Un tir en rafale plus bruyant encore que les ravages de la fumée passive. En Valais, les milieux de la santé ont déployé hier devant la presse un très garni comité de soutien à la loi sur la santé, soumise au vote populaire le 30 novembre prochain (tout comme Vaud et Fribourg).

Pneumologues et cardiologues, députés et autres bistrotiers convaincus, bien décidés à frapper fort pour «ne pas compromettre une loi valaisanne courageuse et avant-gardiste», qui a déjà connu un parcours tortueux.

Au Grand Conseil, les mesures contre la fumée passive devaient initialement faire l'objet d'une loi en soi. En substance: interdiction de fumer dans les établissements publics avec possibilité d'aménager des fumoirs sans service. Or, le PDC est parvenu, en février dernier, à faire inclure in extremis les articles en question dans une loi sur la santé globale. Acceptée à une forte majorité.

Le verdict parlementaire ne fut pas du goût de tous. Un groupuscule motivé, en rangs serrés derrière quelques bistrotiers et députés d'outre-Raspille essentiellement, se lança dans une tournée aléatoire des zincs valaisans pour finalement décocher un référendum (LT du 24.05.2008).

Si le texte soumis au vote le mois prochain renferme aussi et surtout des dispositions censées «assurer une meilleure qualité des soins et davantage de sécurité pour les patients», l'avenir de la loi se joue bel et bien dans les débats ardents autour du tabagisme passif. Une fois n'est pas coutume, les antitabac bannissent la cigarette à grand renfort de statistiques aussi morbides qu'implacables.

«Chaque année en Suisse, 1000 décès sont dus au tabagisme passif», rappelle le professeur Jean-Marie Tschopp, médecin et directeur du Centre valaisan de pneumologie. Ou encore, selon le cardiologue Dominique Evequoz, «une serveuse non-fumeurs inhale à son insu une cigarette par heure, soit dix cigarettes par jour, ce qui double le risque d'infarctus du myocarde».

Les fumeurs tiennent bon

En faut-il davantage pour réduire en cendres les arguments du comité référendaire, lequel apparaît plus maigrichon que jamais sous le tir groupé des milieux de la santé. Gilbert Tornare, député et leader des partisans de la clope au bistrot dans le Valais romand, ne se résigne pas. «Nous avons refusé d'aller chercher l'appui des cigarettiers. Nous avons donc peu de moyens pour faire campagne, c'est vrai. Mais les votes serrés de certains cantons montrent que la balance peut facilement basculer.»

Pour Gilbert Tornare, les libertés individuelles seraient clairement bafouées sous le coup d'une interdiction aussi nette qu'elle se décline dans la loi valaisanne. «Mettre des interdits sur tout a pour effet de faire perdre de la valeur à ces interdits. Par ailleurs, par son intervention, l'Etat crée une distorsion sur les métiers de cafetiers-restaurateurs.»

Dans ce climat, les référendaires s'accommoderaient bien, finalement, de la loi fédérale. Telle qu'acceptée par le Conseil des Etats début octobre, elle autorise la cigarette dans les établissements de moins de 80 m2. Une option plus que décevante, jure pour sa part Jean-Bernard Moix, directeur du CIPRET. «En somme, elle protège tous les employés des méfaits du tabagisme passif, sauf ceux qui travaillent dans des petits bistrots. Le Valais doit aller au-delà de ce mauvais consensus.»

Le CIPRET promet lui aussi de s'engager dans une campagne féroce - 160000 francs de budget - pour bannir enfin la fumée des bistrots valaisans.