Sur les réseaux

Val-de-Ruz déraille, Facebook résonne

L’exécutif d’une commune neuchâteloise a momentanément boycotté deux journalistes: pour s’en indigner, quel réseau social choisir?

Un scandale clochemerlesque éclate: qui laboure le mieux l’indignation, Facebook ou Twitter?

C’est la question que l’on s’est posée en suivant la dernière neuchâteloiserie en cours sur les réseaux: le tollé qu’a provoqué dès mardi la décision de la commune de Val-de-Ruz de boycotter deux journalistes d’Arcinfo, qui regroupe L’Express et L’Impartial. Pour raison d’indépendance et d’insolence journalistiques. Dont la commune semble avoir in fine reconnu la pertinence, puisqu’elle a levé son interdiction mercredi soir.

Ce qui retient ici, c’est le maillage créé entre un site d’information (Arcinfo) et ses retombées sur Facebook et Twitter.

Nicolas Willemin, rédacteur en chef des deux titres: «Nous avons pris l’habitude de teaser nos articles, et, face à la décision de Val-de-Ruz, c’est ce que j’ai fait hier.»

Adressons un clin d’œil au protagoniste principal de cette affaire, le conseiller communal PLR Claude-Henri Schaller, qui fut dans ses jeunes années (c’est son impeccable compte LinkedIn qui nous le dit), assistant scientifique au secrétariat du Département militaire fédéral d’alors, et empruntons aux stratèges en uniforme cette métaphore: postée sur le site d’Arcinfo, la ­succincte et ciblée préparation d’artillerie de Nicolas Willemin passionne l’écosystème d’Arcinfo: 3121 téléchargements et plus d’une quinzaine de commentaires d’une acide causticité. Trois prélèvements: «C’est moi ou toutes ces affaires scabreuses et indignes de ces derniers mois proviennent du même parti [le PLR, ndlr]. Nicati, Hainard, Grosjean et ses vignes, Monnard, Schaller. Y a-t-il un pilote au PLR?» «Dans le canton, plus on est au Nord, plus l’exécutif est à l’Ouest;-)». «Il a fallu également quelque temps aux pays de l’ex-bloc soviétique pour s’initier à la démocratie et à la liberté de la presse. Ne soyons pas trop sévères avec les nomenklaturistes de cette vallée et laissons-leur le temps de digérer la différence de statuts entre la société civile et les apparatchiks de leurs partis.» On rit, mais enfin: entre soi, j’entends le canton de Neuchâtel.

Etendue sur Facebook, cette joyeuse préparation d’artillerie gagne en résonance, et en commentaires signés et non plus anonymes. Elle multiplie aussi ses points d’impact: la page d’Arcinfo ouvre un premier cratère, considérable pour le canton.

Luc Petitfrère, rédacteur en chef des contenus numériques: «En à peine un jour nous avons atteint une portée de publication de plus de 9000 personnes, ce qui, pour cette catégorie d’information, est plutôt très élevé.» Grâce à la logique de Facebook, d’autres cratères surgissent: sur la page de Nicolas Willemin, puis sur celle du groupe créé par Gabriel Sigrist, Le Petit Journal des médias suisses, et bientôt sur celles d’une trentaine d’autres via la distribution capillaire des partages.

Une capillarité qui fait la force de Facebook: cela pollinise en cascade, les commentaires se multiplient à chaque fois. Mais cette capillarité constitue, dans le même temps, une difficulté pour les observateurs: comment en prendre toute la mesure puisque seuls les ingénieurs de Mark Zuckerberg en possèdent la vision d’ensemble?

En comparaison, Twitter fonctionne comme un perroquet qu’on ne saurait plus faire taire ou une aiguille restée crochée dans le sillon d’un disque vinyle rayé: on n’y fait que répéter, répéter et répéter encore. Surnagent dans ce brouhaha quelques saillies bien frappées, comme celle de Daniel Droz, un cri du cœur: «Youpie… Fini le @lachauxdefonds bashing. Val-de-Ruz, c’est bien autrement plus grave.»

Ou le tweet miséricordieux de Françoise Kuenzi à la papesse des réseaux sociaux de la RTS, Magali Philip, pour lui signaler qu’elle confond le législatif et l’exécutif: Neuchâtel est un canton compliqué…

Un canton où, s’il faut en croire Nicolas Willemin, «c’est habituellement plutôt aux alentours et autour de La Chaux-de-Fonds que Facebook s’enflamme». Grâce à l’infortuné Claude-Henri Schaller et ses bouffées liberticides, Val-de-Ruz a désormais toutes ses chances. Quant à la question initiale: une indignation régionale? C’est Facebook qui alpague le mieux!