton. Un véritable Röstigraben. Disciplinés, comme toujours, les Haut-Valaisans ont plébiscité le ticket démocrate-chrétien, composé de Marianne Maret et du sortant Beat Rieder, leur permettant de creuser un large écart sur leurs concurrents. Dans la partie francophone du canton, la réalité est tout autre. Mathias Reynard est largement en tête, avec plus de 55% des suffrages.

«Même si mon score est exceptionnel, je ressens une certaine déception, comme doivent la ressentir une majorité des électeurs du Valais romand. Les scores dans le Haut-Valais sont soviétiques. Ce sont eux qui ont imposé leurs deux élus. Ce sont les règles de la démocratie, mais ce n’est pas bon pour la cohésion cantonale», lâche Mathias Reynard, partagé entre la joie et la déception.

Dans le camp démocrate-chrétien, on balaie d’un revers de main cette analyse. «Si les chiffres démontrent cette réalité, je n’aime pas cette façon de voir les choses, souligne Marianne Maret. Les Haut-Valaisans ont plébiscité la continuité, alors que le Valais romand a démontré une volonté de changement, en désirant une pluralité de partis.» La démocrate-chrétienne espère que l’élection de ce dimanche ne laissera pas de traces trop profondes au sein du canton: «Ce serait la pire des choses, pour le Valais, que d’être désuni. Je vais démontrer aux habitants du Valais romand, durant cette législature, que je suis aussi leur élue.»

Deux régions, deux façons de vivre la politique

Président ad interim du PDC du Valais romand, Stéphane Pillet voit dans les résultats de ce dimanche deux façons de vivre la politique. «Les Haut-Valaisans se mobilisent toujours fortement. Ils sont au fait de la politique, contrairement au Valais romand, où l’on peine à mobiliser les électeurs. C’est à ce niveau qu’il y a des enseignements à tirer, il faudra désormais réfléchir différemment», appuie-t-il. Barbara Lanthemann, son homologue du Parti socialiste du Valais romand, ne peut qu’abonder dans son sens. «Si le Valais romand veut pouvoir choisir ses candidats, il devra se mobiliser plus fortement et aller voter», insiste-t-elle.

En ce dimanche pluvieux en Valais, les sourires sont de mise. Dans les deux camps. La défaite n’efface pas celui de Mathias Reynard. Tout au long de la campagne, il a ressenti une vague qui le portait et qui se matérialise dans un score historique pour un minoritaire en Valais. «On sent que le Valais est en train de changer. Les gens n’ont plus envie des copinages, de la mainmise d’un parti qui décide de tout ou encore de vieux politiciens arrogants», assure le socialiste. Il ajoute: «Ce n’est pas pour cette fois, ce sera peut-être le cas lors de la prochaine élection.»

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L’élection au Conseil des Etats ne restera pas sans effet en Valais

Le résultat du second tour de l’élection au Conseil des Etats en Valais servait également de test pour les élections futures, notamment celle du Conseil d’Etat dans seize mois. A droite, on imagine volontiers un rapprochement pour contrer l’essor de la gauche. 

«Toute élection a des répercussions sur les suivantes, surtout lorsqu’elles se déroulent au système majoritaire», reconnaît le PDC Jean-René Fournier, qui laisse son siège de sénateur à sa collègue de parti Marianne Maret. En mars 2021, les Valaisans éliront leur nouveau gouvernement, aujourd’hui composé de trois PDC, un PLR et une socialiste. Le score historique réalisé par le ticket rose-vert au second tour de l’élection au Conseil des Etats pourrait rebattre les cartes.

«Les résultats de ce dimanche sont un véritable coup de semonce», analyse René Constantin. Le président du PLR Valais est persuadé que la vérité sortie des urnes ce dimanche ne restera pas sans effet. «Cette réalité va provoquer un rapprochement des partis de droite, au risque de voir la gauche triompher», souligne-t-il. René Constantin imagine volontiers des alliances avec le PDC, voire l’UDC, lors des prochaines élections au système majoritaire.

«La tentation de rendre le coup de pied reçu»

Si pour Cyrille Fauchère, le président de l’UDC du Valais romand, il est trop tôt pour tirer ce genre de conclusion, Jean-René Fournier, de son côté, partage la vision de René Constantin, à un détail près: «Nous aurons peut-être la tentation de rendre le coup de pied reçu aujourd’hui, car, pour sauver nos deux sièges, nous n’avons pu compter sur aucun partenaire et surtout pas le PLR.» Mais le démocrate-chrétien convient qu’il serait judicieux que, lors des prochaines élections, le centre droit trouve le moyen de s’entendre pour «construire au mieux la politique du canton».

Ce rapprochement ne passe-t-il pas par un geste fort du PDC qui, ne représentant désormais que 35% de l’électorat, renoncerait à l’un de ses trois sièges au gouvernement, en ne présentant que ses deux conseillers d’Etat sortants? «Lorsque le PDC donne quelque chose, il ne reçoit jamais rien en retour. Il faudrait donc ressentir un écho favorable chez nos potentiels partenaires pour que nous fassions ce geste», répond Jean-René Fournier. De son côté, René Constantin note seulement que, si le PDC renonce à un siège au gouvernement, «il sera obligé de créer une majorité de droite avec le PLR».

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