Le Valais veut en finir avec la guerre de l’eau

Ressource Le canton se dote d’une stratégie de gestion de l’or bleu

Ce plan révélera les ressources secrètes des communes

La guerre de l’eau n’aura peut-être pas lieu. Après plusieurs mois de travail, l’Etat du Valais présentait mardi une stratégie cantonale de gestion de l’eau, élaborée avec ­l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), la Fédération des communes valaisannes et des spécialistes de l’Etat du Valais de chaque domaine concerné par l’eau.

«C’est la première fois dans l’histoire que tous les Valaisans se mettent ensemble pour trouver une ­solution à la gestion de cette ressource», estime le conseiller d’Etat Jacques Melly. A la création du comité de pilotage, même son président doutait de l’aboutissement du projet, tant les conflits sont vifs autour de cette question. «Il y a eu des débats très difficiles, notamment pour fixer l’urgence des mesures à prendre. Mais, finalement, quand il s’agit d’enjeux d’importance cantonale, les Valaisans sont solidaires», se félicite le chef du ­Département des transports, de l’équipement et de l’environnement. Cette stratégie, utilisable pour les quinze prochaines années, doit permettre de faire face aux changements liés au réchauffement climatique et à l’évolution démographique et économique.

Si le canton est propriétaire des eaux du Rhône, ce sont les communes qui gèrent chacune leur or bleu. En période de sécheresse, les besoins des différents utilisateurs de la ressource entrent en conflit. «Je me souviens d’une forêt qui avait été plantée par l’Etat du Valais pour protéger une route ou un village des avalanches et des glissements de terrain, raconte Pascal Gross, président du comité de pilotage de la stratégie eau du Valais. Au-dessus de la forêt coulait un bisse qui aurait pu irriguer les jeunes arbres. Malheureusement, les paysans utilisateurs de cette eau ont refusé d’arroser la forêt, et les arbres sont morts», explique-t-il. «Les conflits d’intérêts sont constants dans ce domaine, renchérit Jacques Melly. Les engrais utilisés dans les champs peuvent contaminer l’eau nécessaire pour l’agriculture. On pourrait comprendre que l’hydraulique n’ait pas d’intérêt économique à maintenir des débits suffisants dans les rivières, alors que c’est nécessaire pour garantir la qualité des cours d’eau et de leur écosystème.»

La stratégie définit donc des priorités d’utilisation. L’eau potable a une priorité absolue sur tous les intérêts en jeu. La protection de la ressource est la seconde priorité, alors que son utilisation par les divers secteurs économiques arrive en troisième position. Si cette pesée d’intérêts semble évidente, et est en partie déjà définie légalement, elle n’était pas établie dans la pratique. «Moi-même, représentant de la branche hydraulique, j’étais très ­fâché quand le groupe de travail a décidé que la priorité allait à l’eau potable et à la protection de la ressource plutôt qu’à la production d’électricité, lâche, ironique, Pascal Gross. Je plaisante, mais ce que je dis n’est pas très loin de la vérité. En Valais, quand on parlait d’eau jusqu’à aujourd’hui, on pensait toujours aux barrages…»

Le canton travaille à la création d’une plateforme qui recueille toutes les données nécessaires à la gestion de l’eau. Soit, pour l’eau potable, le nombre de sources, leur débit, leur variation annuelle, leur utilisation, leur propriétaire, le prix de l’eau, l’état du système de conduite, les échanges existants entre communes. Et, pour l’eau non potable, un répertoire des cours d’eau, de leur qualité et de leur utilisation. «Cette plateforme est déjà en cours de création», explique Jacques Melly. L’échange d’informations et la publication des ressources en eau sont fondamentalement nouveaux en Valais, où la guerre des sources déchire souvent les communes voisines et fait l’objet de secrets bien gardés. «Ce sera peut-être difficile de passer à l’acte, reconnaît Jacques Melly. Mais nous avons l’adhésion de la Fédération des communes valaisannes dans ce projet», souligne-t-il. «Les communes ont besoin de ces informations, c’est peut-être l’un des arguments qui les convaincront de livrer ce qui les concerne, explique Stéphane Pont, président de ladite fédération. Les manquements viendront peut-être plus de la difficulté à retrouver les droits d’eau qui datent parfois du XVe siècle que de la volonté ou non de les publier. Nous avons tous des problèmes d’eau, nous ne pouvons plus échapper à une gestion collective.»

A moyen terme, le canton prévoit d’engager un délégué à la question de l’eau, qui s’occupera de ­coordination. Une loi sur les eaux réglera la coopération entre les différents départements de l’administration et les utilisateurs de la ressource. Elle précisera notamment les droits d’accès à la plateforme de données, les compétences du délégué et définira le statut d’une société cantonale, «la Valaisanne des eaux», qui pourrait, à long terme, gérer l’approvisionnement en eau potable, l’épuration des eaux usées et l’entretien du réseau pour les communes qui le souhaitent. Toutes ces mesures visent une économie des infrastructures et des réseaux.

Enfin, le canton met un accent prioritaire sur la protection de l’eau, par exemple par le biais d’un renforcement de la surveillance et des sanctions si les communes ne soignent pas suffisamment les zones de captage d’eau potable. L’une des mesures prévoit ainsi «l’application systématique des mesures de sanction prévues dans les règlements». Pascal Gross lâche, ironique, devant Dominique Bérod, chef de la division hydrologie de l’OFEV: «Cela ne veut pas dire que le canton du Valais n’applique pas les lois!»

«C’est la première fois dans l’histoire que les Valaisans cherchent une solution à la gestion de l’eau»