Jamais les Vaudois n'avaient eu un plus large choix: pas moins de mille candidats s'étaient présentés pour occuper les 180 sièges de la Constituante. A l'heure du choix, la notoriété, qu'elle soit politique ou non, est apparue comme la principale clé du succès. Les nombreux noms connus privilégiés par les électeurs seront-ils également ceux des ténors de la future assemblée? Esquisse pour un portrait de groupe.

Les radicaux

Les préfets font leur entrée en force dans ce groupe, avec René Perdrix, l'ancien Monsieur Economie de l'Etat de Vaud (Grandson), Pierrette Roulet (la mieux élue d'Yverdon), Roger Glur (Morges) et Paul Rochat (La Vallée). Deux députés bien en vue, le municipal lausannois Francis Thévoz et le notable aiglon Charles-Pascal Ghiringhelli sont rejoints par de hauts fonctionnaires, comme le secrétaire général de Formation et jeunesse, Fabien Loi Zedda, le médecin cantonal, Jean Martin et le délégué aux affaires européennes, Laurent Wehrli. L'ouverture à la société civile est incarnée par l'arrivée remarquée de Stéphane Garelli, professeur d'économie à l'Université de Lausanne. L'omniprésent Pierre Keller, directeur de l'Ecole cantonale d'art, siégera aussi parmi les constituants.

Les socialistes

L'ancienne syndique de Lausanne Yvette Jaggi arrive triomphalement à la tête de la députation rose. Ce groupe comprend son lot de notables, comme le préfet sortant de Lausanne, Marcel Gorge ou le syndic de Morges, Eric Voruz, tandis que plusieurs anciens députés font leur come- back, comme le Nyonnais Roland Troillet, grand dénonciateur de dérapages informatiques. Grâce à leur présence sur la liste socialiste, les deux plus illustres représentants de Renaissance Suisse Europe enregistrent enfin un succès électoral: Anne-Catherine Lyon, secrétaire générale du Département de la sécurité et de l'environnement, 2e meilleur score du canton, et François Cherix, cheville ouvrière de la fusion Vaud-Genève. Les socialistes ont leurs pasteurs, comme Claude Schwab, leurs journalistes comme Albert Tille et Christophe Gallaz, collaborateur du Temps. Roger Nordmann, secrétaire général de la table ronde qui vient de s'ouvrir sur les finances cantonales, a été élu en même temps que son père, l'avocat Philippe Nordmann.

Les libéraux

Jean-François Leuba s'impose comme figure de proue et pourrait être candidat à la présidence de l'assemblée, si tant est que le score hors classe d'Yvette Jaggi puisse être contesté. Le conseiller national Serge Beck et la secrétaire des communes vaudoises Nicole Grin sont parmi les élus attendus, mais le parti a réussi à faire élire nombre de personnalités nouvelles, comme la directrice de la Chambre immobilière Claudine Amstein, les juges Laurent de Mestral et Jean-Claude de Haller, le professeur de l'EPFL, Daniel Mange. L'agriculteur Henri Mamin, président de Prométerre et syndic de Blonay, a fait un très beau résultat personnel, tandis que les électeurs de Nyon ont envoyé à l'assemblée Elisabeth Ruey, graphiste et femme de conseiller d'Etat. Jean Balissat, le compositeur de la Fête des Vignerons 1977, a été élu à Lausanne.

Les Verts

Daniel Brélaz, patron des Services industriels de Lausanne, et l'avocat Luc Recordon, déjà députés, apparaissent comme les deux poids lourds de la députation écologiste. Ils auront à leur côté le président de Pro Natura Pierre Hunkeler, le physicien Christian Van Singer et le professeur de l'EPFL André Chatelain. Sont également élus: Laurent Rebaud, ancien conseiller national, aujourd'hui porte-parole du gouvernement vaudois, le patron de la société Veillon, Jacques Zwahlen, le conseiller national Roland Ostermann et la juriste Anne Weill, connue pour ses travaux contre le racisme et l'antisémitisme. Ainsi que sur Samy Benjamin, comédien et cofondateur du Théâtre Boulimie.

Les popistes

L'ancien conseiller d'Etat Josef Zisyadis, père de l'avant-projet officiel de nouvelle Constitution, partagera la vedette avec le chanteur Michel Buehler. Cet artiste engagé siège depuis douze ans au conseil communal de Sainte-Croix, mais n'avait jamais figuré sur une liste cantonale. Le groupe rouge peut aussi compter sur Bernard Métraux, le municipal lausannois de la police. Le traducteur Gilbert Musy, déjà député, vient aussi compléter les rangs. On peut ajouter à ce groupe d'extrême-gauche les deux élus veveysans de «Solidarités», dont le professeur de science politique François Masnata.

Le groupe centriste

Le délégué cantonal Georges Glatz, dont les démêlés à la tête du Comité international pour la dignité de l'enfant ont défrayé la chronique, sera le seul élu démocrate chrétien de toute l'assemblée. En revanche, les démocrates du centre sont plus nombreux qu'au Grand Conseil. L'ancien conseiller d'Etat Marcel Blanc, élu de justesse à Lausanne, complétera le groupe des vieux sages. Il retrouvera sur les bancs agrariens le président du groupe parlementaire André Bugnon, l'ancien président du Grand Conseil Georges Burdet, qui lui aussi fait son retour.

Les indépendants

Seuls neuf élus méritent véritablement ce titre, parmi 180 constituants. Le groupe de réflexion A Propos a quatre représentants, dont la paysanne de Moudon Monique Freymond, ancienne députée radicale, et le biologiste Jean Athanasiades. Quatre femmes font leur entrée grâce à la liste Vie Associative. Parmi celles-ci: l'ancienne présidente des parents d'élève Laurence Martin, la responsable de la Fédération romande des consommateurs Catherine Roulet et la secrétaire cantonale des locataires Anne Baehler. Dans le reste du canton une seule particularité est à relever, l'élection à Payerne d'une représentante du Mouvement du 7 juin, Marie-Hélène Martin.

Avec ses mille noms proposés, l'élection à la Constituante a fait 820 candidats malheureux. Ni le cinéaste Yves Yersin, ni le metteur en scène Jacques Gardel ou le chorégraphe Philippe Saire n'ont eu de chance, pas plus qu'aucun de leurs collègues de la liste des artistes. C'est également le cas de l'écrivain Gaston Cherpillod ou de l'enseignant Jean-Sam Leresche, qui fut roi de la Fête des vignerons 1977. A Lausanne, la présidente d'A Propos Marie-Hélène Miauton n'a pas franchi la barre du quorum. Parmi les déçus on trouve aussi des haut fonctionnaires, comme le directeur-adjoint du pénitencier de Bochuz Jean-Luc Pochon, des lobbyistes, comme Georges Kolb, de l'Association Transports et Environnement (ATE), ainsi que quelques «professionnels» de la politique, comme Pierre Imhof, conseiller personnel de Philippe Biéler, et Fabrice Ghelfi, président du Parti socialiste vaudois.