Même si la loi sur le CO2 a été rejetée par le peuple suisse dimanche, la question du changement climatique n’a pas disparu de l’agenda politique. Moins de 48 heures après le scrutin, le Valais sonne le rappel. Il remet la thématique sur la table, en posant les premiers jalons de son plan climat, qui consistent en un bilan des émissions cantonales de gaz à effet de serre. Une première pour le canton.

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«Les effets du changement climatique sont déjà visibles aujourd’hui et ils se poursuivent. Plus l’on attend pour prendre des mesures, plus la lutte est difficile et plus elle est coûteuse», a appuyé Roberto Schmidt, ce mardi devant la presse. Pour le ministre valaisan de l’Energie, le refus du peuple suisse dimanche ne visait pas la lutte contre le changement climatique, mais bel et bien les taxes qui en découlaient. Pour le démocrate-chrétien, la leçon à retenir de ce vote est que les cantons ont désormais plus de responsabilités. «Nous devons agir plus rapidement encore, notamment dans le domaine des bâtiments et de la mobilité, pour compenser le retard pris en raison du vote de dimanche», souligne-t-il.

Le Valais dans la moyenne suisse

L’objectif du canton du Valais est simple: devenir le leader du développement durable de l’Arc alpin, en visant la neutralité carbone. Pour atteindre le but fixé, il est nécessaire de connaître la situation qui prévaut actuellement. C’est exactement ce qu’a voulu savoir l’Etat du Valais en mandatant un bureau d’experts pour réaliser un bilan des émissions de gaz à effet de serre produites sur le territoire cantonal, mais aussi causées par les activités du canton à l’extérieur de celui-ci. Résultat: le Valais se situe dans la moyenne suisse, avec l’émission de 16,2 tonnes de CO2 par année et par habitant.

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La consommation d’énergie, et ses 2,6 tonnes annuelles de CO2 par habitant, est la principale source d’émission. Selon Christel Dischinger, cheffe de projet au sein de la Fondation pour le développement durable des régions de montagne, cela s’explique par trois facteurs principaux, tous liés à la mobilité: la part modale limitée de la mobilité douce et des transports publics, la distance moyenne parcourue élevée et un parc de véhicules essentiellement thermiques. Réalité d’une région périphérique, dont la dépendance à la voiture est toujours élevée.

Pour limiter l’impact environnemental et ainsi contribuer aux objectifs de l’Agenda 2030, fixés par le Conseil d’Etat, des réductions importantes des émissions sont donc nécessaires. Mais à quel rythme? Le gouvernement valaisan ne s’est pas fixé d’objectif temporel pour atteindre la neutralité carbone. «Cela dépendra du plan de mesures qui sera proposé par les experts», souligne Roberto Schmidt. Il devrait être connu dans les mois qui viennent, afin de finaliser le plan climat cantonal en début d’année prochaine.

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«Comme souvent, c’est un peu tard»

Il conviendra ensuite de réitérer l’exercice du bilan carbone dans les années à venir, afin de constater l’évolution engendrée par les mesures prises. Une chose est déjà établie: le prochain bilan sera nettement inférieur, en raison de l’installation d’un catalyseur capable de réduire drastiquement le protoxyde d’azote rejeté par le site valaisan de Lonza. Le gaz hilarant rejeté par le groupe bâlois, à Viège, représente 10% des émissions totales de gaz à effet de serre du canton. Auteur de l’expertise, Denis Bochatay n’y voit pourtant pas nécessairement une raison de se réjouir. Et pour cause: «Ces émissions auraient pu être évitées depuis des décennies, en prenant des mesures qui ne sont pas extrêmement coûteuses. C’est bien de le faire aujourd’hui, mais comme souvent lorsqu’on agit en faveur du climat, c’est un peu tard.»