Jean-René Fournier ne laissera pas Samuel Schmid tranquille. Aux côtés du conseiller d'Etat valaisan, les représentants cantonaux de Vaud et Fribourg, de Berne et de Lucerne sont conviés à une rencontre avec le Département fédéral de la défense (DDPS) lundi prochain. Ordre du jour: la répartition des nuisances des jets militaires sur le territoire suisse et les aérodromes de Sion, Payerne, Meiringen et Emmen, dont découlera le futur plan sectoriel militaire. Or, le ministre valaisan s'y rendra plus intraitable que jamais.

«Négocier des entraînements à l'étranger»

«Nous demandons une plus juste répartition des nuisances», soit la réhabilitation d'un ou deux aéroports supplémentaires ainsi que le plafonnement du bruit au niveau des courbes de 2001 (576 mouvements de F/A-18 alors que le plan sectoriel en prévoit un millier). Jean-René Fournier envisage aussi la négociation de contre-prestations avec les fournisseurs des nouveaux avions de combat pour 2010. «Notre armée doit légitimement pouvoir s'entraîner dans l'espace aérien du pays fournisseur.» L'idée est également cultivée par l'Alliance de gauche au Grand Conseil par voie de résolution.

En Valais, le rendez-vous de lundi est plus attendu encore qu'il intervient en pleine période de ras-le-bol. Les F/A-18 ont rugi sur la vallée du Rhône durant une dizaine de jours. Un cours de répétition annuel s'est achevé en fin de semaine dernière. Le tout fut sublimé par la retentissante cérémonie du 65e anniversaire de la base aérienne de Sion, avec moult vols en rase-mottes. Pas étonnant dès lors que le capharnaüm ressurgisse sur la scène politique. L'UDC valaisanne s'empare du dossier, aujourd'hui devant le Grand Conseil, résolution et interpellation à l'appui.

Les regards se tournent vers Emmen

La première demande justement au Conseil d'Etat de négocier avec Berne l'ouverture d'un quatrième aéroport comme base attitrée des F/A-18 pour «soulager» Sion et ses environs. Emmen serait l'alternative idéale, estime Jean-Luc Addor. Il est aujourd'hui un aéroport dit «de dégagement», «et pourrait être réhabilité à moindres frais». A quelques jours des élections communales, un peu de récupération politique n'embarrasse pas plus que cela le député, qui reprend à son compte, à peu de choses près, ce que le socialiste Jean-Noël Rey relayait au parlement fédéral en juin 2007 dans une interpellation cosignée par tous les conseillers nationaux valaisans. Le bruit est l'affaire de tous, en somme.

Pour rappel, des groupes de travail avaient été constitués dans les régions pour aplanir les divergences du plan sectoriel proposé en 2007. Mission accomplie à Payerne. Pas vraiment à Sion, où le groupe de travail vola en éclats après trois séances. On y diagnostiqua une inflexibilité arrogante des Valaisans. «Non», rétorque le conseiller d'Etat Jean-René Fournier, «les délégués fédéraux avaient le bagage technique mais pas les compétences politiques pour débloquer la situation».

Le Valais n'est pas le plus mal loti

Porté devant le parlement fédéral, le cas échéant, le coût d'une ou plusieurs réouvertures serait l'élément clé du débat. Mais tout ne se résume pas au financement. Les revendications d'un canton auront forcément des effets sur les autres bases, en termes de nuisances. Or, selon les chiffres du Département de la défense, le Valais n'est de loin pas le moins bien loti. En 2006 par exemple, Payerne a enregistré 58% des mouvements de F/A-18, Meiringen 28%, Emmen 8% et Sion 6% seulement.

«Emmen est une base de dégagement, certes, mais c'est aussi la base principale de la Patrouille suisse. Elle est aussi le site d'entretien, de services et de tests des jets militaires. RUAG et Armasuisse y sont installés», argumente le porte-parole des Forces aériennes, Laurent Savary. Dans ces conditions, le Valais ne craint-il pas d'être taxé d'insolence lors du tour de table? «Ici, on vole au-dessus de 100000 habitants et la vallée représente une caisse de résonance considérable», notent de concert le conseiller d'Etat Jean-René Fournier et le président de Sion, François Mudry.

Les incidences du bruit sur la propriété

Autre exigence des Valaisans: la mise à l'enquête du plan sectoriel devra se faire conjointement à celle du cadastre du bruit. «C'est le seul moyen d'estimer l'impact effectif sur les terrains avoisinants l'aéroport.» En la matière, les tensions locales sont nombreuses. Si les négociations avec Berne se terminent en cul-de-sac, le Valais paiera la facture en millions de mètres carrés. Le rapport du groupe de travail de Sion transmis au Conseil d'Etat en janvier 2008 estime à 41% l'augmentation des terrains concernés par le futur cadastre par rapport à 2001. On craint déjà les moins-values.

A ce titre, l'UDC reproche à la Ville de Sion de continuer à délivrer des autorisations de bâtir dans l'incertitude et s'en inquiète par le biais d'une interpellation. «A quelle sauce seront mangés les propriétaires? Et si les conditions d'expropriation n'étaient pas réunies? Les gens ont droit à ce qu'on leur dise la vérité», peste Jean-Luc Addor. Auquel François Mudry répond: «Nous appliquons le droit actuel, soit le dernier cadastre du bruit homologué, qui date de 1998. Pourquoi en serait-il autrement?»

Dans l'agitation, chacun cherche un responsable au chaos. Le député Jean-Luc Addor jette la pierre à Jean-René Fournier qui aurait manqué de clairvoyance lors de la consultation du concept de stationnement, en 2005 déjà. «Le canton n'avait alors émis aucune réserve.» Jean-René Fournier, à son tour, blâme le DDPS pour ses approximations: «Nous avons accepté dans les conditions de l'époque, sans rien savoir de l'augmentation des mouvements, des décollages avec postcombustion (plus bruyants) etc. Entre-temps, les conditions ont changé.»