Le village de Liddes, sur la route du Grand-Saint-Bernard, est coupé en deux par un couloir d’avalanche. Les petites maisons collées les unes aux autres longent la rue principale. Mais quelques pas plus loin, dans une légère combe, les bâtisses sont menacées. A tel point que la zone est désormais inconstructible. Les habitants l’ont appris en 2003, quand les nouvelles cartes de dangers nivologiques sont arrivées, les contraignant au dézonage des parcelles à bâtir menacées.

Comme Liddes, toutes les communes de Suisse refont leurs cartes des dangers naturels. Une tâche fixée comme prioritaire par la Confédération, qui doit être achevée en 2015. Le Valais en a quasiment terminé avec les avalanches, domaine qu’il connaît bien parce qu’il s’agit du danger le plus fréquent. Il vient d’ailleurs d’en publier la carte.

Plusieurs communes valaisannes attendent pour fin juin les études des autres types de risques – éboulements, glissements de terrain et crues –, en se demandant dans quelle mesure ils affecteront ou pas leur zone à bâtir. Ces cartes provoquent un grand ménage dans l’aménagement du territoire valaisan, puisque les communes devront ensuite intégrer ces zones de danger à leur plan de zones, ce qui n’était pas formellement obligatoire jusqu’ici. «Certaines communes sont très en retard avec la révision de leur plan de zones, parfois de plus de dix ans», explique James Medico, responsable de l’arrondissement forestier du Bas-Valais. «Cela peut parfois provoquer quelques surprises au moment d’intégrer les mises à jour des cartes de dangers.»

De mémoire d’hommes, on n’a jamais vu de coulée à cet endroit de Liddes. «L’une des maisons a plusieurs siècles», estime Stève Lattion, président tout juste élu de la commune. Mais le danger existe bel et bien, selon les nouveaux calculs réalisés grâce à une modélisation en trois dimensions. «Nous avions un autre corridor, à l’entrée du village, qui était en zone à bâtir», raconte Stève Lattion. «Personne ne se souvenait non plus de coulées à cet endroit, et pourtant l’avalanche est descendue deux fois depuis 2003!», dit-il.

La mémoire des hommes ne suffit pas à évaluer et consigner les dangers qui menacent presque toutes les communes valaisannes. «L’analyse des troncs d’arbres a montré que les événements sont trois fois plus nombreux ces 80 dernières années que ce dont les hommes se souviennent», explique Pascal Stoebener, chef de la section dangers naturels du canton.

Aujourd’hui, Leytron, sur la rive droite de la plaine du Rhône, calcule les éboulements possibles depuis l’Ardévaz, une montagne dont la falaise surplombe les villas. Un bloc est arrivé récemment près d’une maison, et il n’est pas certain que la zone reste constructible. Sur le coteau, la commune est confrontée à un glissement de terrain qui a déstabilisé tout un hameau. Les habitants ont été encouragés à déménager, et leurs maisons rasées. A Nax, les habitants du village se sont réveillés le 1er janvier 2012 en bordure d’un immense trou. La veine de gypse qui va de Nax à Nendaz a fini par s’effondrer à cet endroit. Une maison devra prochainement être abandonnée, tandis que les autres subsisteront au bord d’un gouffre consolidé. Les zones à bâtir du bas de la station de Nendaz sont aussi confrontées à cette question, et se situent par endroits en zone rouge.

Combien de zones à bâtir devront ainsi être déclassées en Valais pour des raisons de sécurité? Le canton n’a pas de vue d’ensemble du sujet, parce que les cartes ne sont pas toutes terminées. «Là où les analyses sont finies, soit un tiers des communes du Bas-Valais, il y a peu de conflits entre zones à bâtir et zones de dangers, mais il est prématuré d’en tirer des conclusions pour l’ensemble du canton», estime Damian Jerjen, chef du Service du développement territorial. Nendaz vient de mettre à l’enquête son plan d’aménagement, dézonant 200 hectares à bâtir, en partie pour des raisons de dangers naturels. Quant aux cartes de dangers liés aux crues du Rhône, elles entrent aujourd’hui en conflit avec les zones à bâtir sur 1000 hectares. Dont 27 à Fully, qui avait mis en zone des parcelles à moins de 120 mètres des rives du fleuve.

«Personne ne se souvenait de couléesà cet endroit, pourtant l’avalancheest descenduedeux fois depuis»