Politique

En Valais, l’UDC vampirise le PDC

Candidat PDC inscrit sur la liste d’Oskar Freysinger, Nicolas Voide incarne à la fois les divisions internes de son parti et le transfert de ses voix les plus conservatrices vers l’UDC

Main sur le cœur, Jérôme Desmeules et Oskar Freysinger chantent l’hymne national aux côtés du conseiller fédéral Ueli Maurer. Pendant quatre heures, plus de 250 délégués et tous les cadres de l’UDC sauf Guy Parmelin applaudissent le spectacle. Le président de l’UDC du Valais romand se montre satisfait: «Toutes les caméras du pays sont braquées sur nous à huit semaines des élections». Postulant à sa réélection, le conseiller d’Etat a droit à un débat de vingt minutes. Dans la conclusion de son discours, le président du parti Albert Rösti n’oublie pas de manifester son soutien aux candidats pour les élections du mois de mars prochain: «Hop UDC Valais!»

Pour ce congrès national, l’UDC valaisanne a choisi Le Châble, dans le Val de Bagnes. Elle s’invite ainsi sur les terres de Christophe Darbellay, à quelques kilomètres de son fief de Liddes, dans la salle où il avait organisé son dernier congrès quand il était encore président du PDC suisse. La veille, au moment où Christophe Darbellay convoquait ses partisans pour lancer sa campagne au gouvernement, l’UDC invitait la population à rencontrer Christoph Blocher à Martigny. Président du PDC du Valais romand, Serge Métrailler refuse d’y voir une provocation. Jérôme Desmeules plaide le hasard du calendrier et la complexité de l’événement.

Le dissident PDC qui s’allie à l’UDC

Le 2 janvier dernier, Oskar Freysinger boutait le feu au parti démocrate chrétien en formalisant une alliance avec Nicolas Voide, ancien président PDC du parlement cantonal. Vieil ennemi de Christophe Darbellay, le dissident espère fédérer les conservateurs. Il martèle qu’il reste démocrate-chrétien même s’il brigue une place au gouvernement sur la liste de l’UDC, rebaptisée «Ensemble à droite» pour l’occasion. Au congrès du Châble, les cadres du parti applaudissent. Pour Christoph Blocher, «c’est une bonne idée et Nicolas Voide mérite des félicitations». Pour Albert Rösti, «Oskar Freysinger a choisi un démocrate-chrétien particulièrement à droite.»

Ce sont la haine contre Christophe Darbellay et la recherche du pouvoir qui ont poussé Nicolas Voide à s’associer à Oskar Freysinger

Dans les heures qui suivaient l’annonce, Christophe Darbellay ne trouvait pas de mots assez durs pour qualifier «un UDC qui s’est arrêté à mi-chemin dans son coming out» ou «un porteur d’eau qui va sous la couette avec Oskar Freysinger». Pour le président Serge Métrailler, «Nicolas Voide a trahi le parti». Il insiste: «Ce sont la haine contre Christophe Darbellay et la recherche du pouvoir qui l’ont poussé à s’associer à Oskar Freysinger». Au parlement cantonal, le PDC et l’UDC votent régulièrement ensemble. Dans les médias, le Conseiller aux Etats Jean-René Fournier et quelques conservateurs soutiennent l’ancien président du parlement. Comme Yannick Buttet, plusieurs autres le condamnent.

Lire aussi: «La candidature de Nicolas Voide révèle un profond malaise au PDC»

Un phénomène national

Ce dimanche, Nicolas Voide attaque Christophe Darbellay dans la presse alémanique en évoquant son enfant adultérin: «Ma candidature dira s’il a encore la confiance de l’électorat PDC, et surtout de son aile conservatrice». Oskar Freysinger, lui, reste discret. A court terme, il affaiblit le seul candidat capable de le malmener face aux électeurs. A long terme, il provoque un débat idéologique au sein du PDC qui pourrait profiter à l’UDC. Lui-même ancien élu démocrate-chrétien, il martèle que Christophe Darbellay, trop à gauche, ne peut pas représenter l’aile droite du parti.

Chaque fois que le PDC travaille avec la gauche, l’UDC peut espérer élargir son électorat

Pour mieux vider le PDC de sa substance, l’UDC instrumentalise depuis longtemps la fracture historique qui sépare chrétiens conservateurs et chrétiens sociaux. La candidature de Nicolas Voide incarne à la fois cette division interne et le transfert des voix les plus conservatrices vers l’UDC. Le phénomène est particulièrement sensible à Schwytz, qui a longtemps élu deux démocrates-chrétiens au Conseil des Etats, avant de choisir deux démocrates du centre. Albert Rösti interprète ce grand remplacement: «Chaque fois que le PDC travaille avec la gauche, l’UDC peut espérer élargir son électorat».

L’effet Gerhard Pfister

Pour enrayer l’érosion et pour succéder à Christophe Darbellay à la tête du parti, le PDC suisse a choisi le conservateur Gerhard Pfister. A Zoug, il a consolidé l’électorat de sa formation en menant une politique de droite. En Valais, il affirme son soutien à la liste officielle et regrette la fronde de Nicolas Voide, mais il plaide pour qu’il ne soit pas exclu du parti. Ces derniers jours, ce dernier rappelle régulièrement qu’il s’identifie à la ligne conservatrice du nouveau président du PDC. Son rival Christophe Darbellay, lui, restera comme l’un des hommes qui ont évincé Christoph Blocher du Conseil fédéral.

Forcément, les liaisons dangereuses qu’entretiennent le PDC et l’UDC varient au gré des cantons, des personnes et des enjeux. Lors des dernières élections fribourgeoises, leur liste commune sera restée une alliance de façade qui n’aura profité qu’aux démocrates-chrétiens. Quand les chambres fédérales ont voté la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration de masse chère à l’UDC, le PDC a choisi de s’abstenir pour se démarquer. Les dirigeants des deux partis assurent qu’ils peuvent collaborer. Ils semblent condamnés à s’aimer et se haïr tout à la fois.

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