Neuf à zéro: tel est l'état de la parité en Valais, du moins pour les élections au Conseil d'Etat. Neuf candidats, zéro candidate, depuis que, tard mardi soir, les chrétiens-sociaux du Haut – les jaunes – ont désigné leurs deux champions, deux hommes bien sûr, les députés Freddy Huber et Thomas Brunner. Neuf à zéro, alors que seule l'UDC n'a pas encore dévoilé ses batteries et que l'honneur ne devrait être sauvé, lundi prochain, que par un groupuscule féministe inconnu, Anti-Mythe.

C'est dans ce contexte de haut marasme électoral que le Conseil de l'égalité, emmenée par sa présidente, la députée socialiste Esther Waeber-Kalbermatten, a fait part hier de toute une série d'inquiétudes, dont la première concerne le sort réservé au Bureau de l'égalité. Créée il y a dix ans, cette institution, qui emploie 2,5 personnes, a été en butte aux attaques constantes de l'UDC, qui demandait sa suppression pour des motifs aussi bien idéologiques que financiers. Tout comme elle a été sous la pression du PDC, sous la houlette du conseiller d'Etat Jean-René Fournier, de qui dépend la structure, et qui a petit à petit distillé l'idée de la transformer en bureau de la famille.

Hier matin, un groupe de travail réunissant quelques chefs de service ainsi qu'Esther Waeber-Kalbermatten et la responsable du bureau, Isabelle Darbellay, a rendu sa copie au Conseil d'Etat. En réponse à un postulat de la députée PDC Margrit Picon-Furrer, qui demandait justement un élargissement des missions du bureau aux couples et à la famille. Le paradoxe veut que Margrit Picon-Furrer ait été une des héroïnes des dernières élections communales, puisqu'elle est parvenue, au Bouveret, à renverser une présidence aussi mâle que radicale.

Esther Waeber-Kalbermatten avouait hier pourtant que le groupe avait été «sehr schwierig». En gros, le Conseil de l'égalité craint que le gouvernement ne choisisse de maintenir le nombre actuel d'employées – 2,5 – tout en doublant l'orientation, la mission et les tâches du bureau. Ce qui, selon Romaine Mudry Discours – membre du conseil et ancienne secrétaire du PDC –, «s'avérerait complètement impossible sans que l'égalité en fasse les frais». La proposition du conseil – que le futur bureau de l'égalité et de la famille passe à quatre employés – figure bien comme variante dans le rapport du groupe du travail. Mais nul ne se fait d'illusions.

Jean-René Fournier, certes, affirme que «rien n'est décidé», mais précise aussitôt: «On s'efforcera, comme cela se fait actuellement pour tous les autres services, de ne pas créer de postes supplémentaires.» Pour le chef du Département des institutions, l'égalité ne sera pas sacrifiée sur l'autel de la sainte famille: «L'égalité, d'abord, doit être réalisée dans le couple, à l'intérieur de la famille. Les problèmes qui touchent les familles se cumulent souvent – impôts, gardiennage, scolarité – et touchent souvent des familles monoparentales, en majorité des femmes. La solution la plus efficace et la plus rapide passe souvent par une réunion entre les différents chefs de service concernés. C'est bien joli de leur parler d'égalité quand elles sont seules à la maison avec les enfants, et qu'elles travaillent sur appel.»

Denise Betschov, membre du conseil, rétorque que la façade de l'égalité serait certes «ainsi sauvée, mais également vidée de sa substance». Reste que les statistiques apportées hier sont assez calamiteuses, surtout si on les compare avec la moyenne suisse, et spécialement au niveau de la représentation politique: plus aucune élue au Conseil national depuis 1991 (moyenne suisse 26%), jamais aucune élue au Conseil des Etats, (moyenne suisse 23,9%), 13,1% d'élues au Grand Conseil (moyenne suisse 24,2%). Enfin, cerise sur ce piteux gâteau, aucune femme n'a jamais siégé au Conseil d'Etat (moyenne suisse 21,5%). Concernant cette dernière élection, radicaux et démocrates-chrétiens ont fait des promesses pour 2009. Le PS, lui, ne peut rien promettre du tout: les éléphants aux longues défenses prennent toute la place. Mais tous expliquent que leurs ministres sortants ayant décidé de rempiler, la situation est bloquée. «C'est tout à fait ça: en 2009, il y aura davantage de sièges à repourvoir, il y aura donc des candidates», s'enthousiasme Jean-René Fournier. Avant de faire retomber le soufflé. «Mais de là à dire qu'il y aura des élues…»