Énergie

Comment le Valais veut reprendre le contrôle de ses barrages

Le gouvernement propose un modèle qui doit permettre aux collectivités publiques de s’approprier 60% de la production hydroélectrique. Il demande un effort solidaire aux communes propriétaires des droits d’eau

Jean-Michel Cina avance à tout petits pas. Le ministre cherche un consensus difficile entre la plaine et la montagne sur une question qui vaut plusieurs milliards de francs. La stratégie hydraulique valaisanne entend définir qui seront les propriétaires des barrages à l’échéance des concessions octroyées lors de leur construction. Elle doit aussi répartir les bénéfices de l’opération entre les différentes collectivités publiques. Ce mardi, le conseiller d’État a proposé un modèle économique, juridique et politique. Il devrait permettre au canton de contrôler 60% de sa production hydroélectrique, contre 20% actuellement.

Dans les 30 prochaines années, une quarantaine de concessions hydroélectriques arriveront à échéance, près de 80 ans après la construction des barrages. Les communes concédantes, qui possèdent l’eau qui les alimente, redeviendront alors propriétaires des installations. Elles hériteront gratuitement de la partie «mouillée», le mur et les conduites. Elles devront par contre racheter aux concessionnaires actuels la partie «sèche», qui représente le 20% des infrastructures.

Un tarif «solidaire»

Lors de ce processus, le gouvernement souhaite que les communes concédantes acceptent de vendre au canton les 30% de l’infrastructure totale, à un tarif «solidaire», soit les 30% du prix de la partie sèche. Autrement dit, elles céderaient des actifs estimés à 2,5 milliards de francs pour 250 millions de francs. Elles auraient ensuite la liberté de vendre 40% des parts à des partenaires tiers, et devraient conserver les 30% restants. Si elles souhaitaient s’en défaire à l’extérieur du canton, l’État bénéficierait d’un droit de préemption. Ainsi, le canton et les communes auraient la garantie de devenir copropriétaires des barrages, à hauteur de 60%.

Président de l’Association des communes concédantes (ACC), Damien Métrailler, accepte le «sacrifice considérable» de 2,5 milliards de francs. Mais il regrette que le gouvernement n’ait pas jugé bon d’édicter des mesures contraignantes pour inclure les plus ambitieuses propositions de l’ACC dans sa stratégie. L’association espère toujours la création d’un fonds de placement, pour soutenir durablement l’économie valaisanne et assurer les frais de rénovation des barrages. Elle soutient aussi la création d’un centre de compétences, pour conseiller les collectivités publiques dans la gestion de leurs intérêts communs.

Décision fédérale

Le parlement valaisan poursuivra le débat durant le printemps. La bataille devrait davantage porter sur les clés de répartition que sur le modèle proposé par le gouvernement. Elle aura lieu sur fond de tensions entre la plaine et la montagne, et de clivages entre la gauche et la droite. Les libéraux radicaux s’opposent déjà à «une étatisation des barrages», et considèrent que «produire de l’électricité n’est pas le rôle de l’État». Les partis de gauche, eux, souhaitent tous une participation plus importante des collectivités publiques dans l’exploitation des installations hydroélectriques.

Alors que les prix de l’électricité ont chuté au-dessous des coûts de production des barrages, les Chambres fédérales débattront simultanément de la stratégie énergétique du pays. Si elles décident de confier un rôle décisif à l’hydroélectricité, le modèle du gouvernement valaisan permettra aux collectivités publiques du canton de bénéficier de redevances pour leurs droits d’eau, et de dividendes pour leurs infrastructures. Par contre, si les barrages sont relégués à la simple fonction de régulateurs du réseau, le Valais pourrait devenir propriétaire d’aménagements déficitaires.

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