A dix jours des votations, le gouvernement valaisan a finalement convoqué une conférence de presse mercredi matin. L’enjeu: convaincre la population valaisanne d’accepter que les personnes âgées participent au financement des soins dans les EMS. Alors que tous les cantons suisses se sont déjà adaptés à ce nouveau régime fédéral entré en vigueur en 2011 dans le cadre de la loi fédérale sur l’assurance maladie (LAMal), c’est du Haut-Valais que vient la contestation. Des syndicats, du parti socialiste et de l’UDC qui ont déposé un référendum à la loi sur les soins longue durée, acceptée par le parlement valaisan en 2011 avec 90,7% des voix.

Le but de la loi est de faire face aux coûts induits par l’augmentation démographique des personnes âgées et de favoriser le maintien à domicile. Aujourd’hui, un résident d’un home valaisan paie déjà le logement et la nourriture à hauteur de 115 à 125 par jour. «Dans 21 cantons de Suisse, le taux de participation aux soins a été fixé à 20%, contre 10% à Zoug et des participations forfaitaires à Fribourg, Genève et Vaud», explique le conseiller d’Etat Maurice Tornay. Ministre de la Santé jusqu’en 2013, il est l’auteur du projet valaisan dont la spécificité est de fixer la participation aux soins au prorata de la fortune.

Ainsi, les personnes ayant une fortune nette de moins de 100 000 francs ne paieraient rien. Celles avec une fortune jusqu’à 200 000 francs s’acquitteraient de 5 francs 40 par jour, soit 1971 francs par an. «En moyenne, les gens restent quelque trois ans en EMS», argumente Esther Waeber-Kalbermatten. «Ils paieraient donc, au total, environ 6000 francs de plus qu’aujourd’hui.» La loi prévoit quatre paliers différents de contribution, le plus élevé concerne les fortunes de plus de 500 000 francs qui s’acquitteraient de 21,60 par jour, soit 7884 francs par année.

Les référendaires se sont expliqués dans un sujet de la télévision régionale. «Ce n’est pas acceptable d’augmenter les coûts de séjour en EMS», explique German Eyer, syndicaliste et membre du Parti socialiste haut-valaisan. «100 000 francs de fortune nette, cela représente souvent un appartement qu’il faudra vendre pour financer l’EMS», ajoute Camille Carron, ancien député vert du Valais romand qui s’est joint au comité référendaire. «Ce système crée deux castes parmi les personnes âgées», critique Albert Bass, président des EMS valaisans. «Ceux qui restent à domicile ne participent pas aux soins et ceux qui sont contraints d’aller en EMS doivent payer encore plus cher qu’aujourd’hui», conteste-t-il. Les référendaires craignent que les montants maximaux de participation n’augmentent dans le cadre de la loi sur l’assurance maladie (LAMal). Ils soulignent qu’elle toucherait le 64% des personnes dépendantes, soit 1842 personnes en 2014 qui payeraient 7,8 millions de francs.

Mise à part quelques affiches qui proclament «Vieux et pauvre en Valais, non au nouvel impôt sur les soins!», la campagne est quasi inexistante. Tous les partis sont favorables à la loi, à l’exception du PS et de l’UDC haut-valaisanne. «Comme il y a très peu de débats politiques organisés, au cours desquels le Conseil d’Etat aurait pu informer la population, nous avons décidé de le faire par le biais d’une conférence de presse», justifie aujourd’hui Esther Waeber-Kalbermatten.

Il y a quelques jours, le PLR avait vivement critiqué «la démission du Gouvernement sur cette campagne qui dénote bien le manque de responsabilité et de vison des conseillers d’Etat qui semblent accorder plus d’intérêt à leur image médiatique qu’à la mission pour laquelle ils ont été élus par le Peuple». A la question de savoir si ces critiques ont infléchi la position du gouvernement, Jean-Michel Cina répond que le Conseil d’Etat a pris cette décision en même temps que les critiques du PLR étaient communiquées. «Interprétez-le comme vous voulez!» lâche-t-il.