«Je veux tuer la pieuvre à cinq pattes!» De tous les candidats valaisans aux élections fédérales de cet automne, Michel Carron est sans doute celui qui brandit le programme le plus imaginé et le plus clair, pour ne pas dire le plus simpliste: faire mordre la poussière au PDC.

«Je veux faire tomber les têtes, pas l'idéologie», affirme le dénonciateur de l'affaire Dorsaz, qui «est resté PDC au niveau des idées». Un PDC selon lui ravagé par les affaires, l'argent, les ambitions de ses ténors, et la pratique du copinage à tous les étages: «Ils tiennent la banque, la justice, les finances. Il faudrait que ce parti passe en dessous des cinquante pour cent pour que cesse ce scandale.»

Michel Carron avait obtenu, on s'en souvient 14% des voix à l'élection de 1997 au Conseil d'Etat où il s'était présenté hors parti. Cette fois il entend bien courir sous la casaque d'une grande écurie. Il avait annoncé l'automne dernier déjà qu'il pourrait être le fondateur de la section UDC du Valais romand. La semaine dernière le bouillant Fuillerain a donc remis son programme aux instances directrices de l'UDC suisse. Qui l'auraient «accueilli avec bienveillance», mais en réservant toutefois leur appréciation officielle jusqu'au 20 février. Michel Carron a exigé qu'on ne change pas une virgule à son plan de bataille, faute de quoi il irait au combat sous son étiquette personnelle. Les délégués de l'UDC devront encore parapher cette fondation d'une section bas-valaisanne lors de leur congrès à Schwytz, le 24 avril prochain.

Qui dit UDC dit Chistoph Blocher, nanti qui plus est d'un fort capital de sympathie en Valais. Il en faut plus pour impressionner Michel Carron, qui dit «n'en avoir rien à faire de Blocher. Il ne représente pas la vraie UDC. Historiquement ce parti est né d'une scission radicale pour défendre les indépendants, les classes moyennes et les paysans, contre la grosse industrie.» Bref, Carron se sent plus bernois que zurichois, pense-t-on. Erreur! «Sur le fond je ne suis n'est pas en désaccord avec Blocher, ce que je ne supporte pas c'est son arrogance et ses provocations.»

Puis soudain Michel Carron dit partager avec la gauche son souhait de réforme totale du système judiciaire valaisan. Il tempête ensuite contre les radicaux qui viennent de lui piquer son idée d'instituer en Valais une cour des comptes. Et rêve d'attirer dans son sillage quelques personnalités du parti libéral, comme la députée Isabelle Kessler. Si on lui dit que les électeurs ne risquent de pas s'y retrouver dans cette panade politicienne, il en convient presque: «Je suis un peu fou, mais on m'avait déjà dit ça lors des élections au Conseil d'Etat», avant de quémander un incertain «Vous croyez que ça peut marcher?» Et de revenir à la pieuvre qui hante ses nuits: «Dans ce fourre-tout qu'est devenu le PDC on trouve des syndicalistes comme des défenseurs du patronat. Ce n'est pas crédible, on ne peut faire l'un et l'autre.» Car Michel Carron est sûr que la grande famille démocrate chrétienne largement divisée entre ses composantes linguistiques et idéologiques, (faux frères jaunes et noirs du haut, PDC, chrétiens sociaux et chrétiens conservateurs du bas), fera une nouvelle fois la sainte alliance au pied de l'obstacle. Alors que les chrétiens sociaux, Michel Carron les verrait bien rejoindre une fois pour toutes le parti socialiste. «Comme ça, on aurait deux grands partis en Valais, centre gauche contre centre droit et on saurait de quoi on parle.» Un centre-droit qui rassemblerait alors démocrates-chrétiens, radicaux et… carroniens. Sans les conservateurs, «qui veulent donner des leçons de morale au peuple, notamment en matière d'avortement, alors que le peuple n'a de leçon à recevoir personne. Surtout pas des politiciens».

Déjà à Berne

Sur l'Europe, Michel Carron se dit partisan de la politique des petits pas bilatéraux menée par le Conseil fédéral. Pour la question de l'asile, c'est un peu plus compliqué. On commence par l'imaginer un peu gauchiste: «Il faut une Suisse plus ouverte», puis on le sent soudain se muscler: «A condition de savoir combien ça coûte. Je verrais bien des villages de réfugiés isolés du reste de la population, où chacun devrait rendre compte du moindre de ses déplacements, mais des villages avec un confort décent, pas comme les baraquements militaires qu'on utilise actuellement». Même s'il a déjà déménagé à Berne, Michel Carron reste modeste à l'heure du pronostic: «Si je fais 3000 listes, ce sera déjà bien, 5000, ce serait un réel succès. Et puis si ça ne marche pas, je retournerai cultiver mes cinq hectares de vigne.» Comme porte de sortie, il y a pire.