Le Valais a décidé de renforcer, dès la prochaine saison d’hiver, la traque des guides sans qualification idoine. Un enjeu crucial de crédibilité pour ce canton dont le tourisme dépend essentiellement des activités de montagne.

«Ce domaine n’est pas assez contrôlé», fustige Pierre Mathey, secrétaire général de l’Association suisse des guides de montagne (ASGM). L’homme, lui-même guide de montagne, dénonce dans la NZZ, une nette augmentation du nombre de travailleurs au noir ou sans autorisation appropriée en montagne ces dernières années. «Nous recevons régulièrement des réclamations de clients auxquels nous devons expliquer que leur guide n’en était pas un», explique-t-il.

Selon lui, la recrudescence des «faux guides» est en lien direct avec l’amplification de l’offre numérique. «Même notre métier est sous l’emprise d’une certaine ubérisation, déplore le guide. Non seulement ces personnes cassent les prix, mais en plus elles peuvent faire prendre des risques aux clients de par le fait de ne pas être formées. Même si on est bon alpiniste, il n’est pas donné à tout le monde de mener un client à la corde et il est de notre devoir de protéger le métier.»

Le Valais prend les choses en main

Certes, il existe déjà une loi fédérale sur les guides de montagne et les activités à risque, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2014. Appliquée par les cantons, elle réglemente les activités commerciales en terrain alpin. Mais face à la recrudescence des ravisseurs de clients, le Valais a décidé de prendre les choses en main.

En coopération avec l’Association suisse des guides de montagne, il prévoit de mobiliser un escadron d’inspecteurs destinés à procéder à des vérifications d’autorisation de travail. En clair, dès l’hiver prochain, quatre contrôleurs patrouilleront sur les sentiers de montagne, les bords de pistes et autour des cabanes pour faire régner l’ordre en altitude. Verbier en hiver et Zermatt ainsi que Saas-Fee en été figurent parmi les principales régions visées.

Cette mesure n’est pas une spécificité helvétique. En France, où certains guides non certifiés ont proposé de gravir le Mont-Blanc pour 500 euros au lieu des 1000 euros demandés par les officiels, des contrôles sont déjà appliqués avec l’aide de la gendarmerie.

Une sanction «très salée»

«En Suisse, nous n’avons pas ce soutien, c’est pourquoi les contrôleurs sont eux-mêmes guides, ou certifiés dans leur domaine d’activité, précise Pierre Mathey. Cette situation s’est accentuée depuis l’instauration de la libre circulation des personnes. L’attrait économique des Alpes reste important et ce sont surtout des personnes venant des pays d’Europe de l’Est qui tentent de pratiquer sans la formation requise.»

L’hiver passé déjà, les cantons du Valais et de Berne ont, à eux deux, délivré cinq amendes allant de 800 à 2500 francs à des professeurs de ski et guides illégaux. Et Pierre Mathey prévient: «La loi affirme que la première contravention ne doit pas dépasser les 5000 francs. Mais s’il y a récidive, la sanction peut être très salée.»