Les communes valaisannes de Chamoson et Conthey partagent une curieuse particularité. Elles comptent chacune une dizaine de représentants d'entreprises de pompes funèbres. Soit plus encore que dans la capitale toute proche. Depuis que l'activité a été libéralisée, le nombre d'agents a sensiblement augmenté. C'est dans ce contexte de forte concurrence, où la cérémonie funéraire a peut-être davantage d'importance dans ce canton qu'ailleurs, que le responsable d'une de ces sociétés a trop manipulé les cercueils avant de se retrouver, lundi, devant les juges.

De mémoire de croque-mort, le système, propre au Valais, existe «depuis cinquante ans au moins». Parce que, dans l'épreuve de la mort, les familles préfèrent confier l'organisation des funérailles à quelqu'un de «chez eux», de la même famille et du village. Aussi, la vingtaine d'entreprises de pompes funèbres qui officient dans le canton a des dépositaires dans plusieurs communes de leur région.

Ces intermédiaires sont souvent choisis au sein des grandes familles du lieu. Des hommes et des femmes qui ont comme chacun un travail à plein temps. C'est uniquement lors d'un décès qu'ils sont appelés à se glisser dans le costume sombre d'un employé des pompes funèbres afin de représenter leur employeur ponctuel et d'officier aux cérémonies. Cette tâche peut leur rapporter quelques centaines de francs, quand ce n'est pas quelques milliers.

Ces gains sont devenus au fil des années toujours plus «accessoires» pour certains. Leurs employeurs sont touchés par une concurrence qui est devenue plus forte ces dernières années et plus particulièrement dans le Valais central, depuis que le marché des pompes funèbres a été libéralisé en 1999. Les sociétés ne sont désormais plus soumises à l'autorisation formelle du Département de la santé publique. Elles doivent simplement s'annoncer auprès de l'administration qui tient un registre. Ainsi, le nombre de représentants a quelque peu augmenté. «A Conthey, nous sommes beaucoup trop. Nous n'avons plus que 150 enterrements par an, alors qu'avant nous en prenions en charge deux fois plus», confie l'un d'eux.

Malgré cette concurrence, l'importance de l'adieu au défunt garde toute son importance, même dans les villes. Un enterrement en Valais ne peut être comparé à une cérémonie dans un autre canton. «Toutes les messes sont encore chantées et le temps n'est pas limité», souligne le propriétaire d'une des principales agences de pompes funèbres.

C'est dire que l'affaire qui sera jugée lundi devant le Tribunal de Sion paraît délicate. Le responsable d'une entreprise de la place, qui avait été incarcéré en 1997 devra répondre d'escroquerie par métier et d'atteinte à la paix des morts, à l'instar de trois autres personnes. Il est accusé d'avoir, juste avant la crémation, fait transférer les corps de défunts d'un cercueil cher dans une bière meilleure marché. Sur 450 incinérations effectuées, il aurait opéré pas moins de 380 échanges.

Le gain ainsi réalisé est estimé à quelques dizaines de milliers de francs. Une vingtaine de familles se sont finalement constitué partie civile. Du côté de l'Association valaisanne des pompes funèbres, on ne comprend pas ce qui a été commis. Cela, d'autant que la différence sur le prix d'un cercueil n'est «pas si importante». A l'achat, le modèle bon marché vaut environ 200 francs, alors qu'un modèle haut de gamme a une valeur de 800 à 1000 francs.

«Pour certains, nous sommes tous des voleurs»

Selon Cédric Voeffray, le vice-président de l'Association, ce dénouement devant la justice est certes dérangeant. Mais il était surtout attendu par les professionnels de la branche, car l'affaire a beaucoup nui à l'image de la corporation, qui a essuyé les réactions. «Pour certains, nous sommes tous des voleurs.» Le jugement sera aussi suivi attentivement par le Département de la santé publique. Afin d'éviter la récidive, il a pris des mesures provisoires, sans attendre le jugement pénal.

Une interdiction formelle d'exploiter une entreprise de pompes funèbres ou d'être partie prenante de manière directe ou indirecte à une autre société de la branche a été prononcée, indique le conseiller d'Etat Thomas Burgener. Le Département a cependant autorisé les trois autres accusés à continuer à travailler dans une autre société, à condition d'être surveillés expressément par l'entreprise.