Environnement

Le Valais veut la peau du loup sans restriction

Le Conseil des États débat deux motions valaisannes qui visent à autoriser la chasse du loup toute l’année. Après la mort de 175 moutons en 2015, les éleveurs et les chasseurs sont en colère

Cet hiver, deux nouveaux loups ont été identifiés en Valais. Ils sont désormais au moins quatre, et sans doute six. En 2015, ils ont tué 175 moutons. Désormais, le Service valaisan de la chasse suit un couple de canidés qui s’est établi dans le Haut-Valais, et qui pourrait engendrer une meute. Pour le biologiste du service, Yvon Crettenand, «le loup est une espèce qui pose des problèmes coûteux: il faut définir sa place avant d’être dépassés». L’État du Valais a choisi de communiquer cette information quelques jours avant un débat qui s’annonce très serré au Conseil des États.

Il ne s’agit pas d’éradiquer le loup, mais de le réguler

Ce mercredi, la chambre haute du parlement vote sur une motion déposée par le démocrate chrétien valaisan René Imoberdorf, et désormais défendue par son successeur Beat Rieder. Elle entend faire inscrire le loup à la liste des espèces pouvant être chassées toute l’année. L’enjeu et la conséquence de cette proposition, c’est la compétence des cantons. Le Valais espère bénéficier de plus de liberté pour délivrer des autorisations de tir. Pour Beat Rieder, «il ne s’agit pas d’éradiquer le loup, mais de réguler un animal protégé qui met sous pression le gibier et les bêtes de rente». Le Haut-Valaisan appelle les sénateurs à «une pesée d’intérêts entre l’économie agricole et touristique des Alpes, et la protection des grands prédateurs».

Le vote des sénateurs devrait être serré

La Commission de l’environnement et de l’aménagement du territoire a choisi de soutenir cette motion. Par contre, la Conférence pour la forêt, la faune et le paysage s’y oppose farouchement, parce que «le loup contribue de manière naturelle à un équilibre sain entre la forêt et la faune». La conseillère d’État vaudoise Jacqueline De Quattro considère, comme le Conseil fédéral, que cette motion pose un problème vis-à-vis de la Constitution suisse et du droit international: «Une modification de la loi conduirait sans aucun doute à un référendum, qui compliquerait, ralentirait, voire empêcherait les solutions positives».

Le loup est un produit de luxe

En 2010, un autre démocrate chrétien valaisan, Jean-René Fournier, avait proposé de modifier ou de dénoncer la déclaration de Berne, qui protège le loup en Europe. Malgré l’acceptation de sa motion, la situation n’a pas évolué. Cette fois, l’État du Valais a choisi d’intervenir directement dans le débat. Il a déposé une initiative qui vise les mêmes objectifs. Pour Yvon Crettenand, «le loup est un produit de luxe», et «les conflits vont augmenter à mesure que la colonisation du pays par le prédateur s’accélère». Il estime que les procédures actuelles sont trop lentes et trop complexes pour résoudre les problèmes pratiques: «Le Valais a besoin d’un outil législatif adapté pour gérer les équilibres entre les prédateurs et les bêtes de rente».

De retour depuis 20 ans, le loup échauffe les esprits

Secrétaire régionale du WWF Valais, Marie-Thérèse Sangra est inquiète. Elle juge que la confédération doit continuer à piloter le dossier, pour harmoniser la gestion du loup dans le pays. Selon elle, «un transfert de compétence aux cantons serait dangereux», parce que «ce thème mineur occupe une place disproportionnée dans le débat sociétal». Président de la société valaisanne des sociétés de chasse, Patrick Lavanchy, n’est «pas triste» quand une voiture renverse un loup. Il estime qu’en surprotégeant les prédateurs, «les ayatollahs de l’environnement tuent la chasse». Pour lui, le loup est dangereux et consomme trop de viande: «le jour où il y aura une attaque contre un être humain, ça va être la guerre civile».

En Valais, les esprits s’échauffent autour du loup depuis une vingtaine d’années, et un premier individu identifié près du col du Grand Saint-Bernard, «la bête du Val Ferret». Depuis, les milieux de la protection de l’environnement s’étonnent que les prédateurs ne parviennent pas à s’implanter, et soupçonnent les chasseurs de braconner les loups et les lynx. Les sociétés de chasse, elles, accusent les écologistes de les introduire illégalement dans la nature.

36 loups ont été observés en Suisse depuis 2013

Depuis 1998, 31 des 81 loups identifiés en Suisse sont passés par le Valais, qui a réalisé 7 des 8 tirs légaux intervenus dans le pays. En août 2015, le gouvernement valaisan a ordonné les tirs de deux loups. Les gardes-chasses ne sont pas parvenus à les abattre, et les autorisations sont devenues caduques en octobre, lors de la désalpe des troupeaux. Selon le centre de coordination des prédateurs, 36 loups vivent au moins partiellement en Suisse. Leur présence est attestée dans les cantons de Vaud, Berne, Fribourg, Lucerne ou Obwald. Au Tessin et dans les Grisons, des meutes se sont formées. Elles peuvent engendrer une demi-douzaine de louveteaux chaque année. En 2009, année la plus meurtrière, plus de 350 moutons ont été dévorés par les canidés.

Biologiste spécialiste du loup, Jean-Marc Landry regrette que la communauté scientifique soit tenue à l’écart du débat politique. En rappelant que les bêtes de rente meurent dix fois plus souvent de cause naturelle que d’attaques de prédateurs, il craint l’impact mal maîtrisé de la chasse sur la population des loups: «Abattre le père ou la mère peut déstructurer la meute et disperser ses membres, et donc, dans certaines circonstances, augmenter les dégâts sur les troupeaux». Pour lui, les motions déposées par les élus valaisans à Berne posent une question juridique fondamentale. Il se demande si la Confédération continuera à subventionner les mesures de protection et à dédommager les dégâts si le loup n’est plus protégé.

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