L’affaire surgit à un moment clé de la campagne électorale, peu avant le week-end décisif. Préposé à la protection des données, Sébastien Fanti dénonce le Conseil d’Etat et le démocrate-chrétien Jacques Melly dans la presse et dans son rapport d’activité: «Dans le cadre d’une pollution majeure, ils ignorent le droit pour censurer des informations essentielles». En décembre, ils ont refusé de publier un rapport qui décrit comment le mercure du groupe Lonza s’est répandu dans le Haut-Valais.

Ils ignorent le droit pour censurer des informations essentielles

Engagé dans divers bras de fer avec le gouvernement, le préposé à la protection des données mène régulièrement la vie dure au Service de la protection de l’environnement. Début Février, il déposait un recours au Tribunal cantonal. Sébastien Fanti accuse le gouvernement d’oublier la loi sur la transparence et les engagements internationaux de la Suisse. La RTS réclame le rapport depuis 2014. Les services de Jacques Melly refusent au nom de la protection des intérêts privés et publics.

Attaque politique

Prêts au combat, les présidents de l’UDC et du PLR ont réagi sitôt l’information diffusée par la RTS. Ils réclament la transparence immédiate et attaquent un ministre qu’ils gagnent à affaiblir. Pour l’UDC et Jérôme Desmeules, «Jacques Melly doit arrêter de cacher la vérité aux Valaisans». Pour les libéraux-radicaux et René Constantin, «il en va de la santé de nos concitoyens et du respect de nos institutions.»

Cet ancien rapport contient des éléments incomplets

Selon Jacques Melly, interrogé par Le Nouvelliste, «cet ancien rapport contient des éléments incomplets et en partie contredits par les informations et témoignages recueillis dans l’intervalle». Candidat à sa réélection, il soutient que la publication du document «risquerait de compliquer voire d’entraver la procédure d’établissement des faits et des responsabilités». Le ministre envisage de réviser son jugement si la situation le justifie.

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Le dossier empoisonné

L’attaque touche un dossier sensible. Alors que les travaux d’assainissements ont débuté, les investigations de détail continuent à révéler des pollutions plus profondes qu’imaginées. Fin février, sous la pression de plusieurs organisations, l’Etat décidait de mener de nouvelles analyses sur une centaine de parcelles écartées de la liste des terrains à assainir. Jusqu’ici, la Lonza préfinance ces mesures, mais l’affaire pourrait coûter cher à l’Etat du Valais.

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Plusieurs procédures sont fondées sur le document tant convoité. Les juristes des deux parties travaillent à définir les responsabilités de chacun. En mai dernier, la Lonza débauchait le chef du Service de la protection de l’environnement, Cédric Arnold, qui gérait le dossier du mercure pour le compte de l’Etat. Depuis lundi dernier, l’entreprise promet d’investir 290 millions de francs pour bâtir une usine de médicaments biologiques. La ville de Viège y gagnerait 200 emplois.

50 tonnes de mercure déversées

Entre 1930 et 1976, la Lonza a déversé au moins 50 tonnes de mercure dans les eaux du Grossgrundkanal. Daté de 2011, le document de la discorde analyse comment le poison a circulé dans les boues du cours d’eau qui relie Viège à Niedergesteln, avant d’être épandues sur la plaine du Rhône au cours de travaux d’entretien qui ont duré jusqu’aux années 1990. Ce dimanche, le premier tour des élections dira si Jacques Melly a souffert de cette nouvelle polémique qui ajoute au climat toxique de la campagne.

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