Architecture

En Valais, l'histoire tourmentée de la maison des polémiques

Des politiciens s'offusquent parce que le gouvernement valaisan a réalisé sa photo officielle sur la terrasse du président du FC Sion. Depuis sa construction, cette maison de béton ne cesse d'engendrer les controverses

Pour un élu socialiste, «ce n'est pas très adroit». Pour un libéral radical, les ministres «n'ont aucun sens politique». Depuis que la RTS a relevé que la photographie officielle du gouvernement valaisan a été prise sur la terrasse de la maison du président du FC Sion, l'information suscite l'indignation ou l'ironie sur les réseaux sociaux. Selon le conseiller municipal de Sion Florian Chappot, «la photo officielle du Conseil d'Etat chez Christian Constantin est symboliquement une erreur politique». Pour la troisième fois en cinquante ans, la villa «soleil» suscite la polémique.

Le président du gouvernement et celui du club de football ont choisi de répondre à ces critiques dans le quotidien Le Nouvelliste. Christian Constantin estime que «c'est une polémique à la petite semaine», et que «ce n'est pas plus grave que d'avoir cinq Conseillers d’État au souper de soutien du FC Sion». Jacques Melly justifie sa démarche : «Nous avons choisi la villa qui illustre la couverture d'un livre sur l’architecture valaisanne du XXe siècle, pas celle de Christian Constantin». Les deux hommes affirment que le choix du bâtiment est indépendant de l'identité de son propriétaire.

Les premiers travaux provoquent la colère des conservateurs

La villa «Soleil» a été imaginée par les architectes Paul Morisod, Jean Kyburz et Edouard Furrer pour un entrepreneur qui avait fait fortune sur le chantier du barrage de la Grande Dixence. Pour l'ancien architecte cantonal Bernard Attinger, «ces horizontales de béton sont inspirées de la Maison sur la cascade», dessinée par l'américain Frank Lloyd Wright. Président de la Société des ingénieurs et des architectes valaisans (SIA), Léonard Bender décrit le crépuscule d'une époque où les toits plats étaient jugés «bolchéviques» par les conservateurs valaisans. Construite sur le coteau de Sion entre 1963 et 1964 la maison suscite l'ire de l'écrivain Maurice Zermatten dès les premiers travaux.

Cette prétention ferait rire si leurs œuvres ne venaient offenser ces paysages que nous aimons

Alors président de la commission cantonale des constructions, le romancier choisit une photographie de la villa «Soleil» pour illustrer la préface de son nouveau règlement. Le ton est virulent : «on transporte dans nos vignes des monstres issus tout droit de quelques revues japonaises ou américaines». Pour Maurice Zermatten, les jeunes architectes sont des «incultes», et «cette prétention ferait rire si leurs œuvres ne venaient offenser ces paysages que nous aimons». La controverse enfle quand les trois hommes déposent une plainte pour injure et diffamation. Après une première condamnation, la procédure échoue devant le Tribunal fédéral. L'entrepreneur fait faillite et la maison change plusieurs fois de propriétaire.

La première construction classée contre l'avis de son propriétaire

En 2004, Christian Constantin planifie de lourds travaux pour transformer sa nouvelle acquisition, devenue le centre de formation des jeunes footballeurs du FC Sion. Il déclare dans la presse que «si la Villa avait de la valeur, elle serait classée». 470 citoyens le prennent au mot et signent une pétition qui réclame la valorisation du bâtiment. D'abord protégé par la ville, il devient monument historique d'importance régionale quatre ans plus tard, suite à une décision du Conseil d'Etat. Pour la première fois, une construction est classée contre la volonté de son propriétaire.

Ce bâtiment date de l'époque du béton et des barrages. Il incarne la saga de la modernité en Valais

Devenue «mythique», la villa «Soleil» a finalement été rénovée dans le respect des directives imposées par les services du patrimoine. Désormais, Christian Constantin habite les lieux, et les architectes saluent presque unanimement la beauté de l'édifice. Pour Pierre Frey, professeur honoraire d'histoire de l'architecture à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, «il date de l'époque du béton et des barrages», et «il incarne la saga de la modernité en Valais». Président de la SIA, Léonard Bender juge que «cette maison n’appartient pas à Christian Constantin mais au patrimoine valaisan». Lui n’en est que «l’occupant temporaire et anecdotique».

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