L'affaire Dorsaz va une nouvelle fois embraser le Valais. Le procès en appel de Jean Dorsaz, de l'ancien directeur de la Banque Cantonale du Valais, de son ex-contrôleur interne et de trois relations d'affaires du financier valaisan s'ouvre lundi au Tribunal cantonal à Sion, un an après le verdict en première instance. On se rappelle que lors du premier procès, tenu dix ans après l'éclatement de l'affaire, des neuf personnes sur le banc des accusés, trois avaient échappé à des condamnations pénales, renonçant à faire recours. Louis Dorsaz, frère de Jean, a été acquitté. Quant aux deux anciens cadres de la BCVs, ils ont écopé d'amendes pour infraction à la loi sur les banques. Ce sont donc les cinq personnes condamnées à des peines allant de trois mois avec sursis à 24 mois ferme et Jean Dorsaz, qui a écopé de 8 ans de prison, qui seront rejugées durant la semaine à venir. Comme le procureur n'a pas fait recours contre le jugement de première instance, le verdict prononcé ne pourra être aggravé. Les accusés risquent au pire une confirmation du jugement.

Il n'aura toutefois pas été facile d'en arriver là, notamment pour réunir les membres de la Cour de justice. Déjà lors du procès en première instance, Léo Farquet, défenseur de Jean Dorsaz, avait tenté d'obtenir la récusation du Tribunal d'arrondissement de Sion, sans succès. Nouvelle tentative en octobre dernier: il déposait cette fois une demande de récusation du Tribunal cantonal au complet, comme du procureur. Selon Léo Farquet, l'affaire dans laquelle son client est impliqué a tellement d'imbrications dans la «politicaillerie» locale qu'elle ne peut en aucun cas être jugée sereinement en Valais. Pour statuer sur cette requête, le gouvernement cantonal nommait un tribunal extraordinaire, également contesté par l'avocat de Jean Dorsaz auprès du Tribunal fédéral. Peine perdue, celui-ci déboutait Léo Farquet le 19 février dernier. La cour extraordinaire pouvait ainsi statuer, admettant la récusation de 12 des 18 juges et suppléants du Tribunal cantonal pour en laisser six papables. C'est donc bien à Sion que l'homme d'affaires valaisan sera rejugé.

Il subsiste toutefois une question d'importance quant à la tenue du procès à partir de lundi. Dans les coulisses des pouvoirs judiciaires, on laisse entendre que Jean Dorsaz pourrait bien se présenter seul devant ses juges, en l'absence de tout défenseur. Ce qui devrait, en principe, avoir comme conséquence un ajournement des débats. Un coup de théâtre supplémentaire dans cette affaire qui n'en a pas manqué au fil des ans et des révélations.

Cette fois-ci, c'est la complexité du dossier qui est en jeu et la compétence des personnes pour en juger. On se souvient que les éléments réunis par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Dorsaz, contenus dans quelque 70 classeurs recelant des pièces pour le moins explosives, n'avaient été livrés à la justice que quelques semaines avant le procès en première instance et après une âpre lutte juridique. En conséquence, l'acte d'accusation, ni lu ni résumé à l'ouverture des débats, n'en avait pas tenu compte. Problème identique aujourd'hui: le jugement du premier procès, une somme mêlant arguments juridiques et lyrisme poétique de 814 pages, n'a été communiqué aux parties qu'en novembre dernier. Rien n'en a filtré jusqu'ici mais il apparaît clairement que les efforts du Tribunal cantonal pour agender ce procès en appel au plus vite n'ont pas l'heur de plaire aux différentes études d'avocats, notamment celle de Léo Farquet, vu le temps imparti.

Des explications attendues

Reste que certaines questions d'importance doivent encore trouver leur réponse vu le manque total d'informations quant aux considérants du jugement. On devrait notamment comprendre la sévérité des juges envers Jean Dorsaz et leur clémence vis-à-vis des autres inculpés, dont certains ont été acquittés. On devrait également savoir pourquoi le procureur n'a pas fait recours contre le jugement de première instance. Le manque d'expertise neutre dans cette affaire est un autre point qui va être soulevé avec, comme possible implication, des débats portant sur les éléments clés de l'affaire Dorsaz. Une semaine a d'ores et déjà été réservée au Tribunal cantonal pour la tenue de ce procès qui ne comportera aucune audition de témoin. La faillite privée la plus importante de Suisse, d'un montant de 400 millions dont la moitié auprès de la BCVs, reste plus que jamais une affaire douloureuse dont le Valais souffre encore.