Mobilité

En Valais, les routes coupées trahissent un territoire mal maîtrisé

Trop vastes et mal entretenues faute de moyens, les routes valaisannes souffrent des intempéries. L’Etat prépare une nouvelle stratégie de mobilité qui entend réduire le réseau routier d’un tiers pour 2040

A Finhaut, la vie quotidienne s’organise dans la bonne humeur. Depuis samedi dernier, l’unique route qui relie la vallée du Trient à la Suisse est coupée par un éboulement d’environ 7000 m³. Fragilisée par les variations de température et par les précipitations, la roche reste instable. Il faudra plusieurs semaines pour que la circulation soit rétablie. En attendant, les habitants redécouvrent le train.

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Ailleurs en Valais, avalanches, glissements de terrain, coulées de boue et éboulements ont provisoirement coupé plusieurs axes routiers. Ce mercredi, la tempête Evi a malmené la route qui relie Les Haudères à Arolla. Avec les intempéries, ce sont les secteurs critiques du réseau qui souffrent le plus.

Certains secteurs sont très exposés aux dangers naturels et d’autres sont en mauvais état parce que leur entretien coûte très cher

Pour le chef du Service valaisan de la mobilité, Vincent Pellissier, «ces événements découlent des choix d’aménagement du territoire du passé». Il s’explique: «L’étalement de l’urbanisation a engendré un réseau routier très vaste, certains secteurs sont très exposés aux dangers naturels et d’autres sont en mauvais état parce que leur entretien coûte très cher.»

Selon ses services, malgré une rallonge de 10 millions de francs votée par le parlement, il manque entre 30 et 40 millions de francs au budget ordinaire pour assurer les prestations. Conséquence: la remise en état de l’ensemble du réseau est estimée à 1,5 milliard de francs.

Le réseau routier réduit d’un tiers

Ancien cadre de l’EPFL, Vincent Pellissier soutient que le modèle touche à ses limites: «Soit il n’y a pas assez d’argent, soit il y a trop de routes.» Depuis 2015, il distille son message dans les médias, comme pour préparer les esprits. Le parlement devrait débattre d’une stratégie cantonale de mobilité avant la fin de 2018. Le ministre Jacques Melly a affiné son concept en décembre dernier. Parmi d’autres mesures qui questionnent le niveau de prestations et de services de l’ensemble du réseau, il espère réduire les 1800 kilomètres de routes cantonales d’un tiers, pour atteindre 1200 kilomètres en 2040.

Au total, les communes devraient hériter de 600 kilomètres de routes requalifiées. Des tronçons qui traversent les localités, elles devraient faire des espaces publics qui favorisent la cohabitation entre les véhicules et les autres usagers. Des routes de montagne peu fréquentées pourraient redevenir des chemins forestiers, ou même être rendues à la nature. Cofinancées par le canton, ces mesures pourraient susciter des résistances chez ceux qui craignent un dépeuplement des vallées. Pour Vincent Pellissier, «au contraire, nous travaillons avec les communes et elles comprennent que cette stratégie doit mieux desservir les régions périphériques partout où ça a du sens: la mobilité et l’aménagement du territoire sont étroitement liés.»

Ce concept pose la question de la solidarité cantonale, en particulier entre la plaine et la montagne

Parlementaire vert, membre de la Commission des transports et président d’une association qui lutte contre le mitage du territoire, Lucien Barras analyse: «Ce concept pose la question de la solidarité cantonale, en particulier entre la plaine et la montagne.» Pour lui, «même si la dispersion du bâti peut s’expliquer par un passé agricole, il faut se demander si tout le monde doit payer pour desservir des territoires très exposés, qui nécessitent des ouvrages de protection contre les dangers naturels toujours plus onéreux à mesure que l’importance et la fréquence des événements augmentent».

Le rail et le câble pour remplacer la route

Dans le val d’Hérens, éboulements et avalanches provoquent régulièrement la fermeture de la route qui relie Les Haudères à la station d’Arolla. La remise en état et la sécurisation de cette route coûterait 35 millions de francs. Le canton et la commune d’Evolène espèrent la remplacer par une télécabine de 6,6 kilomètres. Réalisable dans les cinq ans, l’investissement est estimé à 25 millions de francs. Le conseiller municipal Serge Gaudin pilote ce dossier: «Pour le canton, une télécabine coûterait moins cher à entretenir et serait moins exposée aux dangers naturels. Pour la commune, ce serait une plus-value touristique et une alternative à la route.»

Il y a des vallées où les bus font des trajets à vide, alors que dans d’autres le service est insuffisant

A l’avenir, la fréquentation de cette route pourrait être soumise à autorisation et la ligne de bus qui la sillonne serait abandonnée. En Valais, le canton et la Confédération consacrent 120 millions de francs par année au subventionnement des transports publics. En septembre dernier, Vincent Pellissier avait irrité la société CarPostal en questionnant ses concessions et en évoquant des appels d’offres pour les lignes routières: «Il y a des vallées où les bus font des trajets à vide, alors que dans d’autres le service est insuffisant. Nous souhaitons élaborer une offre de mobilité adaptée à la réalité plutôt que de bâtir, entretenir et desservir des kilomètres de routes.»

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Les intempéries relancent un vieux débat. Coupés du monde durant quelques jours, les habitants de Zermatt réclament une route cantonale sécurisée. En l’absence d’un concept de stationnement et de circulation, et lié à la Confédération par une convention, l’Etat du Valais ne peut pas entrer en matière. Au début du XXe siècle, la vallée de Zermatt et celle du Trient comptaient parmi les destinations touristiques les plus fréquentées du pays. Avec une restriction routière et en misant sur le rail, Zermatt a prospéré. Malgré la construction d’une route, les hôtels de Finhaut ont fermé.

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