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Ce dimanche, les Valaisans ont accepté la loi d'application cantonale de la LAT, qui les oblige à déclasser 1000 hectares de terres constructibles.
© OLIVIER MAIRE

LAT

Le Valais régularise la gestion de son territoire

Quatre ans après avoir massivement refusé la Loi sur l'aménagement du territoire, le Valais plébiscite son application cantonale. 72,8% des votants ont choisi la voie de la normalisation

Jean-Michel Cina semble soulagé. Président de la SSR depuis le début du mois, le démocrate-chrétien quitte le gouvernement valaisan sur une victoire inespérée. Ce dimanche, par 72,79% des votants, les Valaisans ont plébiscité son projet d’application cantonale de la loi sur l’aménagement du territoire (LcAT). Pour l’ancien ministre, qui a mené campagne au-delà de son mandat, «l’engagement paie». En souhaitant «bon vent» à ses successeurs, il réagit sur les réseaux: «Je suis très content, mais il reste beaucoup à faire!»

En mars 2013, plus de 80% des Valaisans avaient refusé la loi sur l’aménagement du territoire (LAT), alors que les Suisses l’acceptaient largement. Malgré le soutien de toutes les formations politiques à l’exception de l’UDC Valais romand, son application cantonale pouvait donc sembler menacée. Avec plus de 2000 hectares de zones à bâtir excédentaires, le Valais reste le canton le plus touché par les déclassements. Pendant plus de trente ans, il n'a pas vraiment appliqué la première LAT, dépourvue de mesures coercitives. Signe de la résignation des opposants, à peine plus de 40% des Valaisans ont exprimé leur opinion.

Notre reportage: A Nendaz, ce Valais qui a mal à son aménagement du territoire

La voie de la normalisation

Désormais dépositaire du dossier, le ministre Jacques Melly retient le «geste de confiance» de la population: «Nous allons maintenant pouvoir avancer efficacement dans ce dossier». Pour le nouveau conseiller d’Etat Christophe Darbellay, «c’est le signe d’un Valais qui assume ses responsabilités». Aucune commune n'a refusé le projet. Agglomération la plus touchée du canton avec plus de 140 hectares de terres à bâtir en passe d’être déclassés, Nendaz a elle aussi choisi la voie de la normalisation, par plus de 70% de ses votants.

C’est le signe d’un Valais qui assume ses responsabilités

Même la commune d’Hérémence a timidement dit oui. Elle héberge pourtant le parlementaire UDC Grégory Logean, qui menait la fronde. «Surpris», ce dernier regrette un taux d’abstention «historiquement bas» et un rapport de force inégal: «Nous avions tout le monde contre nous». Les opposants se sont aussi divisés sur une affiche qui faisait l'amalgame entre la loi sur l’aménagement du territoire et la hausse des suicides en Valais. Pour le député socialiste Gaël Bourgeois, «la propagande mensongère et hors sujet ne séduit plus et c’est une excellente nouvelle pour notre démocratie.»

Notre coup de sang: Les tristes campagnes des conservateurs valaisans

Une exception valaisanne

L’argument du moindre mal a manifestement convaincu les plus réticents. Pour concilier exigences fédérales et sensibilités locales, Jean-Michel Cina a élaboré une sorte d’exception valaisanne avant de quitter le gouvernement. Il a longtemps martelé qu'elle permettait de «limiter les déclassements au strict minimum». Alors que la LAT définit les zones constructibles sur la base des projections démographiques pour les quinze prochaines années, la LcAT délimite des «périmètres d’urbanisation» calculés pour vingt-cinq à trente ans. L'Office fédéral du développement territorial a validé cette stratégie en deux temps.

En Valais, seuls 1000 hectares périphériques seront donc dézonés, et les communes pourront classer plus de 1000 autres hectares en «zones réservées». Si elles ne seront pas constructibles ces prochaines années, ces parcelles bloquées ne redeviendront pas non plus agricoles. Leur sort futur dépendra de l’augmentation de la population et des places de travail. Au bénéfice d’une loi d’application que Jean-Michel Cina aime décrire comme «une boîte à outils», le gouvernement et le parlement se pencheront désormais sur le plan directeur cantonal. Il devra obtenir l’approbation du Conseil fédéral avant mai 2019.


Commentaire: Les faiblesses de l’argument du moindre mal

A compter de ce dimanche, le Valais fait un peu plus partie de la Suisse. En plébiscitant l’application cantonale de la Loi sur l’aménagement du territoire, le vieux pays promet d’appliquer tardivement une législation entrée en vigueur en 1980. Jusqu'au projet d'aujourd'hui, plutôt souple et généreux, de nombreux exécutifs se sont longuement permis d'ignorer la loi.

Le ministre Jean-Michel Cina en tête, les démocrates-chrétiens ont mené cette campagne symbolique. Pour convaincre des Valaisans très remontés contre ces législations fédérales qui leur dictent la gestion des Alpes, ils ont choisi le pragmatisme. Pendant deux ans, ils ont décliné le discours de l’exception valaisanne, martelant que leur projet limiterait le déclassement des zones à bâtir au strict minimum. Personne ne pouvait espérer arrangement plus charitable.

Très suisse et redoutablement efficace, l'argument du moindre mal a permis de rassembler toutes les formations politiques, jusqu’aux démocrates-chrétiens les plus conservateurs. Au moment de combattre le projet, Grégory Logean et l’UDC du Valais romand se sont retrouvés aussi isolés qu’une résidence secondaire bâtie sur les alpages. Les Verts, eux, se sont fait plutôt discrets.

Ce silence regrettable n'a pas vraiment permis aux défenseurs du paysage de faire avancer leurs idées. Trop faible, l’argument du moindre mal laisse un goût amer. Face à la colère légitime des petits propriétaires, la campagne a tu les nombreuses bonnes raisons qui auraient du pousser le Valais à interroger sa gestion du territoire.

Le tourisme du futur ne se bâtira ni sur le marché des résidences secondaires, ni sur celui du ski industriel, qui souffrent d’une sévère régression. Par contre, il pourrait bénéficier d’une clientèle différente, amoureuse des montagnes et de leurs paysages préservés. Cet argument positif constituait peut-être la meilleure raison d'approuver une loi d'application qui permettra de bâtir au bon endroit.

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