Christophe Darbellay scrute les écrans qui projettent une lumière bleue sur son visage. Les ordinateurs indiquent que les candidats démocrates-chrétiens accaparent encore une fois les trois premières places de l’élection. Président du PDC du Valais romand, Serge Métrailler sourit: «Je suis très fier de ce que nous avons accompli.»

Nous jouons avec les chiffres pour oublier la nervosité.

Clin d’œil à la pieuvre qui devinait les résultats des matchs de foot, les Valaisans le surnomment «le poulpe». Il s’en amuse: «C’est un animal intelligent». Sitôt les premiers votes connus, cet informaticien prédit systématiquement le classement final du scrutin. Habile stratège, passionné de mathématiques électorales, il s’acharne à croiser les chiffres du jour avec sa base de données. Il pondère ensuite ses calculs.

A chaque élection, pour s’enquérir des premières tendances, journalistes et politiciens fréquentent le quartier général de Serge Métrailler et de son équipe: «Nous jouons avec les chiffres pour oublier la nervosité. Nos calculs ne changent rien au verdict final, mais ils nous permettent de vivre l’événement.»

Homme de coulisses discret

Ses yeux clairs brillent quand il raconte les coulisses du pouvoir. Après une intense campagne interne, Serge Métrailler a été élu à la tête des démocrates-chrétiens valaisans au début 2014, alors que le parti souffrait d’une inexorable érosion. Il expérimente immédiatement la communication de crise: l’affaire Giroud vient d’éclater. Elle affaiblit le ministre Maurice Tornay.

Beaucoup se méfient alors de cet homme discret, qui a grandi pendant quinze ans dans l’appareil du parti. Certains le disent téléguidé par les clans de l’aile droite, alors qu’il doit réconcilier les vieux ennemis conservateurs et chrétiens-sociaux. Il sourit: «En consultant systématiquement la base, j’ai prouvé que je n’étais inféodé à personne.»

Il est très humain et ça fait du bien dans ce climat politique tendu

Sous sa présidence, le vieux parti étonne ses adversaires. Il évolue et conquiert même un siège au Conseil national. Le libéral-radical René Constantin admire son implication: «J’ai découvert un partenaire ouvert et fiable, un travailleur acharné qui parle avec tout le monde». Pour la socialiste, Barbara Lanthemann, «il est très humain et ça fait du bien dans ce climat politique tendu.»

Révélé par la fonction

Serge Métrailler a même surpris l’expérimenté Christophe Darbellay: «Sa belle intelligence lui a permis d’incarner tous les courants du parti». Il insiste: «Cette campagne était minée. Elle a révélé un meneur d’hommes combatif, qui sait garder son calme dans des circonstances difficiles.»

Quand le dissident Nicolas Voide s’allie à Oskar Freysinger, Serge Métrailler réveille la pieuvre démocrate-chrétienne et ses tentacules. Au téléphone jour et nuit, il s’invite chez les sympathisants pour dénicher des ambassadeurs qui sauront mobiliser l’électorat. Face aux membres, il prononce des discours exaltés: «J’ai tenté de transmettre mon émotion.»

Je fais ce que j’aime et je n’ai pas de plan de carrière

Jusqu’ici, son rôle ne lui a jamais laissé le temps de briguer un mandat électif. A 39 ans, Serge Métrailler se soucie peu de son avenir personnel: «Je fais ce que j’aime et je n’ai pas de plan de carrière.»


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