C’est un écueil de moins dans une course contre la montre. Au bout du fil, Marcel Bayard, le président de Grône, ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction. Dans une lettre datée du 3 février dernier, que Le Temps s’est procurée, les associations environnementales Pro Natura et le WWF annoncent qu’elles «n’ont pas d’objection à apporter au projet de déplacement» de cinq pylônes de la ligne à très haute tension (THT) Chamoson-Chippis et déclarent qu’elles ne «formeront pas opposition à une nouvelle mise à l’enquête allant dans ce sens».

«Du point de vue de l’impact environnemental, les options sont équivalentes», indique Marie-Thérèse Sangra, secrétaire régionale du WWF Valais. La modification du tracé offre, par ailleurs, «une solution plus favorable à la population et à sa protection, des intérêts auxquels nous sommes également très sensibles», appuie Jérémy Savioz, le chargé d’affaires de Pro Natura Valais.

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Depuis de nombreux mois, des citoyens des communes de Grône et de Chalais se battent pour modifier le tracé aérien de cette autoroute électrique, validé par le Tribunal fédéral en septembre 2017. Ils espèrent, pour le bien-être de la population et des générations futures, faire déplacer quatre pylônes situés dans le secteur de l’école de Grône et un cinquième géant de fer, qui doit être construit à proximité d’une ferme agrotouristique à Chalais.

Trois variantes proposées à Berne

La procédure en ce sens, qui doit suivre toutes les étapes de la législation, a débuté en novembre 2018, lorsque l’Etat du Valais a lancé un projet d’étude. Depuis, le travail du canton a débouché sur trois variantes de modification de tracé, qui ont été proposées à Berne. «La Confédération doit décider si l’une d’entre elles est réalisable. Nous espérions une réponse durant le courant du mois d’avril, mais la pandémie de Covid-19 a ralenti le processus et nous n’avons toujours rien à l’heure actuelle», détaille Roberto Schmidt, le chef du Département cantonal des finances et de l’énergie.

Et le temps presse. Car l’Etat du Valais ne souhaite pas un déplacement des pylônes a posteriori, une fois le tracé initial construit. Il espère réussir à faire valider la nouvelle implantation des pylônes par Berne avant les premiers coups de pelles mécaniques dans les secteurs concernés, dans les mois qui viennent. Les autorités cantonales attendent donc avec impatience le préavis de l’Office fédéral de l’environnement, condition sine qua non à toute modification du tracé. «Cette prise de position, qui ne sera probablement pas négative, devrait arriver dans les prochaines semaines», souligne Roberto Schmidt.

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Il faudra ensuite négocier avec un autre office fédéral, celui de l’énergie, chargé d’approuver les plans d’une telle installation, mais également avec Swissgrid, la société responsable du réseau de transport de l’électricité, chargée de la construction de la ligne. C’est seulement après toutes ces étapes que viendra le temps de la mise à l’enquête et des possibles oppositions.

Eviter à tout prix les oppositions

Si celles des associations de l’environnement sont écartées, d’autres, provenant d’habitants de la région, pourraient naître. «Pour faire en sorte qu’aucun citoyen ne fasse recours, la commune va prendre son bâton de pèlerin, une fois qu’elle connaîtra le nouvel emplacement des pylônes», assure Marcel Bayard. Toutes les conditions semblent donc réunies pour que le dossier avance rapidement, une fois l’aval de Berne obtenu.

«Il faudra ensuite parler du financement», rappelle Roberto Schmidt. Si le processus se déroule suffisamment rapidement pour que le nouvel emplacement des pylônes soit connu avant la fin de la construction du tracé initial, la Confédération pourrait délier sa bourse, sinon ce sera à la charge du canton ou des communes. «Est-ce que l’on arrivera à être assez rapide? s’interroge Roberto Schmidt. Difficile à dire…» D’autant que Swissgrid assure qu’une «nouvelle procédure n’aurait pas pour effet de suspendre les travaux actuels» et que «si un projet de déplacement devait aboutir, il ne pourra être mis en place qu’après la mise en service de la ligne actuellement en construction».