Le choc était attendu, mais la vision de la carte du pays, entièrement verte à l’exception de cette grosse tache rouge qu’est le Valais, n’en est pas moins impressionnante. Alors que le peuple suisse a adopté la LAT à près de 63%, le non atteint 80,4% en Valais. Le rejet est unanime dans les communes, à l’exception de Bister (50%-50%). Il dépasse 90% dans une dizaine de circonscriptions, dont Evolène (94,0%, record cantonal) et Dorénaz (92,2%).

«Même en démocratie, on ne peut nier le droit d’un canton qui adopte une position différente du reste du pays à plus de 80% de se faire entendre. Il sera nécessaire d’adapter la loi aux circonstances et à la typologie du Valais. Ce serait grave de l’ignorer», plaide Paul-André Roux, président de la Chambre immobilière cantonale et ancien conseiller national.

«Je suis convaincu que le Conseil d’Etat valaisan mettra tout en œuvre pour que la population soit la moins pénalisée possible. Notre commune continuera de se battre, mais ce sera épineux, car la loi va poser d’innombrables problèmes juridiques», ajoute Bernard Bruttin, président de Mont-Noble, l’une des communes qui s’inquiètent des conséquences de la loi (LT du 22.01.2013). Le conseiller aux Etats démocrate-chrétien Jean-René Fournier constate qu’il n’y a pas eu de clivage entre la plaine et la montagne en Valais. «Cette loi n’est pas matériellement applicable chez nous, la situation sera difficile ces prochaines années. Dans notre canton, 80% de la population est propriétaire et il faudra tenir compte de ses spécificités touristiques.» Il attend du Conseil d’Etat une intervention forte à Berne. Tout comme le président du PDC, Christophe Darbellay, opposé à la LAT alors que le parti national l’a soutenue: «J’espère que Doris Leuthard tiendra ses promesses, qu’on évitera les expropriations et que le Valais sera intégré dans l’application de la loi. Je suis déçu qu’aucun autre canton n’ait rejeté la loi car le Valais n’est de loin pas le seul qui sera touché.»

Responsable de l’Aménagement du territoire, le conseiller d’Etat Jean-Michel Cina s’est montré déterminé dimanche: «Le Conseil d’Etat valaisan prend acte de ce résultat. Il le respecte mais le regrette. Il a la responsabilité de mettre la LAT en œuvre et de tout faire pour que la propriété de la population valaisanne soit respectée. Les dézonages doivent être évités dans toute la mesure du possible.»

Rencontrer Doris Leuthard

Que va-t-il se passer maintenant? «L’aménagement du territoire doit rester en mains canto­nales, comme le prévoit la Constitution fédérale. Il faut tenir compte des spécificités de chaque région. Le Conseil d’Etat entend rencontrer au plus vite la conseillère fédérale Doris Leuthard. Il va aussi exiger d’être représenté dans le groupe de travail mis sur pied pour mettre cette loi en œuvre», annonce-t-il.

Il promet que le canton poursuivra ses efforts en faveur d’une gestion du territoire durable et qu’il continuera la révision de son plan directeur, comme l’exige la nouvelle loi. «Dans ce cadre, la problématique des zones à bâtir surdimensionnées fera l’objet de plusieurs variantes», ajoute-t-il. Il rappelle que la loi n’entrera pas en vigueur avant l’an prochain et qu’un délai transitoire de cinq ans est prévu. «Je salue la prise de position du gouvernement. Il faut utiliser ce délai de cinq ans pour trouver une solution adaptée», réagit Jean-René Fournier. Pour Paul-André Roux, la présence d’un représentant du Valais dans le groupe de travail fédéral, qui pourrait être Jean-Michel Cina lui-même, est «un minimum».

Le président des Verts, Jean-Pascal Fournier, attend néanmoins des communes qu’elles «prennent les devants, car les autorités valaisannes doivent anticiper les effets de la LAT» et réaliser «la nécessaire transition économique d’une industrie du bâtiment vers une industrie du tourisme». Le forum Altitude 1400, favorable à la LAT, demande que le Service cantonal du développement territorial soit renforcé et que la taxe sur la plus-value entre en vigueur rapidement.