«J’aurais voulu faire défiler ces images sur une musique mortuaire.» C’est par ces mots que Charly Wuilloud, ancien chef de la Section dangers naturels de l’Etat du Valais, commence la présentation de son livre, Adieu glaciers sublimes. L’ouvrage est édité dans la collection Iterama, résultat d’un partenariat entre des éditeurs valaisans et l’Etat du Valais. La conférence de presse est d’ailleurs placée sous l’égide du gouvernement. «Au-delà de nos paysages magnifiques qui sont appelés à changer, c’est la production énergétique et l’approvisionnement en eau qui sont menacés», déclare le conseiller d’Etat Jacques Melly en guise d’introduction.

Le Valais serait-il en train de prendre acte de la disparition des glaciers? «On ne fait que prendre acte… Et attendre. Je voulais pousser un cri d’alarme pour que le Valais ne prenne pas seulement conscience de la fonte des glaciers mais aussi de ses conséquences», explique Charly Wuilloud. La première de ces conséquences étant les dangers que les glaciers représentent pour les infrastructures, et parfois pour les hommes. «En 1965, 2 millions de m3 de glace s’effondrent sur les baraquements du barrage de Mattmark, se souvient Charly Wuilloud. Je me suis rendu sur place avec le président de la Confédération, Roger Bonvin. Il y avait 81 personnes sous la glace et nos pelles étaient bien impuissantes à les en extraire.» Depuis, le canton a mis sur pied un inventaire des glaciers dangereux. Ils sont 55, dont 29 peuvent représenter un danger à moyen terme. «A cette liste, nous avons ajouté 10 glaciers rocheux et des lacs glaciaires», explique Pascal Stoebener, nouveau chef de la Section dangers naturels en Valais. L’inventaire des glaciers rocheux, ces amas de glace, de pierre et de terre qui causent d’importantes laves torrentielles en fondant, n’est pas encore terminé mais 22 zones habitées et 28 voies de communication se trouvent dans des zones dangereuses.

Ces glaciers répertoriés sont donc surveillés de près, selon un concept établi pour la période 2011-2015. L’évolution des masses glaciaires est mesurée régulièrement, certaines par des caméras qui peuvent déclencher automatiquement l’alarme et la fermeture des routes menacées. C’est le cas du glacier du Weisshorn, suspendu au-dessus de Randa, dans la vallée de Zermatt. «A terme, la route et le chemin de fer de la vallée, menacés par plusieurs glaciers, devraient être déplacés. Mais évidemment ce sera très cher», poursuit-il.

D’autres études conduites par l’Etat du Valais et financées en partie par Alpiq mesuraient les masses glaciaires pour évaluer les réserves d’eau du canton. Elles ont été conduites sur 11 glaciers ayant une influence importante sur les ressources en eau et permettront la simulation de divers scénarios de fonte des glaces sur une centaine d’années. Elles devraient s’achever cette année et les résultats seront communiqués en 2014, mais Pascal Stoebener annonce déjà que 90% du volume des glaces actuelles aura fondu d’ici à 2100. «Ces connaissances seront précieuses pour adopter une politique de gestion de l’eau adaptée et responsable», note l’Etat du Valais. Ce dernier a constitué un groupe de travail il y a un peu plus d’une année afin de définir une stratégie cantonale dans ce domaine, stratégie que Jacques Melly promet de dévoiler dans les semaines qui viennent.

«Nous ne pouvons rien faire pour empêcher les glaciers de disparaître, dit Charly Wuilloud. Par contre, nous pouvons nous organiser en sachant ce qu’il va advenir. Aujourd’hui, chaque commune est propriétaire de son eau sans savoir combien elle en a à disposition, ni combien elle en perd dans des canalisations qui fuient. Nous ne pouvons pas gérer la ressource de cette manière, nous devons au minimum nous organiser par vallée avec une supervision cantonale afin de garantir la justice des répartitions.» Avec cet ouvrage grand public, Charly Wuilloud espère présenter les connaissances du canton. Et permettre une prise de conscience.

La fonte des glaciers menace 22 zones habitées et 28 voies de communication en Valais