Avec le duel radical Claude Roch-Cilette Cretton, on oublie un peu dans le Valais romand le candidat socialiste Thomas Burgener, deuxième Haut-Valaisan dans la course. Celui-ci, qui a largement distancé ses deux concurrents au premier tour, entend bien que les Valaisans confirment le double siège haut-valaisan et la présence d'un socialiste au gouvernement. Après la semaine mouvementée qu'a connue le canton, il répond ici à nos questions.

Le Temps: L'épisode de la publicité contre la Gay Pride dans Le Nouvelliste a suscité une certaine émotion en Valais et ailleurs. Comment analysez-vous cette polémique?

Thomas Burgener: L'annonce publiée samedi dernier m'a beaucoup choqué. Je me suis demandé comment il était possible que, dans un canton qui se veut ouvert, qui voulait organiser les Jeux olympiques pour rassembler la jeunesse du monde, et qui veut respecter les minorités, de telles dérives puissent se produire. Si je me souviens bien, à l'époque, le Valais avait refusé l'article antiraciste. C'était déjà un signe inquiétant. Même si les gens qui se cachent derrière l'anonymat de la publicité ne sont pas nombreux, cette dérive est le produit d'un climat qui n'est pas sain.

– Vous semble-t-il qu'un vent d'intolérance souffle actuellement sur le Valais et, si c'est le cas, pour quelles raisons?

– Je ne peux pas donner de réponse affirmative sur le problème dans son ensemble, même si sur certains thèmes, des groupuscules montrent une intolérance insupportable. Il y a quatre ans, le peuple valaisan a élu Peter Bodenmann au Conseil d'Etat, qui n'était pour le moins pas un politicien consensuel, dont le seul but était de créer la paix sur tous les dossiers. Avec mon élection de mai 1999, le peuple a confirmé cette ouverture. Au Conseil d'Etat, nous avons eu quelques différences concernant le renvoi des réfugiés. Pour le reste, le climat a été constructif et marqué d'une tolérance mutuelle, même si les avis divergent parfois.

Pour revenir à la Gay Pride, ma position est claire. Nous connaissons en Suisse un droit constitutionnel de se rassembler et de manifester. Ce droit n'est pas seulement accessible à une majorité. Mais il est clair que la manifestation doit respecter l'ordre public, pour éviter une contre-manifestation violente.

– En tant que Haut-Valaisan socialiste, et donc représentant une minorité de la population, avez-vous ressenti dans cette campagne des manifestations d'intolérance?

– Je n'ai reçu qu'un seul e-mail anonyme, qui souhaitait que je «crève» dans la politique. Il y a des années, en tant que candidat au Conseil municipal de Viège, j'avais reçu un collage avec ma photo dénaturée sous le titre «le cochon rouge». Bien heureusement, je disposais à Viège d'une corbeille à papier que j'ai également aujourd'hui à Sion sur mon écran.

Pour le reste, pendant mes 17 campagnes électorales, j'ai toujours reçu beaucoup de sympathie. C'est le cas aussi pendant la campagne en cours.

En m'élisant au gouvernement valaisan il y a 20 mois, les Valaisannes et Valaisans ont élu un Haut-Valaisan pour confirmer la double présence haut-valaisanne au gouvernement et pour confirmer l'intégration du Parti socialiste à l'exécutif cantonal.

– Ne ressentez-vous pas une volonté, exprimée par les milieux très à droite du PDC, de l'UDC et des intégristes, d'exacerber les conflits à caractère moral?

– Le risque est là. Mais la grande majorité des Valaisannes et Valaisans est et sera assez mûre pour contrecarrer cette tendance. Il est du devoir de l'Etat, des écoles et aussi des Eglises de combattre les dérives et de prôner la tolérance envers les minorités de toute sorte. Au niveau suisse, c'est surtout l'UDC qui aime exciter la population d'une manière populiste. Mais cela n'est pas nouveau.

– Estimez-vous que le Parti socialiste constitue aujourd'hui un contrepoids politique suffisant vis-à-vis des agissements d'une certaine droite qui revendique l'idée d'un Valais «citadelle»?

– En cas de réélection, et je suis confiant, il sera aussi de mon devoir de contrer toute tendance totalitaire. Dans le futur, le PS sera attentif, et se battra à tous les niveaux contre une telle évolution, comme il l'a fait jusqu'à maintenant. Et c'est le devoir de tout parti responsable.

– Avez-vous une préférence pour l'un des deux candidats que vous affrontez durant ce deuxième tour?

– J'ai assez à faire pour assurer ma réélection, et il serait faux de m'occuper trop des autres. Les deux candidats présidaient le Parti radical valaisan, même si leurs idées ne convergent pas sur tout. Mon parti a renoncé à donner une préférence à un des deux candidats.

L'intérêt se focalisant actuellement sur le duel Roch-Cretton, je risque de tomber entre la chaise et la table. Mais je suis confiant dans le fait que les électrices et les électeurs ne veulent pas créer un problème «à la jurassienne» en privant le Haut-Valais d'un deuxième siège. Et en écartant les socialistes du gouvernement, on retomberait dans une situation que le Valais ne souhaite plus.

– Dans le cas d'une réélection, souhaitez-vous garder les dossiers difficiles de la santé et de l'énergie, ou est-ce qu'un remaniement gouvernemental est souhaitable?

– Il ne faut pas partager la peau du lynx avant d'avoir trouvé le touriste allemand… Plus sérieusement, je n'envisage en tout cas pas de changer de département, même si les dossiers sont parmi les plus difficiles qui occupent le gouvernement.