Un peu avant 17h30, journalistes et photographes sont fermement priés de quitter le quartier général de l’UDC, installé dans un petit café de la vieille ville. Après une attente fiévreuse, les résultats de Sion et de Martigny viennent de tomber. Pour 2000 voix, ils permettent au socialiste Stéphane Rossini de subtiliser la cinquième place de l’élection au gouvernement à Oskar Freysinger. Si la situation n’évolue pas au second tour, le ministre UDC ne sera pas réélu. Face aux micros, «soufflé et surpris», il n’imagine pas que ce vote puisse sanctionner son attitude ou son bilan. Il pense plutôt que «la stratégie n’était pas la bonne.»

Le Valais n’est pas le pays de Donald Trump

Début janvier, le conseiller d’Etat invitait le dissident démocrate-chrétien Nicolas Voide sur la liste de l’UDC. Das les semaines qui ont suivi, un combat acharné a déchiré Oskar Freysinger et Christophe Darbellay. Ce dimanche, la révolution conservatrice n’a pas eu lieu. Les militants du PDC se sont mobilisés et le combat a largement tourné à l’avantage du démocrate-chrétien. Pour Christophe Darbellay, «la stratégie d’Oskar Freysinger a été un flop monumental» et «le Valais n’est pas le pays de Donald Trump». Il espérait une voix de plus que le ministre et il en obtient plus de 20 000. Il distance aussi son vieil adversaire Nicolas Voide de plus de 25 000 voix.

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La revanche du PDC

Toute la journée, une sorte d’effervescence euphorique a progressivement gagné le petit café où les démocrates-chrétiens ont installé leurs ordinateurs et leurs calculettes. La machine fonctionne toujours. Les verres s’entrechoquent. Christophe Darbellay en tête, les trois candidats du parti majoritaire remportent facilement l’élection au gouvernement, laissant tous leurs adversaires à plus de 15 000 voix. Président du parti, Serge Métrailler sourit: «Les petites fourmis ont bien travaillé». Pour le conseiller d’Etat Jacques Melly, classé second, «le vote sanctionne aussi l’attitude d’Oskar Freysinger» et «c’est un juste retour des choses.»

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Une tension fébrile semblait ronger le conseiller d’Etat UDC à mesure que les premiers résultats s’égrainaient. Mieux élu des cinq ministres en 2013, Oskar Freysinger chute au sixième rang, derrière les deux candidats socialistes. Un peu partout dans le canton, son électorat a considérablement diminué. A Savièse, sur ses terres, il est même battu par Stéphane Rossini. Coprésident de l’UDC, Cyrille Fauchère juge que «le travail de sape contre Oskar Freysinger a fonctionné». Son homologue Jérôme Desmeules dénonce le soutien des démocrates-chrétiens aux candidats socialistes: «Il n’y a plus qu’un seul vrai parti de droite en Valais.»

Il faut désormais réfléchir à la stratégie qui permettra de sortir définitivement Oskar Freysinger du gouvernement au second tour

Présidente du parti socialiste, Barbara Lanthemann jubile: «Ce résultat est inespéré». Des applaudissements bruyants accueillent Stéphane Rossini. Le vote de ce dimanche aurait pu mettre un terme à la carrière de l’ancien président du Conseil national. Finalement, il talonne sa colistière Esther Waeber-Kalbermatten, quatrième du premier tour de scrutin. Pour le candidat, «les Valaisans veulent des ministres compétents et capables de compromis, pas des gens qui agitent la république sans rien produire». Il insiste: «Il faut désormais réfléchir à la stratégie qui permettra de sortir définitivement Oskar Freysinger du gouvernement au second tour.»

Vers un nouveau duel

Dans les petites rues de la vieille ville de Sion, les politiciens échafaudent des scénarios plus ou moins vraisemblables pour le scrutin du 19 mars prochain. Minés par des scores décevants qui les classent aux neuvième et treizième places, les libéraux-radicaux tenteront vraisemblablement leur chance avec Frédéric Favre, qui devance son colistier Claude Pottier de 6000 voix. Ils auront néanmoins besoin d’alliés. Grands vainqueurs ce dimanche, les démocrates-chrétiens ne se prononcent pas pour l’instant. Le second tour pourrait se transformer en duel pour la cinquième place entre Oskar Freysinger et Stéphane Rossini.

Je me battrai jusqu’au bout et si les Valaisans ne veulent plus de moi, je ferai autre chose

Les socialistes n’ont jamais obtenu qu’un siège au gouvernement, arraché au PDC en 1997. Ils se réuniront ce lundi pour décider de leur stratégie. Stéphane Rossini entend manifestement poursuivre la lutte: «Je vois mal comment on pourrait demander à un candidat qui se classe parmi les cinq premiers de renoncer au second tour». Pour le président de l’UDC, Jérôme Desmeules, «les Valaisans ne voudront jamais de deux socialistes au gouvernement». Oskar Freysinger compte en profiter pour mobiliser son électorat au second tour: «Je me battrai jusqu’au bout et si les Valaisans ne veulent plus de moi, je ferai autre chose.»

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La révolution progressiste

Après une longue guerre, le premier tour des élections valaisannes sacre le démocrate-chrétien Christophe Darbellay. Face aux conservateurs, l’ancien conseiller national a choisi de jouer la carte du progressisme. Il a gagné parce qu’Oskar Freysinger inspire une profonde lassitude aux Valaisans. Pour ses adversaires, unanimes, le ministre UDC récolte ce qu’il a semé.

Elu triomphalement il y a quatre ans, Oskar Freysinger pourrait bien se trouver éjecté du gouvernement dans deux semaines. Il a manifestement déçu les nombreux électeurs qui avaient voté pour lui. Les grands bouleversements qu’il avait annoncés n’ont jamais eu lieu et son bilan reste controversé. En menant une campagne très agressive, il a fini par fédérer une large majorité des Valaisans contre lui.

La gauche profite particulièrement de ce vaste ras-le-bol qu’Oskar Freysinger a progressivement suscité dans le canton. Les socialistes placent leurs deux candidats parmi les cinq mieux élus du premier tour de scrutin. Désormais, Stéphane Rossini peut rêver de chasser l’UDC hors du gouvernement le 19 mars prochain. Ce serait historique.

Vieux canton de droite, le Valais pourrait bientôt être gouverné par trois démocrates-chrétiens et deux socialistes. Cette situation inédite poserait de sérieux problèmes. Avec les libéraux-radicaux, ce sont deux partis importants qui pourraient se voir privé d’un siège au Conseil d’Etat. Face aux caméras, Oskar Freysinger martèle que la guerre n’est pas terminée.