Le sprint final est lancé pour l’élection au Conseil d’Etat valaisan. Un scrutin à fort enjeu. Le PDC n’a jamais été aussi proche de perdre son troisième siège, alors que les partis minoritaires vont batailler pour être représentés à l’exécutif cantonal. Un combat qui promet d’être incertain, à l’heure où les listes seront déposées ce lundi à midi.

Pour l’instant, huit candidats sont annoncés pour l’élection au gouvernement et on imagine mal une surprise de dernière minute qui puisse brouiller les cartes. Sur la liste PDC, le néophyte Serge Gaudin accompagnera les deux sortants. Le libéral-radical Frédéric Favre se présente pour un deuxième mandat. L’UDC espère retrouver son siège gouvernemental perdu il y a quatre ans et mise, pour cela, sur le conseiller national haut-valaisan Franz Ruppen. Quant à la gauche, elle fait ticket commun en présentant trois candidats: le conseiller national socialiste Mathias Reynard et les vertes Magali Di Marco et Brigitte Wolf.

Vers un exécutif sans femmes

Les deux écologistes sont les seules représentantes de la gent féminine. Mais leurs candidatures ne devraient pas empêcher l’anomalie d’un Conseil d’Etat à nouveau 100% masculin, après les douze années passées par la socialiste Esther Waeber-Kalbermaten au gouvernement cantonal. Moins connues et moins expérimentées politiquement, Magali Di Marco et Brigitte Wolf ne devraient pas se mêler à la lutte finale pour l’obtention d’un des sièges gouvernementaux, même si leur présence sur la liste du très populaire Mathias Reynard devrait tirer leurs candidatures vers le haut.

Il ne reste donc que six hommes pour cinq fauteuils. Et, au cœur de cette bataille, figure une question centrale: avec 35% de l’électorat, le PDC mérite-t-il toujours 60% des sièges gouvernementaux? «Un parti qui représente largement moins de 40% de l’électorat n’a pas la légitimité d’avoir trois représentants au Conseil d’Etat», appuie l’ancien ministre socialiste Thomas Burgener. Sur un ton plus nuancé, son homologue libéral-radical Claude Roch partage cette analyse. «L’équité voudrait que tous les grands partis soient représentés au gouvernement cantonal», indique-t-il, précisant que, au vu des réalités politiques valaisannes, «on se dirigerait donc plus vers un collège avec deux PDC et trois minoritaires (un PLR, un UDC et un PS)».

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Schmidt et Darbellay presque élus

Si cette hypothèse devenait réalité, le PDC Serge Gaudin ferait donc les frais de cette «normalisation» de la politique valaisanne. Mais l’élection ne se joue pas au système proportionnel. C’est le système majoritaire qui fait foi. A ce jeu-là, les postes des deux sortants démocrates-chrétiens Roberto Schmidt, meilleur élu il y a quatre ans, et Christophe Darbellay, le plus expérimenté des candidats, semblent assurés. «Sauf tremblement de terre politique, on peut dire qu’ils sont élus», reconnaît Thomas Burgener.

Un troisième homme semble bien parti pour intégrer le futur gouvernement: Franz Ruppen. Conseiller d’Etat de 1993 à 2005, le chrétien-social haut-valaisan Wilhelm Schnyder estime que l’UDC est en position favorable. «Il a les mêmes chances que tous les candidats haut-valaisans qui, par le passé, pouvaient également garantir le deuxième siège à la partie germanophone du canton», souligne-t-il. C’est-à-dire qu’elles sont grandes, car les Haut-Valaisans tiennent à leurs deux sièges et ils savent se montrer solidaires, peu importe le parti, pour les obtenir. Ajoutez à cela le renvoi d’ascenseur que devrait assurer le PDC haut-valaisan à l’UDC du Haut, après le soutien obtenu lors de l’élection au Conseil des Etats qui a abouti à l’élection de deux PDC. Tous les éléments semblent réunis pour le retour de l’UDC au Conseil d’Etat, quatre ans après l’éviction d’Oskar Freysinger.

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Trois hommes pour deux sièges

Il reste donc trois hommes pour deux sièges. Et chacun d’entre eux a des arguments à faire valoir. Pour Oskar Freysinger, Mathias Reynard a toutefois une longueur d’avance. Se basant sur sa propre expérience, l’ex-ministre UDC imagine le socialiste élu. «Mathias Reynard a réalisé un score canon lors de l’élection au Conseil des Etats. J’en avais fait de même en 2011 avant d’être élu au gouvernement cantonal en 2013. Pour moi, cela devrait se reproduire», indique-t-il.

La lutte finale pourrait donc opposer Frédéric Favre et Serge Gaudin. Du côté du libéral-radical, la prime au sortant lui offre «un avantage certain», estime Wilhelm Schnyder. «Mais son bilan n’est pas bon», rétorque Oskar Freysinger. Quant au démocrate-chrétien, il devrait profiter des deux locomotives qui se trouvent sur sa liste. «C’est un avantage exceptionnel pour Serge Gaudin que de se retrouver sur la même liste que ces deux personnalités. Dans le Haut-Valais, une personne qui vote pour Roberto Schmidt devrait glisser la liste PDC dans l’enveloppe et donc nécessairement voter pour Christophe Darbellay et Serge Gaudin», analyse Wilhelm Schnyder. Il n’en demeure pas moins que Serge Gaudin souffre d’un déficit de notoriété.

Favre sur un siège éjectable?

Ce duel pourrait détonner à l’heure où le PDC et le PLR semblent avoir officieusement signé un pacte de non-agression. Longtemps en faveur d’un exécutif plus représentatif des réalités politiques, le Parti libéral-radical se contente de dire aujourd’hui que les trois ministres en place et qui se représentent doivent être réélus. Il y a quatre ans, inconnu en politique, Frédéric Favre avait fait son entrée au gouvernement en profitant d’une fronde anti-Freysinger et d’un soutien massif du PDC. A l’heure où le parti majoritaire doit sauver ses trois sièges, n’aura-t-il pas le réflexe de ne penser qu’à lui?

Premiers éléments de réponse au soir du 7 mars prochain. Les résultats du premier tour, sorte de tour de chauffe de cette élection au Conseil d’Etat, devraient permettre d’y voir un peu plus clair. Prudent, Wilhelm Schnyder rappelle que les analyses actuelles ne sont que des prédictions réalisées à plusieurs semaines du scrutin. «Jamais une élection n’a été aussi difficile à prévoir», insiste-t-il. La crise sanitaire que nous traversons pourrait modifier les certitudes actuelles en quelques jours, prévient le chrétien-social: «On l’a vu en Allemagne. Le ministre de la Santé, très aimé il y a dix jours encore, est désormais sous le feu des critiques.»