VALAIS

En Valais, l'égalité des sexes passe par la promotion de la famille

L'ex-Bureau de l'égalité s'appelle désormais «Secrétariat à l'égalité et à la famille». Une manière de mieux coordonner la politique familiale ou un moyen sournois d'enterrer l'égalité?

«Eviter le bla-bla et les idées préconçues.» Tel sera, selon le conseiller d'Etat Jean-René Fournier, l'un des principaux avantages du nouveau «Secrétariat à l'égalité et à la famille», présenté hier, et qui remplace le défunt Bureau valaisan de l'égalité.

De nouvelles habitudes

Sous-entendu: ce bureau, vieux de dix ans et qui avait fait l'objet d'attaques frontales de l'UDC ou plus masquées venues des rangs PDC, favorisait, lui, le bla-bla et les idées préconçues.

La directrice du bureau, Isabelle Darbellay, sur le départ, ne voit elle aussi que des avantages dans ce changement d'AOC voulu par le Grand Conseil, suite à un postulat des démocrates-chrétiens: «D'abord, c'est une bonne solution pour permettre à ce bureau de continuer à exister. Cela nous permet de répondre aux critiques injustes qui nous étaient faites.»

Isabelle Darbellay espère également que l'accueil, jusqu'ici mitigé, réservé au Bureau de l'égalité par l'administration cantonale («Les chefs de service mettaient souvent les pieds au mur dès que nous appelions») va changer avec l'étiquette.

Aide familiale coordonnée

Il faut dire que tout a été fait pour ça: les principaux chefs des services concernés de près ou de loin par la politique familiale se voient bombardés membres du Conseil de la famille et de l'égalité chargé de penser la politique familiale, aux côtés de représentants d'associations actives dans la défense de l'égalité ou de la famille: «Cela change toute l'approche, estime Jean-René Fournier, puisque ceux qui ont mission de réfléchir à la politique familiale sont aussi ceux qui ont le pouvoir de décision.»

Le chef du Département des finances a cité un cas d'école qui ne devrait plus pouvoir se reproduire grâce au principe de politique familiale coordonnée: «Une famille qui était à l'aide sociale et venait de retrouver son indépendance financière s'est vu alors adresser ses arriérés d'impôts, ce qui l'a obligée à retomber à l'aide sociale. Comme si l'Etat, au moment où ces gens sortaient la tête de l'eau, leur avait appuyé la main dessus pour les noyer définitivement.»

Quand la famille rassure

Isabelle Darbellay voit, elle, un autre avantage, plus collatéral, amené par le changement d'affectation: «Nos collègues de Neuchâtel, qui ont aussi opté pour réunir la politique de la famille et l'égalité, nous ont expliqué la différence dans la volonté de collaborer si on appelait au nom de la famille ou au nom de l'égalité.»

Bref un paisible secrétariat de la famille est une chose moins effrayante qu'un offensif bureau de l'égalité.

Avec Neuchâtel, Fribourg est, avant le Valais, l'autre canton qui a opté pour le même mariage famille-égalité. Dans les cantons romands qui persistent à entretenir un pur bureau de l'égalité - Vaud, Genève et le Jura -, on se montre pourtant dubitatif face à la mue valaisanne.

Une coquille vide?

Responsable du bureau jurassien, Karine Marti estime par exemple que, «dans ce genre de changement d'appellation, tout dépend de ce que le gouvernement veut faire: si c'est pour dire qu'il y a effectivement dans les dossiers que traite un bureau de l'égalité des thèmes qui touchent à la politique de la famille, si c'est pour réfléchir à une possibilité de mieux coordonner les deux, mais sans prétériter l'égalité, très bien. Mais il peut s'agir aussi de simplement transformer un bureau contesté de l'égalité en une entité qui à la longue ne s'occupera plus que de politique familiale. Eu égard à l'historique du bureau valaisan, et aux attaques dont il a fait constamment l'objet, on peut craindre qu'il s'agisse du deuxième cas de figure.»

Même méfiance chez Sylvie Durrer, responsable du bureau vaudois: «Cela dénote un retour à une vision traditionnelle de la femme, pour qui l'engagement familial serait prioritaire. Or, ce n'est pas le cas pour nombre de femmes: toutes n'ont pas de famille à charge et privilégient plutôt leur engagement professionnel.»

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