Prisons

Le Valais veut rattraper son retard en matière de prisons

Le canton se lance dans une réforme profonde de sa stratégie pénitentiaire. Elle doit permettre la création de 97 places supplémentaires pour un coût de 90 millions de francs

Manque général de places de détention, vétusté de certains établissements, dont l’un date des années 1930, ou encore exécution d’un même régime sur plusieurs sites. Le système pénitentiaire valaisan souffre de nombreux maux. Pour rattraper le retard qui a été pris dans ce domaine, le canton dévoile une vision de ce que devrait être le monde carcéral valaisan à l’horizon 2030. La réforme est profonde.

«La sécurité publique est l’une des priorités du programme gouvernemental, rappelle Frédéric Favre, le conseiller d’Etat chargé de la Sécurité. Cette stratégie pénitentiaire s’inscrit pleinement dans cette optique.» La réforme, qu’il qualifie lui-même d’ambitieuse, est planifiée en quatre étapes, échelonnées sur les dix prochaines années. Elle doit permettre au Valais d’augmenter sa capacité pénitentiaire de 97 places, pour atteindre les 365 unités, et nécessitera la création de 80 emplois.

La stratégie, dévoilée à la presse ce lundi, comprend notamment la construction d’un nouveau bâtiment de 80 places, dévolu à l’exécution de peines de basse sécurité et de sécurité renforcée. Le centre de détention administrative de Granges, pointé du doigt à de nombreuses reprises pour ses conditions de détention, sera déplacé dans un bâtiment nouvellement créé à Sion et répondant aux droits des migrants en instance de renvoi. La stratégie prévoit également un centre consacré à la prise en charge de détenus sous le coup d’une mesure thérapeutique, qui est inexistante à l’heure actuelle en Valais.

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Un million par place supplémentaire

Le coût des différentes mesures préconisées s’élève à 90 millions de francs, dont 65% à la charge du canton et 35% de la Confédération. Le ratio revient à près d’un million de francs la place supplémentaire. «La sécurité a un coût, mais elle n’a pas de prix», insiste Frédéric Favre, qui met en parallèle ce montant de 90 millions avec celui, identique, investi par l’Etat du Valais dans sa stratégie informatique 2015-2024.

Si Frédéric Favre se permet de présenter ce projet aujourd’hui, c’est aussi parce que la politique de facturation des séjours pénitentiaires réalisés dans un autre canton a changé. La Conférence latine des chefs de département de justice et police a décidé, l’année dernière, de facturer au prix coûtant ces séjours et non plus selon un forfait, nettement inférieur. «Quand je suis arrivé au Conseil d’Etat, il y a un an et demi, il ne fallait surtout pas investir dans ce domaine, car on perdait de l’argent. Désormais, ce n’est plus le cas», souligne-t-il.

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La stratégie n’est pas uniquement centrée sur les besoins valaisans. Elle est étudiée avec l’ensemble des cantons latins, qui collaborent en matière de sécurité. Frédéric Favre estime, à ce sujet, que les détenus issus d’autres cantons représentent un tiers des personnes incarcérées en Valais. «Les synergies mises en place avec nos voisins peuvent évoluer, tout comme les politiques en matière de sécurité, c’est pourquoi notre stratégie se veut flexible», explique Frédéric Favre. Les solutions proposées ne sont pas gravées dans le marbre et pourraient ainsi évoluer avec le temps.

Le parlement tranchera

Sur le papier, tout est donc prêt, mais rien n’indique que ces projets se réaliseront. «Il s’agit d’une vision claire de ce que souhaite le Conseil d’Etat, précise Frédéric Favre. Elle doit permettre aux citoyens et aux députés de comprendre notre démarche.» Au final, ce sera le parlement qui tranchera. Les différentes phases du projet lui seront soumises séparément. Le premier dossier, celui de l’établissement pénitentiaire de Crêtelongue, devrait arriver sur la table des députés au printemps prochain.

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