Comment le Valais a courtisé les fortunés

«C’est le conseiller d’Etat Wilhelm Schnyder qui a le premier vu, au milieu des années 90, l’opportunité que représentaient les forfaits fiscaux pour le canton», se souvient Alfred Rey, à l’époque délégué aux questions financières à l’Etat du Valais. En 1995, le Valais compte 466 forfaits fiscaux pour 10,3 millions de francs. Les grandes stations étant faciles à rejoindre depuis les capitales européennes comme Paris ou Milan, l’Etat décide de resserrer ses liens avec les banques et les fiduciaires pour dynamiser ce marché. «Je me souviens d’avoir participé à une réunion en 1999 avec les services de l’Etat lorsque je travaillais au Crédit Suisse, raconte Philippe Udry, patron de Symphony Family Office. Mais c’était surtout parce que les forfaits étaient peu connus au sein de l’administration.»

Miser sur les forfaits bas

Jean-Daniel Papilloud, aujour­d’hui président de la BCVs, aurait notamment joué un rôle important dans le développement de ce marché auprès de la clientèle italienne. Ce qu’il conteste. Il reconnaît par contre que «le Conseil d’Etat a cherché à promouvoir l’installation d’étrangers en Valais et le forfait fiscal est l’un des outils pour cela».

Pour concurrencer Genève ou Vaud, le Valais mise sur des forfaits bas et sur l’absence d’imposition sur la succession pour les domiciliés. En 2001, le ministre Serge Sierro renonce à se présenter pour un troisième mandat, mais ouvre un bureau d’avocat spécialisé dans les forfaits à Sion. «Wilhelm Schnyder et moi étions tous deux persuadés que le Valais avait et a toujours une carte à jouer dans ce domaine», explique-t-il. Le Valais central peut aussi compter sur le cabinet fiscal de l’ancien conseiller national Paul-André Roux, décrit comme l’une des fiduciaires phares sur le marché des forfaits.

Entre 1995 et 2000, le Valais acquiert en moyenne 26 nouveaux forfaits par année. Puis, 59 par année entre 2000 et 2005 et jusqu’à 127 entre 2005 et 2007. La croissance y est plus importante que dans n’importe quel canton suisse. Mais si les affaires marchent bien dans le Valais central avec aujourd’hui 814 forfaits et dans le Bas-Valais avec 496 forfaits, elles n’ont jamais vraiment décollé à Zermatt ou Saas-Fee. L’ensemble du Haut-Valais compte 73 forfaitaires. Plusieurs interlocuteurs disent qu’il est trop compliqué de rejoindre ces stations haut-valaisannes pour que la clientèle s’y intéresse. Ou peut-être est-ce parce que le Haut-Valais n’a pas institué de réseau aussi actif que celui des Romands.