Alors que les Valaisans pensaient qu'il allait lever le pied, Pascal Couchepin a continué de s'exprimer ouvertement sur la politique du canton après son élection de 1998 au Conseil fédéral. Il s'est également exprimé à maintes reprises en public contre Le Nouvelliste, un titre dont il est par ailleurs actionnaire; très minoritaire il est vrai…

L'entretien paru dans L'Hebdo du 3 août dernier, sur les relations ombrageuses entre les Valaisans et leur conseiller fédéral, n'a pas failli à la règle. Le chef de l'Economie a tout d'abord comparé ses compatriotes à des «pleurnicheurs», pour ensuite en attribuer la responsabilité au Nouvelliste. Dont il dénonce la «faiblesse intellectuelle» et le «niveau infantilisant par peur de mettre en évidence les vrais enjeux».

Il n'est pas courant qu'un conseiller fédéral s'attaque à un journal d'une façon aussi agressive; qui plus est quand ce journal est celui de son canton. Son rédacteur en chef, François Dayer, n'est pourtant pas surpris; c'est un habitué de longue date du style de Pascal Couchepin: «Nous n'avons pas réagi dans le journal, explique-t-il, parce qu'on a l'impression que ses propos sont tout à fait déplacés. Nous avons 100 000 lecteurs, et il y en a un qui n'est pas content. Il se trouve qu'il est conseiller fédéral…»

Mais la presse valaisanne a plus d'un tour dans son sac. Samedi dernier, le conseiller fédéral devait tenir une allocution à l'occasion des manifestations commémoratives des 850 ans de la commune de Bagnes. Deux jours avant, Le Journal de Martigny, dont les propriétaires sont les mêmes que ceux du Nouvelliste, publiait un commentaire virulent: «Le conseiller fédéral est l'orateur vedette de la journée officielle du 850e anniversaire de Bagnes. On craint le pire…», annonçait-il. «Incapable d'effacer ses années de guerre politique stérile, il est resté radical avant d'être un homme d'Etat, un capricieux qui entend régler ses comptes avec ce Valais qui reste contre vents et marées démocrate-chrétien.» Puis, continuant sur le mode du «Valaisan pleurnicheur»: «Qu'il nous pardonne, quand on l'entend, on est obligé de pleurer.»

Ton excessif

Le ton est excessif certes, mais il traduit le vif ressentiment d'une partie de la population à l'égard du conseiller fédéral. Pour la petite histoire, ce brûlot est paru dans le journal dirigé par le secrétaire du Parti radical, Adolphe Ribordy, proche de toujours de Pascal Couchepin. Comment expliquer cela? Peut-être par le fait qu'Adolphe Ribordy était en vacances…

Le conseiller fédéral est donc venu à Bagnes, où il a évité toute attaque frontale. Il a rappelé que la solidarité fédérale est basée sur le fait que les cantons les plus riches viennent en aide aux plus pauvres, mais que ces derniers ne doivent pas gémir sur leur sort. Il s'est toutefois fait siffler par une partie de la salle lorsqu'il a abordé le sujet agricole en prétendant que les paysans avaient été pleinement associés à la nouvelle politique.

Sur le sujet de l'énergie hydroélectrique, où la majorité valaisanne est régulièrement en contradiction avec les idées du conseiller fédéral, Pascal Couchepin a dit d'une façon générale que le secteur était assez sain pour s'en sortir seul. Il s'est ainsi montré très discret sur les objets énergétiques si chers aux élus valaisans, qui en attendent une nouvelle manne pour le canton.

Quant à la presse valaisanne, le conseiller fédéral a préféré cette fois-ci éviter le sujet. Pas rancunier, mais philosophe sur les grands de ce monde, François Dayer a déjà invité Pascal Couchepin le 6 octobre prochain lors de la journée de l'économie à la Foire du Valais. S'il accepte, on se réjouit déjà du prochain épisode des relations épidermiques entre le canton et son conseiller fédéral.