«Le monde moderne, s'attaquant au grand arbre de l'être, a brisé la branche du vrai et celle du bien. Seule reste la branche de la beauté, et c'est à elle qu'il appartient maintenant d'assumer toute la sève du tronc.» Ces paroles d'Alexandre Soljenitsyne figurent en tête du catalogue de l'exposition Artes Fidei, les arts de la foi, qui ouvrira vendredi prochain à Sion. Une exposition qui à travers objets de culte, ornements, ex-voto, bréviaires, codex et documents musicaux veut célébrer à la fois le millénaire du Valais et les deux mille ans de la chrétienté.

Le Valais donc veut rendre hommage de belle manière à son patrimoine chrétien. Mais dans le même temps la branche évoquée par Soljenitsyne est mise à mal au pied même de Valère: les vestiges d'une basilique funéraire du Ve siècle sont menacés par un projet immobilier émanant de… la caisse de retraite des enseignants. Michel Clivaz, chargé d'enseignement à l'institut d'architecture de l'Université de Genève et coordinateur du colloque, ne décolère pas: «On parle de développement durable mais les Jeux olympiques ne sont qu'un petit événement qui au pire ne produira pas plus de dégâts qu'une catastrophe naturelle. Quand on détruit le patrimoine historique, là, c'est pour toujours, c'est irréversible.» Selon Michel Clivaz une telle situation a été rendue possible par un renvoi de responsabilités: «Ni le canton ni la Confédération n'ont voulu acheter les terrains. Si aucune opposition n'est déposée, c'est foutu.»

Le projet en question, un immeuble, ne devrait pas être construit sur le site, mais sur ses abords immédiats. L'archéologue cantonal François Wiblé admet pourtant que «si on considère la mise en valeur d'un tel site, on peut dire qu'il est menacé». Une ordonnance du Conseil d'Etat avait bien stipulé qu'aucune construction ne pourrait se faire sur les restes de la basilique. Le projet de la caisse de retraite respecte cette directive: «Il y a bien un morceau du bâtiment qui empiète sur l'annexe sud, soupire François Wiblé. La situation idéale c'est évidemment le site sans construction aucune, mais il faut tenir compte de la réalité économique, notamment le prix très élevé du terrain.»

Un site d'une importance «immense» selon François Wiblé: outre la basilique funéraire – une église qui ne servait pas aux offices quotidiens mais était spécialement dévolue au culte des morts – on trouve des vestiges de l'ère préromaine et même du néolithique. Du côté de la commune, l'architecte de la ville Charles-André Meyer, par ailleurs commissaire d'Artes Fidei, estime que «vu l'importance déclarée internationale du site, l'argent aurait dû être trouvé».

Artes Fidei, Musée de l'Evêché, Sion, du 17 avril au 7 novembre.

Renseignements 027 323 18 18

Colloque Sauvegarde du patrimoine chrétien, 20 et 21 mai, Institut Kurt Bösch, Bramois. Tél. 027 203 73 83