L’objectif des Verts valaisans est ambitieux. Ce dimanche, ils espèrent multiplier par douze leur présence dans les exécutifs communaux du canton, eux qui pour l’heure n’ont qu’un représentant à Sion. Pour atteindre cet objectif, le parti a changé son fusil d’épaule. Pour cette campagne, il a décidé d’élargir son terrain de chasse et ne s’est pas uniquement concentré sur les communes de plaine, plus urbaines.

L’historique des écologistes valaisans démontre pourtant que c’est dans la plaine du Rhône qu’ils réussissent le mieux. Depuis leur naissance dans les années 1980, tous leurs représentants élus dans un exécutif l’ont été dans une commune de plaine, à Fully, berceau du parti, à Collombey-Muraz, à Sierre et à Sion, où la présence verte au conseil municipal est continue depuis l’an 2000. L’analyse de Pascal Sciarini, professeur de science politique à l’Université de Genève, abonde dans ce sens: «Les Verts progressent toujours mieux dans les contextes urbains que ruraux.» Le politologue s’attend donc à ce que les écologistes valaisans réalisent, cette année, «une plus forte progression dans les villes».

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«Il n’y a plus de dichotomie plaine/montagne»

Ces éléments, Jean-Pascal Fournier, le président des Verts valaisans, en est conscient. Mais les derniers résultats électoraux lui imposent une analyse différente. Lors des fédérales de l’automne dernier, qui lui ont permis d’envoyer son premier représentant à Berne, le parti écologiste a fait des scores approchant et dépassant parfois même les 20% dans certaines communes de montagne, alors que sur l’ensemble du canton, il a recueilli 10,6% des voix. «Il n’y a plus de dichotomie plaine/montagne, insiste Jean-Pascal Fournier. Le discours constant que nous tenons depuis une vingtaine d’années commence à payer. Il colle parfaitement à la réalité des habitants de montagne, qui peuvent voir, par exemple, de leurs yeux les effets du réchauffement climatique sur leur habitat.»

Le président écologiste, qui a lui-même siégé durant douze ans au sein l’exécutif de la ville de Sion, sait toutefois que «le discours vert émerge plus facilement quand le contexte économique est favorable». Et la crise sanitaire que traverse la planète aujourd’hui pourrait bien redistribuer les cartes et affaiblir la vague verte qui a balayé la Suisse en octobre dernier.

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Une vague verte en perte de vitesse?

Même si comparaison n’est pas raison, et ce d’autant plus qu’à l’échelon communal l’importance des personnalités et de l’ancrage local est démultipliée par rapport à l’étiquette partisane, Pascal Sciarini souligne que «la pandémie modifie l’ordre des préoccupations des Suisses». «Si l’environnement demeure, certes, important, il n’est plus au sommet de la liste. L’incitation à considérer ce thème comme un critère décisif de vote ne sera donc pas aussi forte», appuie-t-il.

Cette évolution des préoccupations ne signifie cependant pas que la vague verte a disparu, indique le politologue: «Elle est toujours présente, mais, lors des élections communales valaisannes, elle ne devrait pas être aussi forte que lors des fédérales de l’an dernier. Ce serait surprenant que, en moyenne cantonale, les écologistes fassent aussi bien qu’en automne dernier. Ils vont certes progresser par rapport aux communales d’il y a quatre ans, mais peut-être pas à la hauteur de leur score de 2019.»

Pour atteindre son objectif, le parti lance dans la course un nombre record de 39 candidats, dans 24 communes. Si Sion a été quelque part le «laboratoire» des idées vertes en Valais, les autres communes pourraient jouer un rôle de «consolidation». «La commune est le niveau parfait pour mettre en place le programme que nous défendons. Lorsqu’on peut ancrer une politique à cet échelon, cela assure une base électorale, qui nous permettrait d’asseoir un peu plus notre force politique», précise Jean-Pascal Fournier. Les Verts réussiront-ils leur pari? Réponse ce dimanche.