Face au parlement, Grégory Logean énumère «le droit de vote des étrangers, la reconnaissance de l’islam et le mariage pour tous». Il prophétise: «Ces grandes théories philosophiques diviseront notre société alors que nous devons travailler sur des affaires plus importantes.» Seule contre tous, l’UDC s’oppose à une révision complète de la Constitution valaisanne. Le PDC et tous les autres partis souhaitent revisiter ce texte qui date de 1907 et qui a déjà subi 25 modifications partielles. De nombreux cantons ont effectué un travail comparable depuis les années 1960. Avec le Valais, seuls Appenzell Rhodes-Intérieures et Zoug résistent encore.

La Constitution appartient au peuple et elle doit être révisée par le peuple

«La Constitution appartient 
au peuple»

Suite au dépôt d’une initiative portée par les Verts, la gauche, les libéraux-radicaux et plusieurs personnalités, les Valaisans voteront le 4 mars prochain. Si le principe d’une révision semble acquis, la méthode engendre un vif débat: progressistes et conservateurs se disputent pour confier le mandat à une Assemblée constituante ou au parlement. Pour le PLR et Christophe Claivaz, «la Constitution appartient au peuple et elle doit être révisée par le peuple». Selon le PDC romand Sidney Kamerzin, «nous souhaitons mettre notre énergie et notre argent ailleurs que dans ces grands débats idéologiques».

Lire l’opinion de Johan Rochel: Le Valais a besoin d’une Constituante

Démocrates-chrétiens partagés

Ce jeudi, pour vingt voix, malgré l’avis contraire de la commission et de la majorité des députés PDC, le Grand Conseil a choisi de plaider pour l’élection d’une Assemblée constituante. En juin dernier, pour la première fois, le gouvernement et sa majorité démocrate-chrétienne avaient déjà adopté une position similaire. Malgré ce vote serré, le ministre des Institutions Frédéric Favre s’enflamme face aux parlementaires: «Cette initiative vient du peuple et c’est un moment historique pour le Valais!»

Dans le texte actuel, rien ne bloque l’évolution du canton et rien ne l’empêche de répondre aux défis du futur

Les puissants démocrates-chrétiens sont partagés. Dans le Haut-Valais, ils sont favorables à l’élection d’une Assemblée constituante, comme à Fribourg, en plaidant pour la protection des minorités. Dans le Bas, ils espèrent confier ce mandat au Grand Conseil, comme à Neuchâtel. Pour le président Serge Métrailler, «les Hauts-Valaisans ont des attentes culturelles et identitaires alors que les Bas-Valaisans considèrent que cette révision n’a rien d’une priorité». En décrivant «la peur de l’inconnu» d’une partie des siens, il insiste: «Dans le texte actuel, rien ne bloque l’évolution du canton et rien ne l’empêche de répondre aux défis du futur.»

L’establishment combat 
la Constitution

Historien et membre du Parti libéral-radical, Philippe Bender rappelle que «l’establishment combattait la Constitution de 1907, malgré une pétition qui réunissait 10 000 signatures». Parmi les enjeux fondamentaux, il énumère les relations entre le Haut et le Bas-Valais, entre l’Eglise et l’Etat, et entre le canton et la Confédération: «Les constitutions sont l’expression des grands mouvements culturels, politiques et sociétaux.» Pour lui, «une frange solide du PDC, la plus conservatrice, alliée de circonstance de l’UDC, voudrait réviser le texte sans aller trop loin, parce qu’elle a peur pour ses valeurs traditionnelles.»

Je peux comprendre que ceux qui détiennent le pouvoir craignent de perdre leurs prérogatives

Président du comité d’initiative qui a récolté près de 8000 signatures, et juge spécialiste des droits de l’enfant, Jean Zermatten comprend le vote du parlement comme «une victoire d'étape vers une réforme constitutionnelle ouverte à une représentation démocratique large.»

En décrivant le climat de défiance qui a poussé les Valaisans à rejeter plusieurs projets de loi élaborés par les députés ces dernières années, il sourit: «Je peux comprendre que ceux qui détiennent le pouvoir craignent de perdre leurs prérogatives parce qu’une Assemblée constituante pourrait changer les règles du jeu.»

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Débat identitaire

En juin 2015, un projet de réforme constitutionnelle qui redéfinissait le mode d’élection du parlement a échoué de peu, entre autres parce qu’il garantissait 35 sièges de députés au Haut-Valais, où les démocrates-chrétiens restent particulièrement forts. L’argument agace Serge Métrailler: «La Constitution actuelle ne donne aucun avantage au PDC ou à un autre parti et ces questions peuvent être réglées en élaborant une loi électorale.»

La campagne qui a débuté oppose conservateurs et progressistes parce que le débat promet déjà de s’orienter vers les questions identitaires, et vers le préambule du texte, qui débute par «Au nom de Dieu tout-puissant». Le mois dernier, l’évêque Jean-Marie Lovey a choisi de s’exprimer sur cette question. Dans le quotidien Le Nouvelliste, il déclarait: «Les Valaisans tiennent à cette phrase introductive, par enracinement, par tradition, par réflexion et pas seulement à cause de leur foi.»