Le Valais ne veut pas accueillir les élus fédéraux

Extra-muros Le Conseil national doit décider s’il veut siéger dans le canton en 2015, le temps d’une session

Les Valaisans craignent la surcharge de manifestations

L’intention était bonne: déplacer le parlement fédéral en Valais le temps d’une session. Histoire de recoller les pots cassés après plusieurs votes qui ont fâché le canton alpin, comme la Lex Weber ou la loi sur l’aménagement du territoire, et de boire quelques verres pour ressouder les liens. Mais voilà. Maintenant qu’il faut sortir les agendas, les Valaisans rechignent. Ils se rendent compte que c’est compliqué à organiser, et que ça coûte cher. Bref: un cadeau empoisonné.

Au départ, l’idée avait pourtant été portée par un Valaisan: le conseiller national Yannick Buttet. Après l’échec de sa proposition, le sénateur genevois Robert Cramer a repris le projet et a réussi à convaincre ses pairs, arguant que 2015 serait une année parfaite pour entreprendre un tel déménagement puisque le Valais fête le 200e anniversaire de son entrée dans la Confédération. Etonnamment, son initiative parlementaire a été acceptée par le Conseil des Etats. Le Conseil national doit se prononcer à son tour durant la session qui commence ce lundi.

Entre-temps, les autorités valaisannes sont venues doucher l’enthousiasme collectif. Reçues par le Bureau du conseil national, elles ont expliqué qu’elles seraient ravies d’accueillir les parlementaires et leur cortège, mais surtout pas en 2015. «Nous avons étudié attentivement ce projet, explique Jean-Michel Cina, président du Conseil d’Etat. L’idée est bonne mais elle arrive tard car 2015 est déjà une année chargée en festivités. Elles sont planifiées depuis longtemps, les budgets sont bouclés. Pour des questions financières et de ressources humaines, nous préférerions recevoir le parlement plus tard, en 2016 ou en 2017.» Outre le programme directement lié au jubilé, le Valais accueillera effectivement encore la Fête fédérale de tir. S’y ajoutent le 150e anniversaire de l’ascension du Cervin et les 1500 ans de l’Abbaye de Saint-Maurice.

Et héberger les parlementaires pendant trois semaines (jours ouvrables) n’est pas une mince affaire. L’Assemblée fédérale a déjà été délocalisée à trois reprises, à Genève, Lugano et Flims en raison de travaux de rénovation du Palais. De quoi donner une petite idée de la logistique nécessaire à une telle opération. Aux 246 élus s’ajoutent les Services du parlement, le secrétariat des groupes parlementaires, les conseillers fédéraux et leurs collaborateurs en fonction des objets discutés, les équipes techniques de la SSR pour la retransmission des débats, l’armée pour les transports, les agents de la sécurité, les médias et les lobbys.

Les Valaisans ont fait l’inventaire de l’infrastructure nécessaire, soit 550 chambres rien que pour le parlement et les services qui y sont directement rattachés. Surtout, il faut réinventer un «Palais», soit trouver une salle pour le Conseil national et une salle pour le Conseil des Etats, avec chaque fois des pupitres, une estrade, des antichambres pour les apartés, des postes de travail, une tribune pour la presse et les visiteurs, des espaces de rangement. Plusieurs salles de séance doivent aussi être aménagées, ainsi qu’un espace de travail pour la presse et des studios pour la radio et la télévision.

Où trouver tout ça? Montana n’a pas l’infrastructure pour répondre à toutes ces exigences, selon la Chancellerie valaisanne. Si bien que le choix de Martigny et de son Centre d’expositions et de réunions (CERM) a été arrêté, avec possibilité de loger les invités à Verbier.

Mais autant dire que le projet est mort-né. Car il y a encore les coûts d’un tel déplacement. A Flims, la session extra-muros avait coûté 1,8 million, dont 15% à la charge de la Confédération. Les Valaisans ont estimé le projet à 3,5 millions de francs, sans aller plus loin sur la répartition de la facture. Difficile à faire passer alors que l’heure est aux ­économies.

L’accueil mitigé des Valaisans déçoit évidemment le sénateur genevois Robert Cramer, qui pensait bien faire en proposant cette délocalisation. «J’aime le Valais et je continuerai à l’aimer. Mais j’ai effectivement de la peine à comprendre. A l’époque, les élus va­laisans m’avaient encouragé à ­déposer cette intervention parlementaire. Aujourd’hui, il s’avère que ce serait trop compliqué et que les délais sont trop courts. En disant cela, le Conseil d’Etat ne fait pas vraiment la promotion de son canton et de sa capacité à accueillir une manifestation. C’est étrange lorsqu’on a une forte vocation touristique. Si on veut lutter dans la première catégorie, on doit pouvoir prouver qu’on peut s’adapter rapidement et avec enthousiasme, sinon, on reste dans la deuxième catégorie», déclare le Genevois.

Les plus embêtés dans cette histoire rocambolesque seront les conseillers nationaux valaisans dont un des leurs, le socialiste Stéphane Rossini, présidera l’Assemblée fédérale en 2015. La logique voudrait qu’ils aillent pêcher les voix nécessaires au projet. Or, ils sont pris entre deux feux. Stéphane Rossini se consolera de ne pas présider sur ses terres. Mais il regrette que ce projet ait été «mal foutu dès le départ». Car pour bien faire, il aurait fallu agir après concertation avec le Conseil d’Etat, estime-t-il. «Je comprends très bien les arguments du gouvernement cantonal, explique-t-il. L’année 2015 est surchargée. Et politiquement, il y aurait eu des critiques, car en ce moment on parle surtout d’économiser.»

Difficile, dans ces conditions, de renforcer la cohésion nationale.

«Le Conseil d’Etat ne fait pas la promotion de son canton. C’est étrange lorsqu’on a une vocation touristique»