Dans les cafés de la rue ou tous les partis politiques ont établi leurs quartiers généraux, les candidats se perdent en calculs, le portable vissé à la main. Alors que la nuit tombe, les démocrates chrétiens rejoignent les militants de l’UDC qui se congratulent depuis quelques heures. Le haut-valaisan Roberto Schmid a récupéré pour quelques centaines de suffrages le siège que la gauche lui avait pris il y a quatre ans. L'UDC et les démocrates chrétiens placent six des leurs parmi les huit parlementaires valaisans du Conseil national. Chez les sénateurs, deux conservateurs sont en tête à l’issue du premier tour.

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Un peu plus loin, Jean-René Germanier a la mine des mauvais jours. L’ancien président du parlement national a été battu par son jeune colisitier Philippe Nantermod. Alors que son parti lui avait accordé une dérogation pour briguer un quatrième mandat, il a échoué à lui offrir le second siège qu’il espérait. Le PLR n’a pas bénéficié du glissement à droite sensible dans tous les pays. En Valais, il aura surtout profité à l’UDC et au PDC.

Dans le café ou se sont réunis les candidats de l’alliance de gauche, la déception est immense. Malgré le très bon score de Mathias Reynard, la progression des Verts et l’aide du Centre gauche, Gaël Bourgeois n’est pas parvenu à conserver le second siège socialiste. Le candidat malheureux regrette «un trend fédéral». Après y avoir cru toute la journée, son parti est battu sur le fil par les démocrates chrétiens. Il n’y aura désormais plus qu’un représentant de la gauche valaisanne à Berne.

Le PDC est parvenu à freiner l’érosion qui le gangrenait depuis des années. Contrariant les pronostics, il enverra quatre parlementaires au Conseil national. Pour son leader Yannick Buttet, aisément reconduit, «c’est une chance pour le Valais». Protégée de Christophe Darbellay, la présidente du village de Grimisuat Géraldine Marchand-Balet l’accompagnera à Berne. Sur sa liste, elle devance trois hommes de plus de 10 000 voix. Si la candidate revendique «une fibre sociale», elle n’en demeure pas moins une représentante du centre droit. Dans le Haut-valais, la très influente conservatrice Viola Amherd a facilement assuré sa réélection. Pour quelques voix, Roberto Schmid récupère le siège qu’il avait perdu en 2011.

Sans Oskar Freysinger, l’UDC a progressé en Valais comme en Suisse, obtenant facilement un second siège historique. Le ministre affiche un large sourire et enchaîne les interviews. Face aux caméras, il remercie «ceux qui ont passé deux mois à taper sur l’UDC», et qui lui ont ainsi apporté des voix. Au travers des années, il est parvenu à constituer une base électorale indépendante se sa personne. Les Valaisans ont voté la marque UDC avant les candidats qui la représentaient. Les démocrates du centre ont particulièrement progressé dans le Haut-valais, ou les électeurs ont massivement participé aux élections. Jean-Luc Addor et Franz Ruppen iront à Berne pour quatre ans. Inconditionnellement soutenu par le fondateur du parti, le second réussit même à se classer juste derrière les candidats démocrates chrétiens dans la course au Conseil des Etats.

Tous deux issu des mouvances les plus conservatrices du PDC Jean-René Fournier et son colisitier haut-valaisan Beat Rieder ont distancé leur premier adversaire de 7500 voix. Même s’il ne leur permet pas d’être élu à la majorité absolue, cet écart pose la question de l’utilité d’un second tour, qui n’a plus été organisé en Valais depuis 2003. Pour l’instant, seul le PLR Pierre-Alain Grichting semble vouloir persister à contester le monopole historique des démocrates chrétiens. S’il accuse 9000 voix de retard sur le moins bien classé d’entre eux, il peut espérer recueillir les suffrages de la gauche et de l’UDC, pour autant que Franz Ruppen se satisfasse de son élection au Conseil national et abandonne cette bataille. Tous les partis se réunissent ce lundi soir pour définir leur stratégie.