«Si on continue à se focaliser sur ce mauvais combat de reines entre Chantal Balet et Thomas Burgener, on aura Viola Amherd élue au premier tour!» Le député Adolphe Ribordy et stratège radical explique ainsi le brusque changement de cap effectué par son parti, qui ne soutiendra pas, comme annoncé, la candidature du socialiste Thomas Burgener au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat. Mais pas pour se ranger automatiquement dans le camp de la libérale Chantal Balet: «Personne ne semble voir le danger: le PDC, hormis en 1997, a toujours été au-dessus de la barre des 50%.» Pour faire face à l'hypothèse d'une élection de la candidate PDC au soir du 9 mai, les radicaux vont lancer ces jours un appel à la mobilisation électorale pour défendre ce qui, selon eux, est l'enjeu principal du premier tour: le maintien de la formule 3-1-1. «Il faut crier: au secours le PDC revient. Viola Amherd a reçu l'appui officiel de toutes ses composantes, sauf du PACS, et les électeurs démo-chrétiens semblent très déterminés à soutenir leur candidate. En plus ils ont une revanche à prendre. Le couac de 1997 est une exception et je ne vois pas pourquoi, il se reproduirait comme par magie.»

Le candidat socialiste Thomas Burgener, lui, prend acte du revirement radical: «Je peux le comprendre et vivre avec. Mais je ne crois pas à une possible élection de Viola Amherd au premier tour. Je suis persuadé que le PDC n'est plus majoritaire dans ce canton, surtout après tous ces scandales, dont il est pour une bonne part responsable. Les radicaux ne présentant pas de candidat, la démobilisation de leur électorat pourrait cependant constituer un vrai risque.»

Avis encore plus tranché chez Chantal Balet: «C'est le genre de théorie d'appareil qui n'intéresse absolument pas les électeurs. Je ne crois pas un instant à une élection de Viola Amherd au premier tour. Les gens voteront pour la personne qui leur semblera la plus apte à défendre les intérêts du Valais, comme ils l'ont fait en 1997. Quand vous discutez avec les leaders d'opinion comme avec les gens de la rue, vous vous rendez compte que les mots d'ordre des partis n'ont plus guère d'importance et ne sont généralement pas suivis.»

Le catastrophisme d'Adolphe Ribordy ne serait d'ailleurs, selon certains, qu'une tactique pour expliquer après coup un lâchage de Thomas Burgener rendu inévitable par le fort soutien que rencontrerait dans la base la candidature de Chantal Balet. Deux tendances bien nettes divisent en effet les radicaux. Si un Adolphe Ribordy, par exemple, continue de défendre le principe d'un deuxième siège haut-valaisan à garantir pour cause d'unité cantonale – et donc implicitement un vote Burgener –, quelqu'un comme Bernard Comby n'hésite pas à trouver cette disposition obsolète et à penser que le désir populaire de voir accéder une femme à l'exécutif – Chantal Balet tout aussi implicitement – possède au moins autant de légitimité.