«Un Valais unanime, mais perdant». Le titre de une du Nouvelliste résume le sentiment de frustration que doit ressentir une majorité de Valaisans au lendemain de la votation sur la modification de la loi sur la chasse. Le Vieux-Pays s’est serré les coudes pour accepter largement un texte (près de 69% de oui), rejeté par les Suisses du bout des lèvres (51,9% de non). De cette défaite naît pourtant un sentiment de satisfaction dans le camp des détracteurs du loup, qui voient dans le plébiscite valaisan une légitimation de l’initiative «Pour un canton du Valais sans grands prédateurs», promise au vote populaire.

Lors de la session d’octobre, le parlement cantonal se penchera, en détail, sur ce texte. La commission chargée de l’examiner lui accorde un large soutien, tout comme le gouvernement. Pour plusieurs chefs de groupe au Grand Conseil, le résultat ne fait aucun doute et le peuple devra se prononcer sur cet objet. Le scrutin de ce dimanche pas encore digéré, les Valaisans se préparent donc à retrouver le loup au menu d’une future votation.

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Entre ras-le-bol et défense des intérêts

«C’est lourdingue, peste Céline Dessimoz, la cheffe de groupe des Verts au parlement valaisan. On est ridicule de devoir parler à nouveau du loup, alors que sur le terrain rien n’a changé.» Pour la députée, cette particularité valaisanne est due au poids du lobby des chasseurs, accentué par la création, fin 2018, du groupe faune et chasse au Grand Conseil. «On l’entend très fort», appuie-t-elle.

Mais ses membres, une dizaine de parlementaires, ne sont pas les seuls à faire entendre leur voix. Cheffe du groupe du PDC du Bas, Muriel Favre-Torelloz estime que l’initiative cantonale est une nouvelle opportunité, même si elle n’est pas favorable «à tirer tout ce qui nuit». «Il existe une réalité du terrain, qu’on ne peut pas nier. Les grands prédateurs font des dégâts, de nombreux pâturages sont concernés et, en raison de cette situation, plusieurs éleveurs annoncent déjà qu’ils n’alperont pas leurs bêtes l’été prochain. Au travers de cette initiative, le Valais défend donc ses intérêts», argumente la démocrate-chrétienne.

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Dans les pas d’Uri

Si les Valaisans devaient valider ce texte, le canton emboîterait le pas d’Uri, qui a accepté, en février 2019, une initiative cantonale «Pour la régulation des grands prédateurs». Le député vert Jérémy Savioz, chargé d’affaires de Pro Natura Valais, voit dans l’exemple uranais la preuve que le Valais va «se ridiculiser». «On le remarque à Uri, ce texte n’est pas applicable, car la gestion des espèces protégées est du ressort de la Confédération. Que l’on accepte ou non cette initiative, il n’y aura aucun effet.»

Grégory Logean, chef du groupe UDC du Valais romand au parlement, reconnaît que pour la régulation des grands prédateurs il sera délicat de changer les choses: «La démarche cantonale est un moyen de s’assurer que la thématique reste d’actualité et que les Chambres fédérales l’empoignent à nouveau, afin de trouver une réponse légitime. Mais l’initiative a aussi pour but d’apporter des pistes en matière de prévention des attaques et de protection des troupeaux.» Une nouvelle campagne émotionnelle s’annonce en Valais.