Fontaines, son usine, ses terres agricoles et ses quartiers de villas. Le paisible village de la commune de Val-de-Ruz, issu de la fusion des 15 communes de la vallée, vit une période agitée: le 30 novembre, les citoyens se prononceront sur la construction d’une route de contournement de la zone industrielle (ZI) pour alléger le trafic au centre du bourg. Le projet, devisé à 3,5 millions de francs dont 1,4 million à la charge du canton, suscite un débat enflammé: dans le sillage des citoyens qui ont lancé le référendum, dont des riverains de la future route, les Verts remettent en cause un investissement «sans vue d’ensemble ni cohérence à l’échelle de la commune».

Pour Claude-Henri Schaller, membre de l’exécutif professionnel de Val-de-Ruz, la construction d’un nouvel axe de 500 mètres au nord du village est urgente. «L’idée a été lancée dans les années 1960 déjà par les autorités de l’ancienne commune. Depuis lors, les choses se sont aggravées. Il y a vingt ans, la zone industrielle du nord du village comptait 250 emplois. Il y en a près de 800 aujourd’hui. On le doit au développement de Nivarox-FAR SA, propriété de Swatch Group. Entre 2009 et 2013, elle est passée de 260 à 550 emplois.»

La ZI accueille également plusieurs PME et une halle technique du Touring Club Suisse. «Aux heures de pointe, la situation est vraiment problématique, reprend l’élu PLR. Les voitures roulent en flux continu sur des routes résidentielles très étroites. Il y a aussi des véhicules lourds. Cela pose un important problème de sécurité, notamment pour les écoliers.»

En parallèle du renforcement de sa vocation industrielle (45% de ses 5200 emplois), la vallée située entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds attire un grand nombre de familles par son offre en terrains à bâtir. Avec un boom démographique à la clé: la population du Val-de-Ruz est passée de 8630 habitants en 1950 à 12 500 en 1990 et plus de 16 000 aujourd’hui. Les résidents travaillent en majorité en dehors de la commune, ce qui renforce encore la densité du trafic.

Le Vert Laurent Debrot reconnaît le problème pendant les heures de pointe. «Le reste du temps, il n’y a pas un chat. Lors de notre conférence de presse organisée au bord d’une des routes d’accès à la ZI, nous avons compté dix voitures en une heure et demie. A notre avis, il y a donc d’autres solutions que de construire une route qui ceinture le village et bétonne des terres agricoles. D’autant qu’avec la route de contournement, on repousse le problème vers les villages alentour. Développons plutôt les liaisons de transports publics, très mauvaises avec La Chaux-de-Fonds.» Un projet qui, reconnaît-il, est compliqué par le refus du RER/Transrun par le peuple neuchâtelois, en septembre 2012.

Claude-Henri Schaller insiste de son côté sur «les nombreux avantages» offerts par la nouvelle route. Elle éviterait à la commune de construire plusieurs trottoirs et, surtout, d’investir 700 000 francs pour construire un bassin de rétention pour prévenir les inondations – des travaux qu’il faudra réaliser «quoi qu’il arrive le 30 novembre».

Si la route de contournement obtient l’aval du peuple, elle sera prolongée dans un deuxième temps en direction de Boudevilliers, à l’ouest, ou directement vers Malvilliers, au bord de l’autoroute H20, qui relie le Haut et le Bas du canton. «C’est là que devrait se concentrer l’essentiel du développement économique de la commune, précise le conseiller communal. Avec la fusion, nous devons réunir les plans d’aménagement des 15 anciennes communes dans un plan d’aménagement local (PAL) pour tout le Val-de-Ruz. Cela doit nous permettre d’organiser le territoire de manière cohérente.»

Retenu comme projet modèle par la Confédération pour la période 2014-2018, le PAL constitue le grand défi du Val-de-Ruz. Selon les projections du canton, la région continuera à connaître la plus forte croissance démographique du canton jusqu’à atteindre 20 000 habitants dans trente ans. Avec, pour les autorités, la nécessité de composer avec la nouvelle loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT). «Elle nous donne des contraintes assez fortes, précise Claude-Henri Schaller. Pour l’habitat, nous devrons densifier en utilisant le patrimoine rural existant.»

La mise en place du PAL a été pensée de manière participative, avec des groupes de travail par thématique. Laurent Debrot siège dans le groupe dédié au patrimoine bâti. «Nous nous trouvons face à une page blanche: nous n’avons pas encore fait l’inventaire de ce qui existe.» Il se réjouit que la densification du bâti demandée par la LAT change les habitudes de construction dans la vallée. «Les zones de villas, c’est terminé!»

Dans ce contexte, Laurent Debrot considère que le projet de route de contournement est prématuré. «Le Conseil communal lance une démarche participative très positive mais veut imposer en parallèle un projet de route qui n’est pas urgent. C’est contradictoire!»

Claude-Henri Schaller précise que le parlement communal – dans lequel le député Laurent Debrot ne siège pas – a accepté le projet sans opposition en juin dernier. Avec notamment l’argument que la ZI de Fontaines «est la seule de la vallée à ne pas être reliée à une route cantonale». Il précise que l’exécutif a le projet de développer les transports publics, mais qu’il doit aussi s’adapter à la réalité. «Malheureusement, le peuple a refusé le RER/Transrun. En attendant un nouveau projet de mobilité, notre responsabilité est d’améliorer la sécurité dans nos villages. Et aujourd’hui, le danger est réel.»

«Développons plutôt les liaisons de transports publics, très mauvaises avec La Chaux-de-Fonds»