Environnement

En Valais, les sites pollués pourraient bousculer la correction du Rhône

Les terrains contaminés pourraient engendrer des surcoûts à la troisième correction du fleuve, selon un audit du Contrôle fédéral des finances, mais aussi modifier les contours du projet au moment des mises à l’enquête

Et si le passé industriel du Valais avait des incidences sur la troisième correction du Rhône (R3), le chantier du siècle que le canton réalise avec son voisin vaudois? Selon un audit de surveillance financière de R3, réalisé par le Contrôle fédéral des finances (CDF) l’année dernière, les sites pollués, qui bordent le fleuve, représentent l’un des plus grands risques de surcoût. Ils pourraient faire grimper la facture, pour l’heure estimée à 3,6 milliards de francs.

Si les recommandations les plus importantes de l’audit, dont celle qui concerne les terrains contaminés, ont déjà été mises en œuvre par les porteurs du projet et intégrées dans le message relatif au crédit d’ensemble pour la réalisation de la deuxième étape de R3, remis par le gouvernement aux Chambres fédérales mi-décembre, cela n’efface pas totalement les risques de surcoût. «Il faut gérer le projet en gardant en ligne de mire l’objectif de 3,6 milliards pour la facture finale, insiste Robert Scheidegger, responsable de mandat au CDF. Mais si les risques deviennent réalité, elle peut théoriquement augmenter.»

Pas de connaissances suffisantes

Ce potentiel surcoût n’est pas spécifique aux terrains pollués, il existe également pour les autres travaux nécessaires à la correction du fleuve. Mais, «s’il est plus grand pour les sites contaminés, c’est parce que nous n’avons pas, pour l’heure, les connaissances suffisantes à ce sujet», souligne Robert Scheidegger. Des analyses préliminaires sont donc indispensables, comme l’écrit l’audit. Et pour Robert Scheidegger, elles doivent être réalisées rapidement, pour éviter un possible retard des travaux par la suite.

«Des questions juridiques vont se poser: un assainissement est-il nécessaire? Si tel est le cas, qui paie? Il est probable que le temps nécessaire pour répondre à ces interrogations soit plus long que celui de la mise à l’enquête, ce qui engendrera un retard», explique Robert Scheidegger. Pourtant, la stratégie adoptée par les cantons de Vaud et du Valais consiste à réaliser les analyses lors de l’établissement des dossiers d’enquête, tronçon par tronçon, selon les priorités fixées par le Conseil d’Etat.

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«Des possibilités d’adaptation locale»

«Tout simplement parce qu’on travaille en priorité sur les secteurs présentant les plus gros risques pour les personnes et les biens», explique Tony Arborino. Le chef de l’Office valaisan de la construction du Rhône (OCCR3) est persuadé qu’avec cette méthode, la facture ne prendra pas l’ascenseur. «Les coûts pourront être maîtrisés, car il existe des possibilités d’adaptations locales suite à des pesées des intérêts, qui ne peuvent être identifiées qu’à une échelle plus fine que celle que l’on a aujourd’hui», appuie-t-il. Le projet R3 n’est pas gravé dans le marbre. Il sera affiné pour chaque tronçon, avec les communes, et sera donc modifié jusqu’au moment de la mise à l’enquête, qui fera alors foi.

«Nous analysons et documentons les sites pollués à l’avance et pouvons adapter le projet en conséquence», explique Tony Arborino. Le chef de l’OCCR3 compare le projet de troisième correction du Rhône à la construction d’un tunnel. Lorsque le tracé du tube est validé, il faut le réaliser, peu importent les surcoûts liés aux surprises géologiques. «A l’inverse, si après les analyses, nous devions nous rendre compte que le coût d’assainissement d’un terrain était trop élevé par rapport au bénéfice que l’on en retire pour la correction du fleuve, nous modifierions notre projet», indique Tony Arborino. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé dans la région de Martigny au moment de la planification de détail du projet. Un élément a été revu en raison d’un rapport coût-bénéfice trop défavorable.

Principale réalisation du projet R3 jusqu’à présent, les travaux prioritaires réalisés à Viège rassurent Tony Arborino et le convainquent que le risque de surcoût est minime: «C’est actuellement le plus grand chantier suisse de protection contre les crues. Les coûts sont maîtrisés, ils seront même probablement inférieurs aux estimations initiales.»

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