Viticulture

En Valais, des vins plus respectueux de l’environnement

Les vins valaisans intègrent la marque Valais, sous réserve de l’application d’un cahier des charges strict, qui repose sur 13 mesures qui valorisent un engagement en faveur d’une viticulture durable

Dans le monde de la viticulture valaisanne, le lieu est symbolique. Le lancement d’un label destiné à des vins respectueux de l’environnement ne pouvait se faire ailleurs que sur les hauts de Fully, dans la cave de Marie-Thérèse Chappaz, figure emblématique de la biodynamie. Ce d’autant plus quand la propriétaire des lieux est à l’origine du projet. Ce vendredi l’Etat du Valais, en collaboration avec l’interprofession de la vigne et du vin du canton (IVV) et Valais/Wallis Promotion ont annoncé l’intégration des vins du Vieux-Pays à la marque Valais, qui reconnaît la provenance et la qualité de produits emblématiques du canton.

Le cahier des charges, intitulé «Démarche 13 étoiles», repose sur treize mesures, à mettre en place en autant d’années. Les trois premières doivent permettre de produire un raisin répondant aux critères de la viticulture biologique, sans pour autant pouvoir prétendre à une certification bio. «Pour obtenir un tel label, il faut que tout le domaine soit en production biologique, or cela est difficile, pour ne pas dire impossible en Valais, vu le morcellement du vignoble», souligne Yvan Aymon, président de l’IVV.

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Le vignoble parcellaire est un handicap

«Ce vignoble parcellaire, avec de nombreux voisins qui ne suivent peut-être pas votre philosophie, est un gros handicap pour obtenir une certification bio, reconnaît Pierre-Antoine Héritier, seul vigneron, aux côtés de 21 caves, à participer à la démarche. Grâce à cette approche, nous pouvons choisir précisément les parcelles qui donneront des vins marque Valais et y appliquer le cahier des charges.» Sur ses 20 hectares de vignes, Pierre-Antoine Héritier compte en faire certifier trois ou quatre.

Marie-Thérèse Chappaz, elle, pourra apposer le Cervin sur fond rouge, logo de la marque Valais, sur toutes les bouteilles qu’elle produit. Mais elle ne demande pas aux vingt autres caves d’être, rapidement, au même stade qu’elle. «Il ne faut pas oublier que, pour arriver où j’en suis, je suis allée pas à pas, en commençant par 500, puis 1000 mètres carrés en biodynamie. Il faut faire cette transition petit à petit, avec un vin, puis deux, puis trois. Et cette démarche le permet», se réjouit-elle.

«Il faut déclencher le mouvement»

Conseiller d’Etat chargé de l’économie, Christophe Darbellay partage cette vision: «Nous devons nous améliorer au niveau écologique. La visibilité de cette démarche permettra de montrer aux sceptiques que c’est possible. Il faut déclencher le mouvement, nous le faisons.» Mais pourquoi ne pas être plus ambitieux et imaginer, rapidement, les 5000 hectares du vignoble valaisan en production biologique? «L’augmentation du bio dans la viticulture valaisanne est souhaitable. Notre but est de provoquer un effet de contagion. Mais n’oublions pas que même Marie-Thérèse Chappaz y est allée petit à petit», répond Christophe Darbellay.

Les premiers vins estampillés de la marque Valais seront commercialisés au printemps 2020. Pour Marie-Thérèse Chappaz, cette nouvelle certification est l’occasion rêvée pour réajuster le prix des bouteilles à celui qu’elles valent vraiment. «Le vin valaisan est peu cher», clame-t-elle. On saura dans quelques mois si les vingt autres caves, au profil varié – de Biocave à Miège, dont l’entier du domaine est déjà cultivé selon le cahier des charges du Bourgeon de Bio Suisse, à Provins, le plus grand producteur de vins suisses, en passant par le domaine Simon Maye & Fils, à Saint-Pierre-de-Clages, ou celui du Grand Brûlé, à Leytron, propriété de l’Etat du Valais – ont entendu ce cri du cœur.

Un manque en termes de communication

Pour l’ampélographe José Vouillamoz, ces caves doivent devenir, à l’image de Marie-Thérèse Chappaz, des locomotives pour la viticulture valaisanne. «Nous avons besoin de fers de lance, qui ont une aura internationale, pour mettre en avant les vins valaisans, et suisses en général», explique-t-il. Cette démarche, positive selon lui, offrira une plus grande notoriété aux vins valaisans en Suisse. Mais il regrette qu’une stratégie de communication concrète ne soit pas encore élaborée: «Je m’attendais à ce qu’on nous parle d’une stratégie axée sur Zurich ou la Suisse alémanique dans son ensemble, car c’est précisément là que nous devons augmenter la notoriété de nos vins.»

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