Peut-être est-ce bien dans les mélodies bariolées de Manu Chao, sur la plaine de l'Asse, que Thomas Burgener a trouvé les arguments à sa retraite. A ceux qui, ces derniers temps, le harcelaient sur son avenir politique, le ministre socialiste haut-valaisan s'était résolu à répondre par l'humour, l'air de paqueter son «rucksack»: «Après le Paléo». Il est un inconditionnel du rendez-vous. Celui-là fut son trente-deuxième.

Il sanctionna 24 ans de politique, dont les dix dernières au gouvernement valaisan. Thomas Burgener ne sera pas candidat à sa succession en mars 2009. Il en a informé la presse hier, pas nostalgique pour un sou.

On sent sa décision avant tout très personnelle. Elle répond en partie à la démotivation que certains députés diagnostiquaient depuis quelque temps chez le ministre. Lui qui succéda à Peter Bodenmann en 1999 justifie sa décision par un certain épuisement: «Si dix ans au Conseil d'Etat, cela peut paraître trop peu, quatorze seraient assurément quelques années de trop.»

Trop pour sa santé, valide au passage son médecin. Opéré du cœur en avril 2006, Thomas Burgener n'aurait pas résisté à la vie de ministre encore longtemps. Il n'en fait pas un plat. «Je ne quitte pas le Conseil d'Etat en rentier AI, rassurez-vous...»

Le socialiste de Viège quitte surtout son fauteuil de ministre de la Santé et de l'énergie avec le sentiment d'avoir apporté un peu de son eau au moulin des affaires valaisannes. En deux législatures et demie, on lui reconnaît des succès. La douloureuse réorganisation hospitalière cantonale, qui a abouti à la création du Réseau Santé Valais (RSV), est sans doute le socle de son action. Agité à ses débuts, le RSV continue de mécontenter ses premiers détracteurs mais il a rejoint les chiffres noirs depuis deux ans, est devenu attrayant pour de nombreux praticiens et affiche une bonne qualité des soins.

S'il n'en a pas été l'artisan, il a aussi contribué à maintenir des primes d'assurances maladie inférieures à la moyenne suisse en Valais. Cela lui a valu quelques échanges musclés avec son concitoyen et néanmoins conseiller fédéral Pascal Couchepin.

L'embarrassant dossier des requérants floués

Ce langage franc lui a coûté d'autres réprimandes. Comme lorsqu'au Grand Conseil, il usa d'une formule «droit-en-bas» pour qualifier l'acharnement de Sœur Marie-Rose Genoud dans le dossier des requérants d'asile floués par l'administration: «Un peu trop ecclésiastique», condamna-t-il. Tohu-bohu...

Sur le fond, Thomas Burgener n'est toujours pas blanchi. Au constat des abus en question, ratifié par une décision du Tribunal fédéral administratif (LT du 26.03.2008), il n'a pas réagi avec beaucoup de clairvoyance. Des socialistes ont été jusqu'à demander sa démission, à l'époque. Lui reconnaît aujourd'hui «ne pas avoir été un pro de la communication» sur ce point.

Au pays des barrages, le ministre est aussi attendu sur les questions d'énergie. A son crédit, il peut compter le succès du label Minergie, mais nombreux sont ceux qui auraient espéré plus de mordant côté promotion des énergies renouvelables.

«Le bon moment pour sauver le siège socialiste»

Or, l'heure n'est pas au bilan exhaustif. Plutôt aux calculs stratégiques. Le ministre n'a pas pu envisager sa retraite à la seule lumière des «tâches accomplies», tant sa décision ouvre le jeu des élections cantonales. Il s'agit de sauver le siège socialiste, raflé par Peter Bodenmann en 1997. Et Thomas Burgener dit avoir pris un maximum de précautions pour cela: «Ce sera moins difficile en 2009 qu'en 2013. En 2013, les trois sièges PDC auraient été bétonnés.» Signifiant une funeste bataille entre minoritaires.

C'est moins le cas aujourd'hui. Le PDC renouvelle deux de ses trois ministres simultanément, Jean-René Fournier et Jean-Jacques Rey-Bellet, auxquels devraient succéder Jacques Melly et Maurice Tornay (LT du 07.06.2008). Quant au troisième PDC du gouvernement, Jean-Michel Cina, qui se représentera, sa place est encore sujette à caution.

Le Parti socialiste assure donc disposer d'un éventail de candidats d'envergure. Thomas Burgener prend la balle au bond pour défendre une candidature féminine. En l'occurrence, la clé de l'élection pourrait se situer dans le Haut-Valais. Le Parti socialiste du Valais romand et celui du Haut-Valais (SPO) - qui se remettent lentement des tensions qui avaient gangrené les dernières élections fédérales- annoncent une conférence de presse aujourd'hui pour détailler leur stratégie. Mais le nom de l'ancienne députée et conseillère communale (exécutif) briguoise Esther Waeber-Kalbermatten semble rallier de plus en plus de sympathies dans la perspective de la succession de Thomas Burgener.

Thomas Burgener veut faire élire une femme

Dans le Valais romand, la situation est plus compliquée. Outre deux probables candidatures féminines, Stéphane Rossini, qui n'a jamais fait montre d'un grand intérêt pour le poste, pourrait dès lors voir les choses différemment. Conscient de sa responsabilité, le conseiller national confiait hier au Temps son intention de communiquer la semaine prochaine, «avec une énorme pression sur les épaules». Reste encore la députée Marylène Volpi Fournier, qui s'est déjà officiellement portée candidate pour les Verts et milite pour un ticket rose-vert.

Le rôle du Haut-Valais

L'arithmétique électorale se complique sensiblement quand on considère le rôle de la minorité linguistique dans les élections à venir. On a souvent dit que Thomas Burgener a été élu d'abord parce qu'il est haut-valaisan, preuve que les citoyens d'outre-Raspille sont très attachés à la bonne représentation de cette minorité au gouvernement. Au détriment du Parti socialiste? La marmite bouillonne plus que jamais dans le Haut-Valais.

L'UDC revendiquera le siège socialiste en présentant le jeune député Franz Ruppen, dans un contexte favorable qui a vu le parti agrarien progresser (17%) aux dernières élections fédérales. Enfin, au risque de réveiller les vieux démons d'un Parti démocrate-chrétien hégémonique, les Jaunes - chrétiens-sociaux du Haut-Valais membres de la fratrie PDC - comptent eux aussi se lancer dans la course. De quoi disperser l'électorat.

A neuf mois du grand rendez-vous de 2009, reste finalement une grande inconnue pour préjuger de la composition du futur Conseil d'Etat valaisan. Le radical Claude Roch briguera-t-il un nouveau mandat? Certains le poussent vers la sortie, mais lui court les fêtes populaires. On ne l'a pas vu à Paléo.