Mobilité

Le Valais prêt à fermer définitivement des routes

Les événements critiques, comme les intempéries, placent le Valais face à la réalité. Le réseau routier cantonal est en mauvais état, à cause d’une stratégie curative plutôt que préventive. Cette situation pourrait engendrer des fermetures définitives de routes

C’est un ouvrage emblématique du réseau routier valaisan et il est mal en point. Le viaduc de Riddes, avec ses 33 000 mètres carrés, souffre du cancer du béton, et des dégradations ont également été constatées sur les câbles de précontrainte, qui servent à renforcer l’ouvrage. Ces anomalies ont forcé l’Etat du Valais, conjointement avec l’Office fédéral des routes, à interdire aux poids lourds l’accès au plus grand échangeur autoroutier de Suisse.

Depuis 15h ce lundi, le viaduc de Riddes, emprunté par plus de 10 000 véhicules par jour, est interdit aux engins de plus de 3,5 tonnes. Cette interdiction, préventive, intervient à peine deux semaines après une première décision similaire pour les véhicules de plus de 40 tonnes. Et ce ne pourrait être qu’un début. Vincent Pellissier, le chef du Service cantonal de la mobilité, ne peut exclure une fermeture totale de l’ouvrage dans les semaines à venir. Cela dépendra du résultat des investigations complémentaires, qui sont en cours.

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Un cas emblématique mais pas unique

«Ce qui se passe à Riddes est un signal très fort, souligne l’ingénieur cantonal. De mémoire, nous n’avons jamais eu de situation similaire dans la plaine du Rhône.» Ce cas emblématique n’est pourtant pas unique, il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg. Le tiers du réseau routier valaisan se trouve dans un état critique. «Même s’il se dégrade, le réseau routier tient toujours, jusqu’au jour où… Le problème, c’est que beaucoup d’éléments qui ont été construits entre les années 1960 et 1980 arrivent au bout de leur cycle de vie», constate Vincent Pellissier.

Le chef du Service de la mobilité garde dans un coin de la tête une situation vécue il y a près de dix ans dans le Haut-Valais. Le canton a fermé définitivement une route dans le Mittal à cause de l’état de vétusté d’un pont, qui a fini par s’effondrer quelques mois plus tard. La sécurité des usagers de la route passant avant tout, le Service de la mobilité n’hésitera pas à rééditer ce genre de décision. «On ne peut pas dire aujourd’hui combien de routes sur l’ensemble du canton seront concernées, mais il y en aura», prévient Vincent Pellissier.

Stratégie curative plutôt que préventive

Cet état de fait est dû à la stratégie d’entretien de l’Etat du Valais, qui doit intervenir de manière curative plutôt que préventive, même si cela coûte beaucoup plus cher. «Les ressources qui seraient nécessaires pour remettre dans un état acceptable l’ensemble du réseau routier valaisan sont disproportionnées», souligne Vincent Pellissier. Les estimations dépassent le milliard de francs.

Paradoxalement, la nécessité de ces investissements n’est pas toujours visible à l’œil nu. «Tout a l’air en ordre, jusqu’à ce qu’un événement critique, comme des intempéries ou un contrôle de l’ouvrage, ne fasse éclater la réalité au grand jour», précise Vincent Pellissier. L’ingénieur cantonal utilise la comparaison route-rail pour étayer son propos: «Contrairement aux chemins de fer, dont le trafic est interrompu si les rails bougent, un trou dans une route n’empêche pas la circulation. Les pneus des voitures sont de bons amis à ce niveau-là», sourit-il.

Suivre l’exemple des Grisons

Mais plutôt que de voir le verre à moitié vide comme certains, le chef du Service de la mobilité aimerait suivre l’exemple des Grisons, un canton confronté aux mêmes réalités alpines que le Valais. «Il y a une quinzaine d’années, les Grisons se trouvaient dans une situation semblable à la nôtre. Aujourd’hui, ils n’ont plus que 2% de leurs routes dans un état critique», souligne-t-il. Il est donc possible d’inverser la tendance. «Mais on peut y arriver uniquement si on a la volonté de le faire», insiste Vincent Pellissier.

Autrement dit, repenser le réseau routier doit devenir une priorité cantonale. «Tout est question de priorités, reconnaît l’ingénieur. Lorsqu’on investit dans un domaine, c’est au détriment d’un autre.» Il incombe donc au parlement valaisan de savoir s’il fait du réseau routier une priorité ou non, puisque ce sont les députés qui ont le dernier mot concernant les finances cantonales.

«On est dans une impasse»

Pour augmenter l’enveloppe dévolue à l’entretien des routes, les députés pourraient piocher dans celle destinée à la construction de nouvelles infrastructures. Pour Vincent Pellissier en tout cas, cette question mérite d’être posée. «99% du réseau routier cantonal est terminé. Pourtant, on alloue chaque année des montants importants, notamment pour la construction de nouveaux ouvrages de contournement», analyse-t-il. Mais l’ingénieur cantonal le reconnaît: «C’est aussi plus sexy d’inaugurer un nouveau pont que d’en rénover un ancien.»

Il n’en demeure pas moins que cela ne résout pas les problèmes d’entretien des routes existantes, et l’ingénieur cantonal sait que la mise en place de la stratégie de la mobilité 2040, qui doit répondre à l’évolution des modes de vie et au développement du canton, nécessitera d’importants moyens financiers. Vincent Pellissier lâche, en guise de conclusion, qu’actuellement «on est dans une impasse».

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